Dans les années 60, des usines proposent à leurs salariés de pratiquer des exercices de gymnastique plusieurs fois par jour. L’objectif : détendre les muscles, s’étirer et se « défatiguer ». Comme un prémice à notre préoccupation de QVT, avant l’apparition de l’expression et de sa définition dans les années 1970.

On lèvre les bras. On fléchit les genoux. On souffle. On se relève. Changement de posture. On reste debout. On ferme les yeux et on tourne sa tête à droite. Puis à gauche.
Nous ne sommes pas dans un cours de médiation ou de gym douce dans une maison de retraite, mais dans une usine. En 1967. C’est en effet dans la décennie 1960 que la gym de détente, inspirée par un modèle suédois, arrive en France. Des reportages télévisés de l’époque montrent ces exercices de « gymnastique de pause » pratiqués dans les établissements Toutlemonde (mercerie) ou Damart (confection de vêtements et sous-vêtements) à Roubaix, ou dans des usines de bonneterie à Troyes.

L’objectif : « Faire travailler les muscles non-sollicités par l’activité professionnelle », explique une animatrice interrogée dans l’un des reportages. Des animateurs en éducation physique, salariés de l’EPI (établissement d’éducation physique inter-entreprises), forment, dans le Nord de la France, des salariés bénévoles d’usines, employés ou ouvriers, pour animer des séances quotidiennes auprès de leurs collègues.

« Couper les cadences infernales du travail à la chaine »

Ainsi, pendant 10 minutes le matin et l’après-midi, sur temps de travail, les sténodactylo, ouvrières de confections ou mécanographes s’absentent de leur poste de travail pour cette gym bienvenue, raconte un journaliste à la télévision. Une révolution bien avant l’heure des salles de pause et des baby foot au travail !

Le Code du travail stipule depuis 1912 que l’employeur doit protéger la santé physique et mentale de ses salariés (article L 4741-1), mais il faut attendre 1960 pour que certains s’imaginent que des étirements ou des pauses café (les premiers distributeurs automatiques font aussi leur entrée en entreprise dans les années 1960) puissent être bénéfique aux salariés, et à la productivité !

« Tous les exercices sont choisis en fonction de la position de travail. Si les mouvements du salarié sont statiques, la gymnastique encouragera les mouvements d’étirements et une évolution dans l’espace », présentait ainsi le docteur Delaunay, interrogé dans un reportage télévisé en 1967. Sans oublier de préciser que les exercices ne faisait pas perdre beaucoup de temps puisqu’ils étaient faits « sur le lieu de travail, en tenue de travail ».

Une détente physique et morale

On voit ainsi des lignes de femmes ou d’hommes quitter leur poste pour se retrouver dehors ou dans des halls d’ateliers, allumer une platine vinyle ou une radio pour s’étirer. Quelques années avant le succès de Véronique et Davina, la gym montre ses bienfaits.

« On ressent les effets journaliers, une détente physique et morale, rapporte ainsi une ouvrière, dans le même reportage. Cela coupe de manière agréable la journée difficile. »

A l’époque où le travail sur les chaînes de montage ou d’assemblage est courant, l’apparition de ce sport, intégré au planning, permet d’éviter ou d’apaiser quelques douleurs musculaires, de « délasser les salariés » hommes ou femmes, de lutter contre la sédentarité des postes de travail et de tenter de limiter les absences. « La gym douce coupe les cadences infernales du travail à la chaine », souligne ainsi un journaliste en 1974.

Plus de cinquante ans en arrière, la « gymnastique de pause », ou « gym défatiguante » apparaît comme un début de prise en compte de l’importance de bien-être au travail et un (tout premier) moyen de lutte contre les troubles musculo-squelettiques, avant que le terme, là encore, ne fasse partie du vocabulaire de l’entreprise. Une idée qui s’est perdue, avant d’être de nouveau remise en œuvre dans certaines entreprises ces dernières années.

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Titulaire d’un master de journaliste au Celsa (Paris), Lucie Tanneau est journaliste indépendante, sillonnant la France, et plus particulièrement l’Est de la France au gré des thèmes de ses articles. Elle collabore à de nombreux titres, de Liaisons sociales magazine, La Vie, et Okapi, en passant par Grand Est, l’Est éclair, Village, et Foot d’Elles.

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