le syndrome de l'imposteur peut apparaître chez n'importe qui

Vous doutez en permanence de vos capacités ? Vous ne vous sentez pas légitime au travail ? Vous attribuez vos succès au hasard ou à la chance ? Vous vous demandez quand est-ce que votre manager va s’apercevoir de la supercherie ? Vous souffrez certainement du syndrome de l’imposteur… Explications.

Helena Gonzalez-Gomez, professeure à NEOMA Business School, et Sarah Hudson, professeure à la Rennes School of Business, viennent de publier un article de recherche passionnant intitulé “Can impostors thrive at work? The impostor phenomenon’s role in work and career outcomes” dans le Journal of Vocational Behaviour. À travers quatre études menées auprès de 648 salariés aux États-Unis et en Europe, les deux chercheures ont analysé les effets de ce phénomène à la fois sur les performances mais également sur les carrières de ceux qui en souffrent. Elles mettent aussi en avant le rôle clé des managers pour inverser la tendance. Interview.

 

Le syndrome de l’imposteur : de quoi s’agit-il ?

Helena Gonzalez-Gomez. “C’est le sentiment ressenti par une personne qui l’amène à considérer que son succès est dû à des facteurs extérieurs à ses compétences. Il se caractérise par un profond manque de confiance en soi et la peur irrationnelle d’être démasquée. Les personnes qui en souffrent se focalisent sur leurs faiblesses et pensent ne pas être légitimes à leur place. Le syndrome de l’imposteur est un véritable fléau dans le monde de l’entreprise.”

Le syndrome de l’imposteur consiste à ne pas se sentir légitime pour un poste ou une tâche. Celui qui en souffre aura ainsi tendance à se focaliser uniquement sur ses faiblesses, ses ratés et ses erreurs, qui, selon lui, témoignent de son incompétence. Il donne cette impression que les réussites sont dues à la chance, ou à des conditions particulièrement favorables, mais que l’échec est la norme.

S’il s’inscrit souvent dans un contexte professionnel, il peut toutefois s’exprimer dans tous les aspects de la vie. On parle par exemple souvent du syndrome de l’imposteur en amour.

Le syndrome de l’imposteur en psychologie

Théorisé en 1978 par Pauline Clance et Susanne Imes, il est important de noter que le syndrome de l’imposteur n’apparaît pas, aujourd’hui, dans le Manuel Diagnostique et statistiques des troubles mentaux. Il n’est donc pas considéré comme un trouble mental pathologique, mais comme une expérience souvent temporaire.

Les effets du syndrome de l’imposteur

Le syndrome de l’imposteur a, bien sûr, des effets néfastes sur le travail, mais aussi sur la personne qui en souffre. On vit dans la peur que l’imposture soit découverte, par ses collègues ou ses supérieurs. Baisse de productivité, procrastination, renfermement sur soi-même… Cela impacte aussi le travail d’une équipe et la personne qui en est sujette n’est donc pas la seule à en souffrir. Sur le long terme, les symptômes peuvent s’inscrire de manière durable et avoir des impacts sur la santé.

 

Le syndrome de l’imposteur : qu’est-ce que c’est ?

D’où vient-il ?

D’où vient le syndrome de l’imposteur ? “Les personnes touchées par ce syndrome ont souvent subi une pression forte enfant ou adolescent de la part de leurs parents, de leur famille ou de leurs enseignants : standards élevés, pas de droit à l’erreur, comparaisons incessantes, etc. Cette pression se retrouve parfois ensuite dans le milieu professionnel avec un manager qui a des attentes trop élevées, met en compétition ses collaborateurs ou les dévalorise.” nous dit Helena Gonzalez-Gomez.

Le syndrome de l’imposteur peut donc avoir des origines diverses et variées : il trouve ses causes dans l’enfance, l’adolescence, mais il peut aussi se développer à l’âge adulte. Il résulte de pressions extérieures, liées à l’obtention de résultats. On retrouve des causes similaires à celles du manque d’estime de soi, qui se traduit par une dévalorisation, des pensées négatives et de l’anxiété, souvent liée à la sphère professionnelle.

Qui touche-t-il ?

D’après Sciences Humaines, au moins 70% des personnes seraient sujettes à ce sentiment d’imposture au moins une fois dans leur vie. Le syndrome de l’imposteur est donc répandu et est loin d’être rare ! S’il peut toucher absolument tout le monde, les femmes sont plus que les hommes sujettes au syndrome de l’imposteur. Elisabeth Cadoche et Anne de Montarlot ont mis en avant cet état de fait dans leur ouvrage Le Syndrome d’imposture : pourquoi les femmes manquent tant de confiance en elles ?

Comment se manifeste-t-il ?

Helena Gonzalez-Gomez. “Honte, peur, culpabilité… Nos échanges avec près de 650 collaborateurs ont montré que le syndrome de l’imposteur est générateur d’un solide sentiment de honte, en particulier lorsque le collaborateur s’attribue personnellement un échec vécu sur le lieu de travail. Second effet à retardement : ce phénomène induit également un impact très fort sur la créativité, la performance du salarié et son engagement, car cela va générer du stress et impacter négativement sa capacité d’adaptation. Autre conséquence néfaste, cette fois sur l’épanouissement au travail et sur le plan de la trajectoire professionnelle du salarié : ce syndrome s’avère aussi être un frein pour changer d’employeur, ou pour une progression au sein de l’organisation (promotion, augmentation de salaires, etc.).”

Le syndrome de l’imposteur, s’il s’installe dans la durée, peut donc avoir des conséquences désastreuses. Il est donc très important de s’en prémunir, de l’identifier et de le surmonter.

 

Le cercle du syndrome de l'imposteur tel que théorisé par Clance
Le syndrome de l’imposteur fonctionne comme un cercle vicieux. Il a été théorisé par Clance.

 

Comment vaincre le syndrome de l’imposteur ?

Helena Gonzalez-Gomez. “Étant donné que les imposteurs se projettent systématiquement en situation d’échec sur le lieu de travail, un feedback managérial évitant l’attribution directe d’un échec à un collaborateur peut être une vraie solution, facilement applicable et avec des résultats rapides à la clé. Le manager doit aussi autoriser le droit à l’erreur et l’encourager pour stimuler la créativité de son équipe. Évoquer avec le collaborateur les pistes d’amélioration pour soutenir sa performance s’avère également une approche à favoriser par le manager, susceptible d’augmenter la créativité chez les individus concernés par ce syndrome. Face à ces collaborateurs affichant une forte tendance à sous-estimer leurs capacités, il est essentiel de leur apporter suffisamment de reconnaissance et d’utiliser des outils axés sur l’évaluation des performances par un tiers plutôt que ceux fonctionnant sur l’auto-évaluation.”

Plusieurs stratégies peuvent être mises en place pour vaincre et surmonter le syndrome de l’imposteur. À ces personnes qui sont touchées, Helena Gonzalez-Gomez conseille “d’objectiver leurs compétences et de prendre un temps de réflexion : si elles sont à ce poste, c’est que plusieurs personnes ont estimé qu’elles avaient les qualifications et le talent pour cela. Elles sont à cette place car elles ont de la valeur, pas par chance ! Il est aussi important de bien s’entourer, d’avoir des personnes ressources qui ne vous jugent pas, mais vous apportent leur soutien.” Faire la part entre les performances et les faits objectifs et son propre ressenti subjectif est difficile, mais peut se révéler salvateur.

On peut travailler sur d’autres aspects :

 

Évidemment, comme tout autre trouble psychologique, consulter un psychologue ou un psychothérapeute pourra vous aider à prendre confiance en vous et réduire votre anxiété.

 

Souffrez-vous du syndrome de l’imposteur ? Faites le test

Comment savoir si on souffre du syndrome de l’imposteur ? Plusieurs tests en ligne existent, mais la plupart n’ont aucune validité scientifique. Si vous souhaitez savoir si vous êtes touché par ce mal-être, commencez par vous poser les bonnes questions. Doutez-vous souvent de vous ? Êtes-vous satisfait du travail que vous accomplissez ? Pensez-vous maîtriser les compétences nécessaires pour effectuer vos tâches correctement ? Avez-vous peur du regard des autres ? Estimez-vous que votre réussite est due à des causes particulières, à un facteur chance ? Analysez aussi la façon dont vous travaillez : avez-vous tendance à alterner les phases de travail intense et les phases de procrastination ?

Se poser ces questions, c’est commencer à définir l’origine de son mal-être.

 

Découvrez notre webinar sur le syndrome de l’imposteur !

Et si vous souhaitez approfondir ce sujet, découvrez le Webinar “Syndrome de l’imposteur : et si vous preniez confiance en vous ?”, animé par les psychologues de Moodwork. Il vous donnera des clés concrètes pour vous aider outrepasser ce sentiment et à mieux vivre votre travail. Pour y accéder, c’est par ici !

Webinar sur le syndrome de l’imposteur

 

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Diplômée de Sciences-Po Paris, Fabienne Broucaret a fondé My Happy Job en 2016. Elle en a été la rédactrice en chef jusque fin 2022. Conférencière et journaliste, elle a écrit "Mon Cahier Happy at Work" (Solar) et "Télétravail" (Vuibert). Elle a aussi co-écrit “2h chrono pour déconnecter (et se retrouver)” avec Virginie Boutin (Dunod). Passionnée par les questions de mixité, elle est enfin l’auteure des livres "Le sport, dernier bastion du sexisme ?" et "A vos baskets toutes ! Tour de France du sport au féminin" (Michalon).

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