David est atteint de TDAH (trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité). Ce diagnostic, posé il y a 3 ans, lui a permis de mettre des mots sur une souffrance qui le suivait depuis l’école. Il est ainsi passé d’un état d’anxiété (« tu as trop d’idées », « tu anticipes trop », « tu réfléchis trop », « tu bouges trop »… ) à un état de confiance en lui, en prenant conscience que son cerveau ne réagit certes pas comme tout le monde, mais que c’est une force. Il partage avec nous ce nouvel apprentissage, et nous parle du lien entre TDAH et burn-out, et de ses conséquences sur l’entrepreneuriat, sur les rapports avec la hiérarchie… Découvrez son témoignage.

Peux-tu d’abord nous expliquer ce qu’est le TDAH ?
Le TDAH est donc un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité, pour ma part c’est avec hyperactivité. En gros, lire 5 pages d’un livre c’est recommencer 10 fois avant de comprendre ce qu’on a lu et c’est également l’impression d’avoir un cerveau qui ne dort jamais et qui réfléchit tout le temps.

Comment ce trouble se manifeste-t-il pour toi ?
Le TDAH se manifeste, pour ma part, par des difficultés à maintenir l’attention (je ne peux rester concentrer sur une même tâche que très peu de temps), une tendance à être impulsif (c’est-à-dire réagir rapidement sans réfléchir), une hyperactivité motrice ou mentale qui est pour moi le plus compliqué à gérer (le cerveau qui ne connait pas le bouton off) et également par des addictions (au sport, au travail…).

Quel impact a-t-il eu sur ta scolarité, tes choix d’orientation et ta carrière ?
Concernant la scolarité, ça a toujours été compliqué car mes problèmes de concentration ne me permettaient pas de réviser longuement. Très vite, j’ai trouvé la technique du visuel, en photographiant dans ma tête les cours. Concernant mes choix d’orientation et de carrière, j’aurais aimé être dans un métier créatif, mais il en a été décidé autrement et j’ai fait des études qui demandaient trop de concentration. J’ai très vite décroché car je m’ennuyais et que je ne trouvais aucun intérêt dans mes études. Grâce au diagnostic, j’ai compensé un manque de confiance en moi en comprenant que mon cerveau travaillait peut être plus vite que celui d’autres personnes, et que ça pouvait être un avantage. J’ai longtemps cru être atteint d’autisme car je pensais ne pas être compris des autres. Du coup, je me mettais dans une bulle.

Quand tu l’as appris, quel effet cette annonce a eu sur toi ?
L’annonce de ce diagnostic a été un soulagement et une réponse à beaucoup de questions (pourquoi je m’ennuie tout le temps ? Pourquoi je dors très peu ? Pourquoi ma bouche parle avant d’avoir réfléchi à une réponse ?). Il a été aussi le déclenchement d’une reconversion !

Concrètement, cela à quoi comme conséquences d’avoir un TDAH dans le travail ?
Pour moi, avoir un TDAH dans le travail, c’est aussi bien positif que négatif. Positif, car on réfléchit plus rapidement, on anticipe beaucoup, on a mille projets en tête, on est très dynamique. Négatif, car on s’ennuie très vite quand nos missions sont répétitives et cela peut-être très mal perçu de notre hiérarchie, on est épuisant car lorsqu’on a des crises d’hyperactivité c’est ingérable : on parle tout le temps, on fait en sorte d’attirer l’attention sur nous, on bouge tout le temps… On a beau réfléchir vite mais on prend beaucoup de retard dans notre travail car on s’éparpille beaucoup trop, en commençant mille choses à la fois. Le TDAH est d’ailleurs à risque en termes de Burn-out, car il est dans les extrêmes et va aller jusqu’à épuiser son corps, et non en prendre soin. Je mets aussi en garde les auto-entrepreneurs car travailler seul en étant TDAH est beaucoup plus compliqué : il n’y a pas de hiérarchie pour cadrer, pour rassurer, pour dire « stop » quand il faut arrêter de travailler. Les tâches administratives pour un TDAH peuvent également être compliquées, et il aura tendance à les laisser de côté.

Ton rapport au travail a-t-il changé depuis que tu as mis un mot sur cette particularité ?
Il m’a donné confiance en moi ce TDAH, car j’ai pu mettre des mots sur « tu as trop d’idées », « tu anticipes trop ». Je suis passé d’un état d’anxiété à un état de confiance en moi. Je sais qu’aujourd’hui, je n’étais pas mauvais dans mon travail mais juste pas comme tout le monde et que mon cerveau ne réagit pas comme tout le monde, et c’est une force.

Et ton rapport à toi-même ?
Il a complètement changé. J’ai eu un regain de confiance et d’estime de moi, mais également j’ai appris à mieux gérer mon anxiété et mon sommeil, en mettant en place différents rituels.

Comment gères-tu ton TDAH aujourd’hui ?
Je le gère encore parfois difficilement, même si j’ai trouvé des rituels qui me permettent de mettre mon cerveau en off (mais seulement sur de courts moments). Ce qui est le plus difficile, ce sont les périodes de rush, car c’est l’ébullition dans ma tête, et ça peut vite me faire « vriller », et me faire perdre confiance. Je me dis que je ne suis pas en mesure d’y arriver, et du coup dans ma tête c’est la folie ! Je n’arrête pas de cogiter et je deviens anxieux. Aujourd’hui, j’attends toujours la solution “miracle” pour avoir un bouton Off dans ma tête pour lâcher prise, et me reposer.

J’ai mis en place différentes routines qui me permettent d’avoir des moments de détente sans que ma tête soit trop en activité. J’ai acheté un tapis d’acupression, fait de fleurs qui ont une pointe piquante. Lorsque l’on s’allonge dessus, ça pique au niveau du dos, et pour ma part le fait que je me concentre sur cette sensation me permet enfin d’avoir un moment de déconnexion dans ma tête. J’aime également aller à la piscine avec un casque audio, afin d’écouter de la musique en même temps que je nage. Et là, j’avoue que mon cerveau se déconnecte 🙂

Quels conseils donnerais-tu aux personnes venant d’apprendre leur TDAH ou se reconnaissant dans les symptômes ?
Je conseillerais aux personnes diagnostiquées de ne pas avoir peur d’en parler à leur hiérarchie, car cela leur permettra de mieux comprendre certaines de leurs réactions, certains ennuis, certains retards… C’est important d’expliquer et de donner cette grille de lecture aux personnes avec qui on travaille. Je leur conseillerais également de mettre en place des rituels : micro-sieste, méditation, sport, comme la danse ou la piscine…

Pour retrouver la reconversion de David, c’est ICI.

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Coach en transition professionnelle chez Oser Rêver sa carrière - Consultante RH/Formatrice - Thérapeute Brève et Systémique - co-auteure avec Marina Bourgeois du livre "Trouver sa voie" (Vuibert).

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