Bien loin du « travail à la Taylor » des temps modernes qui n’avait que faire de la curiosité des travailleurs pourvu qu’ils s’affairent à faire (comme Charlot qui enchaîne à la chaîne !), la curiosité, en nos temps hypermodernes, est désormais hyper valorisée ! On célèbre un travail moins conventionnel, plus libre, audacieux, coloré, un « travail à la Warhol » (pourrait-on curieusement le qualifier) où l’autonomie remplace l’automatisme – l’implication, l’application – l’innovation, l’imitation… où la curiosité est en passe de connaître une éminente et imminente célébrité (pourvu que sa gloire dépasse le quart d’heure !).

Pourquoi la curiosité est-elle de plus en plus valorisée dans les médias et recherchée au travail ? Car le secteur professionnel évolue rapidement, occultant grandement notre champ de vision et d’action (changements économiques, organisationnels, révolution numérique). Selon l’OCDE, 32% des emplois vont être radicalement transformés du fait du progrès technologique et 14% des métiers risquent fort d’être automatisés. En somme la plupart des compétences techniques actuelles en entreprise seront obsolètes d’ici quelques années. Le travail sera donc de moins en moins le déroulé d’un process préétabli, prédéterminé, à suivre à la lettre. Il sera de plus en plus le succès de tentatives, d’ébauches, d’ajustements, d’adaptations, d’apprentissages. À ce titre, la curiosité qui figure déjà au rang des « soft skills » (ou compétences transversales) valorisées en entreprise, le sera plus encore à l’avenir. Car si le contenu de ce que l’on apprend est voué à passer, à être dépassé, la capacité à apprendre de nouvelles choses va quant à elle devenir essentielle. C’est pourquoi là où l’esprit critique est appelé à être sur le qui-vive…vive qui ?

Vive la curiosité et ses « pourquoi » ! Moteur de l’esprit critique, la curiosité est essentiellement interrogative. « Le désir de connaître le comment et le pourquoi s’appelle curiosité » (Hobbes). Elle est le désir de découvrir, de questionner et de ne pas s’arrêter à une réponse. Ce qui est très précieux car bien souvent pour reprendre les merveilleux mots de Paulo Coelho : « Au moment où j’avais réussi à trouver toutes les réponses, toutes les questions ont changé ». Des mots courts qui en disent long…de l’importance qu’il y a à se défaire (qui plus est dans les affaires) de la pression de la réponse pour cultiver la passion de la question. C’est dire l’importance qu’il y a à travailler son questionnement et à questionner son travail en ces temps pro mouvants, promouvant plus que jamais le changement ! De quoi appeler de ses vœux, une curiosité qui en veut. J’entends une curiosité qui fait œuvre de volonté…et qui se travaille !

Comment travailler sa curiosité ? En commençant par lever la tête du guidon, par « lever le regard au-delà de la longueur de notre nez » comme disait joliment Montaigne (à l’image des enfants, dont l’ignorance les rend plus disponibles à l’émerveillement). Puis, en s’exerçant à cultiver une curiosité critique (ou philosophique) qui prend soin de regarder, c’est-à-dire une curiosité « enquêteuse et non résolutive », qui cherche moins à trouver qu’à chercher, qui ne se contente pas de ce qu’elle sait (ou croit savoir) mais qui interroge, exerce son jugement sur le monde et y voit matière à apprendre (plutôt qu’à prendre). Comment donc travailler sa curiosité ? En se hâtant d’observer le monde comme un enfant avec les ressources d’un grand, c’est-à-dire en s’exerçant à s’étonner volontairement, autrement dit à prendre la vie avec philosophie. Ce que j’aime imager ainsi :

En jouant le poisson volant qui, imaginez-le un instant, s’extrait de l’eau le temps d’un saut. Oser la curiosité, c’est alors – à l’image du poisson volant – entreprendre un saut de la pensée (histoire d’être moins sot), s’extraire de son environnement, sortir la tête du bocal, sortir du cadre, non pas pour demeurer curieux, perché ou hors cadre mais pour l’observer, en apprendre et y retourner plus éclairé, plus averti, plus autonome. Oser la curiosité, c’est prendre de la hauteur pour se rendre davantage auteur (acteur) de sa façon d’être au monde. Être curieux, c’est en être, être observateur, attentif et vigilant, interroger, mettre en question, (se) remettre en question et favoriser ainsi la communication la mise en commun, le partage des points de vue. Être curieux c’est entreprendre (prendre entre).

D’ailleurs on l’entend la curiosité (cure/ose/et) c’est ce qui a « cure » et « ose » le « et »… se soucie de, est attentif, prend soin d’ouvrir les yeux et de regarder le monde, ose entrer en relation, créer du lien, des ponts avec le monde, avec les autres (se mettre à leur place) et avec soi-même (se mettre à sa place) à l’intérieur du monde. Bien placée (vs une curiosité mal placée/déplacée), la curiosité permet alors de rencontrer, de contrer le rang, de sortir des sentiers appris et d’élargir le champ des possibles. Vive et agile (comme un poisson), elle file, se faufile, saute le pas, franchit les obstacles, s’adapte, rebondit. C’est pourquoi, face à l’océan des possibles à venir, la curiosité et ses pourquoi se révèlent être une entreprise de pensée si précieuse en entreprise pour s’adapter aux changements et en être à l’avenir. Ce qui n’est pas la mer à boire, si on y travaille, les yeux ouverts et l’esprit vif ! Aussi, je ne peux que vous inviter à sauter le pas, curieuse et convaincue que la curiosité est « la » clé pour penser out of the box et ouvrir la boîte…vos boîtes.

Alors au travail !?

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