La 6e édition de la campagne nationale de la Santé Auditive au Travail se tient du 11 au 15 octobre 2021. Les effets du bruit, notamment en open space, restent sous-estimés. Après un an et demi de télétravail, serait-ce le moment idéal pour se pencher sur la question ?

Seulement 5 % des salariés souhaitent travailler à nouveau en open space et 4 % en flex office permanent. Ils ne veulent plus subir le bruit, et les difficultés à se concentrer associées (1). « Souvent, les gens en télétravail étaient plus au calme », souligne Stéphanie Ghérissi, fondatrice de l’agence SG Design, spécialisée dans les aménagements de travail. Et nombre d’entre eux ont du mal à se réhabituer au bruit des discussions entre collègues, de l’imprimante, aux sonneries de téléphones… Ainsi, selon l’enquête Ifop – JNA « Bruit et santé auditive au travail : freins et idées reçues » (2), 47% des salariés disent subir des nuisances sonores en présentiel, contre seulement 17% en télétravail.

« Quand l’oreille est trop sollicitée, il y a un stress auditif qui se forme », explique Sébastien Leroy, porte-parole de la Journée nationale de l’audition, qui organise la campagne de la Santé Auditive au Travail du 11 au 15 octobre. « Les bruits touchent les interactions oreille/cerveau et les informations envoyées au cerveau sont alors plus difficilement décodables », poursuit-il. Le cerveau fournit un effort supplémentaire, avec des conséquences bien réelles : fatigue, lassitude, stress, irritabilité, troubles du sommeil, gêne auditive…

La loi impose des mesures de réduction du bruit au travail au-dessus de 85 décibels. C’est le cas dans l’industrie où les ouvriers doivent porter des casques, sur les chantiers du bâtiment, dans les entrepôts logistique. « Mais le bruit agit aussi en dessous de ce niveau. Le brouhaha collectif, qui monte au fur et à mesure de la journée car les oreilles de tout le monde fatiguent, surtout après le restaurant d’entreprise, affecte la qualité des relations sociales entre collègues, créé de l’agacement, suscite de l’agressivité ou encore des tensions et diminue les performances. », rappelle Sébastien Leroy qui constate lui aussi une « sensibilité plus forte cette année ». Comment agir ? Voici quatre pistes à expérimenter.

1° Des temps de pause

Son premier conseil : intégrer des temps de récupération, autrement dit des temps calme avec aucun bruit au-dessus des 30 décibels. « Diffuser une playlist collectivement validée peut être une bonne idée et c’est agréable, car c’est un son choisi et non subi, mais cela reste de l’énergie qui fait pression sur les oreilles », met-il en garde.

2° Aménager l’espace

Le mieux reste donc d’aménager l’espace, son deuxième conseil. « Des panneaux au plafond, des planchers techniques, des cloisons acoustiques peuvent permettre une absorption ». C’est le credo de Stéphanie Ghérissi de l’agence SG design, qui organise des sessions de co-construction d’espaces avec ses clients. « Nous réfléchissons ensemble aux comportements, aux horaires, à l’agencement des locaux afin d’apprendre à être moins intrusif tout en imaginant des bureaux autrement ». Fini la mode des grands open space, beaucoup de ses clients reviennent à des espaces de huit personnes maximum.

« Quand les gens sont irrités par les bruits ambiants, c’est aussi un signal faible qu’ils ont du mal à trouver leur place dans le collectif », souligne-t-elle. Le travail de réflexion en équipe permet donc de redéfinir les rôles, de ré-imaginer les circulations, pauses café et moments plus bruyants. « Quand un collaborateur supporte le bruit des transports en commun pour son trajet domicile-travail, il a besoin d’une pause acoustique en arrivant », retrace l’architecte, qui conseille donc de s’intéresser vraiment aux habitudes et comportements des collaborateurs pour comprendre et adapter leur manière d’appréhender le bruit.

3° Réfléchir au mobilier

Troisièmement, « il y a un travail d’aménagement à opérer », conseille Sébastien Leroy. Eviter les armoires métalliques, penser à des claustras pour couper la circulation du son… « On peut aussi se tourner vers des générations d’imprimantes moins sonores ou les installer dans des salles techniques ou des espaces cloisonnés », conseille-t-il. Au niveau de l’équipement individuel, le port d’oreillettes isole des bruits extérieurs mais accentue le risque de développer des acouphènes, qui sont en constante augmentation.

« Le télétravail a augmenté cette tendance », remarque Sébastien Leroy : « les gens ont passé leur journée en visioconférence, oreillettes vissées à l’oreille ». L’utilisation de casques ou de salles de replis, pour le retour au bureau, sont à privilégier. « Les fauteuils-œufs sont aussi une bonne idée », termine Stéphanie Ghérissi. Aménager un espace extérieur vert pour se ressourcer ou passer des coups de fils en toute discrétion sans gêner les collègues également.

4° Changer les comportements

La fin des bureaux individuels, dont rêvent aujourd’hui certains salariés, ne s’est pas accompagnée d’une réflexion sur le bruit et sur ce qu’impliquent ces grands espaces collectifs dans les fonctionnements individuels. Or chacun est producteur de bruit dans le collectif, même ceux qui s’en agacent le plus.

« Pour changer les comportements, il faut créer des espaces formels et informels, des salles de réunions et de pause-café, des îlots et cabines pour téléphoner sans déranger… », précise Sébastien Leroy qui conseille de considérer le bruit « comme un agent toxique ». « C’est un réel enjeu : alors que nous travaillons plus longtemps et qu’il y a une perte auditive naturelle, il faut préserver notre capital auditif le plus longtemps possible », implore-t-il.

Au cœur des enjeux RH, RSE et de santé, le bruit devrait donc trouver sa place dans les démarches de prévention en santé. « On est dans le curatif pour les troubles auditifs en France, c’est dommage », regrette-il. « Les entreprises doivent veiller au maintien de leurs potentiels, ça passe aussi par-là », argumente-il. Avant de souhaiter des campagnes de sensibilisation : le brouhaha, c’est tabou, on en viendra tous à bout !

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(1) Chiffres publiés dans la troisième édition de l’étude “Mon bureau post-confinement”, réalisée par la chaire Essec Workplace Management, publiée le vendredi 25 juin.

(2) Octobre 2021, enquête menée auprès d’un échantillon de 1663 personnes,  représentatif de la population française active occupée âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession de la personne interrogée, secteur d’activité) après stratification par région et catégorie d’agglomération. Les interviews ont été réalisées par questionnaire auto-administré en ligne du 16 au 20 septembre 2021.

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Titulaire d’un master de journaliste au Celsa (Paris), Lucie Tanneau est journaliste indépendante, sillonnant la France, et plus particulièrement l’Est de la France au gré des thèmes de ses articles. Elle collabore à de nombreux titres, de Liaisons sociales magazine, La Vie, et Okapi, en passant par Grand Est, l’Est éclair, Village, et Foot d’Elles.

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