Un an après le début de la crise sanitaire, Empreinte Humaine, cabinet spécialiste en prévention des risques psychosociaux et en qualité de vie au travail, publie la 6ème vague de son « Baromètre de la santé psychologique des salariés Français en période de crise » réalisé par OpinionWay. L’état des lieux est alarmant.  

« Au début de la crise, l’anxiété était liée à la peur du virus en lui-même, c’est devenu aujourd’hui une dégradation de la santé mentale », analysent Christophe Nguyen, psychologue du travail et président d’Empreinte Humaine, et Jean-Pierre Brun, co-fondateur d’Empreinte Humaine et expert conseil. Si la détresse psychologique des salariés français reste importante à 45% (-5 pts par rapport à décembre 2020), le taux de dépression nécessitant un accompagnement chez les salariés, lui, explose : il passe de 21% à 36% (+15 pts). La détresse psychologique est de plus en plus visible puisque 63% des salariés déclarent qu’ils voient de plus en plus de gens en détresse psychologique. Or, 70% des salariés considèrent que l’entreprise pourrait faire plus pour protéger la santé psychologique de ses salariés.

Les managers, les jeunes, les femmes et les télétravailleurs dans la tourmente

Sans surprise, les populations les plus à risque sont les jeunes avec 62% des – de 29 ans en situation de détresse psychologique (dont 39% en risque de dépression), les femmes pointent à 53% et les télétravailleurs à 49%. Viennent ensuite les managers à 48%, contre 44% pour les non-managers. Facteur aggravant pour les premiers,  60% d’entre eux ne se permettent pas de parler de leurs difficultés avant de traiter celles de leurs collaborateurs et 4 sur 10 se sentent isolés.

« Les managers ne se parlent plus et n’ont plus de temps pour échanger sur leurs pratiques de management, regrette Jean-Pierre Brun. La santé psychologique des femmes a été mise à mal lors du premier confinement avec la fermeture des écoles mais on constate que les problèmes de double journée pèsent encore plus fortement sur elles. Ces inégalités continuent à se creuser. » Les salariés habitant dans moins de 40 m 2 sont eux aussi surexposés à la détresse psychologique (65%), la détresse psychologique culmine à 75% pour les télétravailleurs dans ces surfaces d’habitation.

« La distinction vie professionnelle et personnelle est évidemment plus difficile lorsqu’on habite de petites superficies, commente Christophe Nguyen. Permettre à ces salariés de se ressourcer et les protéger psychologiquement est un enjeu de santé publique. Ce sont les mêmes catégories de population qui sont les plus impactées psychologiquement. Toutefois, là où en avril 2020, les plus exposés était ceux en chômage partiel, ce sont aujourd’hui les télétravailleurs qui sont les plus en détresse psychologique. La question de la prévention dans les entreprises se pose toujours plus fortement. »

Que font les salariés pour récupérer psychologiquement ?

A l’heure où les restrictions des activités de loisirs et des distractions sont de plus en plus forte, la récupération psychologique est un défi pour les salariés en particulier pour les télétravailleurs. Ces temps de ressourcement sont fondamentaux pour la santé psychologique surtout quand la qualité du travail devient un facteur de risque psychosocial. Le soir ou le week-end après le travail, 70% des salariés arrivent à se détacher psychologiquement du travail et à vivre des émotions positives, 60% d’entre eux arrivent à faire l’expérience d’activités stimulantes et 80% déclarent qu’ils choisissent d’organiser leur temps libre.

« Quand ces expériences de récupération sont présentes, on note une forte baisse de la détresse psychologique, soulignent Jean-Pierre Brun et Christophe Nguyen. Il faut vraiment inviter tous les salariés et toutes les entreprises à sanctuariser ces temps de vie, à prendre soin d’eux. Face à l’épuisement, qui peut aussi être lié à un trop grand nombre de visioconférences et à de fortes amplitudes horaires, les entreprises se doivent d’être attentives à la façon dont elles permettent à leurs managers de décrocher et de se ressourcer par des temps de pause et de récupération. Par exemple, en arrêtant d’organiser des réunions entre midi et 14 heures, ou en diminuant les circuits de décision dans l’entreprise car des process inadéquats peuvent aussi peser. »

La lassitude du télétravail contraint se confirme

4 salariés sur 10 saturent du télétravail (+10 pts). Pour 50% des personnes interrogés, le manque de lien social avec les collègues impacte négativement le sens qu’ils donnent à leur travail. « Les salariés font la différence entre le moment que nous vivons et le télétravail en rythme de croisière, souligne Christophe Nguyen. Le télétravail ouvre de formidables opportunités. Là où on avait un fort engouement il y a un an pour le 100% télétravail, celui-ci a fortement diminué. Pour une bonne partie des télétravailleurs, il se confirme que l’absence de lien social avec les collègues appauvrit l’expérience du travail qui devient plus monotone. Le sens que l’on donne à son travail est touché, ce qui a des effets délétères sur l’engagement et la santé mentale à long terme. La question est de regarder si la productivité accrue liée à cette période en télétravail que certaines études identifient ne s’annulent pas par des troubles psychosociaux dans le temps. » En effet, 6 sur 10 disent que certains travaillent trop, 1 sur 2 déclarent travailler plus tôt et finir plus tard et 40% disent ne pas pouvoir faire tout leur travail en télétravail.

« Tout comme les décrocheurs scolaires, le distanciel crée des décrocheurs professionnels, regrette Jean-Pierre Brun. Les jeunes recrues apprennent plus difficilement leur nouveau métier car ils ne peuvent plus observer comment se fait le travail. La question du manque de créativité en télétravail est aussi identifiée, souvent ce sont les mêmes idées qui reviennent. » 

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