Vous doutez en permanence de vos capacités ? Vous ne vous sentez pas légitime au travail ? Vous attribuez vos succès au hasard ou à la chance ? Vous vous demandez quand est-ce que votre manager va s’apercevoir de la supercherie ? Vous souffrez certainement du syndrome de l’imposteur… Explications.

Helena Gonzalez-Gomez, professeure à NEOMA Business School, et Sarah Hudson, professeure à la Rennes School of Business, viennent de publier un article de recherche passionnant intitulé “Can impostors thrive at work? The impostor phenomenon’s role in work and career outcomes” dans le Journal of Vocational Behaviour. À travers quatre études menées auprès de 648 salariés aux États-Unis et en Europe, les deux chercheures ont analysé les effets de ce phénomène à la fois sur les performances mais également sur les carrières de ceux qui en souffrent. Elles mettent aussi en avant le rôle clé des managers pour inverser la tendance. Interview.

Le syndrome de l’imposteur, c’est quoi exactement ?
Helena Gonzalez-Gomez. C’est le sentiment ressenti par une personne qui l’amène à considérer que son succès est dû à des facteurs extérieurs à ses compétences. Il se caractérise par un profond manque de confiance en soi et la peur irrationnelle d’être démasquée. Les personnes qui en souffrent se focalisent sur leurs faiblesses et pensent ne pas être légitimes à leur place. Le syndrome de l’imposteur est un véritable fléau dans le monde de l’entreprise.

D’après votre étude, quelles en sont les conséquences ?
Helena Gonzalez-Gomez. Honte, peur, culpabilité…Nos échanges avec près de 650 collaborateurs ont montré que le syndrome de l’imposteur est générateur d’un solide sentiment de honte, en particulier lorsque le collaborateur s’attribue personnellement un échec vécu sur le lieu de travail. Second effet à retardement : ce phénomène induit également un impact très fort sur la créativité, la performance du salarié et son engagement, car cela va générer du stress et impacter négativement sa capacité d’adaptation. Autre conséquence néfaste, cette fois sur l’épanouissement au travail et sur le plan de la trajectoire professionnelle du salarié : ce syndrome s’avère aussi être un frein pour changer d’employeur, ou pour une progression au sein de l’organisation (promotion, augmentation de salaires, etc.).

Y a-t-il un portrait-robot des personnes les plus susceptibles d’en souffrir ?
Helena Gonzalez-Gomez. Les femmes sont les plus concernées. Les personnes touchées par ce syndrome ont souvent subi une pression forte enfant ou adolescent de la part de leurs parents, de leur famille ou de leurs enseignants : standards élevés, pas de droit à l’erreur, comparaisons incessantes, etc. Cette pression se retrouve parfois ensuite dans le milieu professionnel avec un manager qui a des attentes trop élevées, met en compétition ses collaborateurs ou les dévalorisent.

Le manager peut ainsi renforcer le syndrome de l’imposteur, mais votre étude montre qu’il peut aussi, à l’inverse, aider à le surmonter…
Helena Gonzalez-Gomez. Oui, tout à fait. Etant donné que les imposteurs se projettent systématiquement en situation d’échec sur le lieu de travail, un feedback managérial évitant l’attribution directe d’un échec à un collaborateur peut être une vraie solution, facilement applicable et avec des résultats rapides à la clé. Le manager doit aussi autoriser le droit à l’erreur et l’encourager pour stimuler la créativité de son équipe. Evoquer avec le collaborateur les pistes d’amélioration pour soutenir sa performance s’avère également une approche à favoriser par le manager, susceptible d’augmenter la créativité chez les individus concernés par ce syndrome. Face à ces collaborateurs affichant une forte tendance à sous-estimer leurs capacités, il est essentiel de leur apporter suffisamment de reconnaissance et d’utiliser des outils axés sur l’évaluation des performances par un tiers plutôt que ceux fonctionnant sur l’auto-évaluation.

Quels seraient enfin vos conseils pour les personnes souffrant elles-mêmes du syndrome de l’imposteur pour en venir à bout ?
Helena Gonzalez-Gomez. Je leur conseille d’objectiver leurs compétences et de prendre un temps de réflexion : si elles sont à ce poste, c’est que plusieurs personnes ont estimé qu’elles avaient les qualifications et le talent pour cela. Elles sont à cette place car elles ont de la valeur, pas par chance ! Il est aussi important de bien s’entourer, d’avoir des personnes ressources qui ne vous jugent pas, mais vous apportent leur soutien.

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Diplômée de Sciences-Po Paris, Fabienne Broucaret est la fondatrice et la rédactrice en chef de My Happy Job. Conférencière, passionnée par les questions de mixité, elle est aussi l’auteure des livres "Le sport, dernier bastion du sexisme ?" et "A vos baskets toutes ! Tour de France du sport au féminin" (Michalon). Elle a aussi co-écrit “2h chrono pour déconnecter (et se retrouver)” avec Virginie Boutin (Dunod, mai 2018).

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