« Les hyperempathiques sont observateurs, à l’écoute des autres et créatifs »

pexels-photo-718752

Saverio Tomasella tient à le dire d’entrée de jeu : il y a autant d’hommes que de femmes qui sont hyperempathiques. Ces personnes sont plus sensibles aux bruits, aux odeurs mais surtout, elles font preuve d’une profonde sensibilité envers les autres. Dans son dernier livre, Le Guide de survie des hypersensibles empathiques co-écrit avec Judith Orloff, aux éditions Leduc.s, il consacre un chapitre entier au monde du travail. Entretien.

Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est l’hyperempathie ? Quelle est la différence avec l’hypersensibilité ?
Les deux notions sont très proches, la grande différence c’est l’impact qu’ont les émotions des autres sur l’équilibre de la personne. L’hypersensibilité est le fait d’être sensible de façon très intense aux impressions, émotions, sentiments, intuitions. Pour certaines personnes, cela va se traduire au niveau sensoriel : les lumières, les bruits, les odeurs vont les déranger, les étiquettes vont les gratter. Pour d’autres, ce sera plus au niveau émotionnel, avec des émotions très fortes. D’autres encore vont avoir beaucoup d’idées, des pensées ininterrompues. Mais on peut être hypersensible sans être empathique. Alors que l’hyperempathique est forcément hypersensible. Il a donc, en plus, une très forte empathie ce qui le rend très sensible à ses émotions mais aussi à celles des autres, à leurs souffrances…

 On peut lire dans le livre que les hyperempathiques s’épanouissent mieux dans les emplois d’indépendants ou dans les petites entreprises. Pourquoi ?
Parce qu’une personne très sensible et empathique va rapidement être saturée par les informations qu’elle reçoit au fur et à mesure de la journée. Ce sont des personnes qui traitent chaque chose en profondeur. Au lieu de se dire « aujourd’hui il pleut, je préférerais qu’il fasse beau », elles se disent : « aujourd’hui il pleut, donc je vais mettre telle paire de chaussures, prendre tel trajet, éviter la voiture parce qu’il va y avoir du monde… » Je prends cet exemple anodin mais pour la moindre chose, elles auront un traitement très approfondi des informations. Au bout d’un moment, contrairement aux personnes dans la moyenne, elles vont saturer à cause de cet effort intellectuel et sensible très important.

Être indépendant, cela ne crée-t-il pas un manque de contact humain qui pourrait être délétère ?
Si, pour les personnes qui sont célibataires ou sans enfants. Dans ce cas, elles ont besoin de faire partie d’une association, de voir leurs amis… pour ne pas souffrir de la solitude. En revanche pour celles qui ont un conjoint et/ou des enfants, le simple fait de les voir tous les jours leur permet d’aller bien.

Diriez-vous qu’il faut parler de notre hyperempathie à nos patrons ou nos collègues ?
C’est un grand débat ! Ceux qui pensent que oui, j’ai fait partie de ceux là pendant très longtemps, disent qu’il ne faut pas « mentir » sur soi. Dire que l’on est hyperempathique, expliquer ce que c’est pour que les autres fassent attention.  Ce peut être vrai dans une relation amoureuse, avec un frère, une sœur ou ses meilleurs amis. Mais au travail, c’est un pari. Parfois, certains patrons vont bien comprendre quand d’autres, malgré de nombreuses explications, ne veulent rien entendre. Ces personnes n’imaginent pas que l’on peut être différent des autres. Dans ce cas, leur parler de notre hyperempathie va être pire que mieux. Il vaut mieux prendre le temps de jauger ses collègues, pour savoir à qui je peux le dire ou pas.

Pouvez-vous nous parler des techniques de protection que l’on peut mettre en place pour éviter la contagion émotionnelle ?
La première chose est de bien faire le tri entre l’émotion qui vient de moi et celle qui vient des autres. Si je rentre dans une salle de réunion en super forme, et qu’en en sortant je me sens mal à l’aise… c’est le signe que quelque chose s’est passé et cela ne vient pas de moi. La deuxième chose est de faire attention à ne pas se laisser gagner par la négativité. Des gens sont râleurs, d’autres broient du noir, se plaignent… on pourrait vite être pris dans la contagion émotionnelle. Face à ce genre de collègues, il ne faut pas entrer dans leur jeu. Une fois qu’ils ont vidé leur sac, on quitte la pièce ou on change de sujet. Surtout ne pas abonder dans leur sens.  Vous pouvez aussi vous créer une bulle dans laquelle vous vous sentez suffisamment protégés : bouchons d’oreilles, casque avec de la musique douce, des photos qui vous plaisent, une plante verte, une goutte d’huile essentielle sur les poignets… Il faudrait également que les employeurs prévoient une salle de repos, dans laquelle on peut s’allonger. C’est important que ce soit accepté comme quelque chose qui va aider à se ressourcer pour mieux travailler.

Côté employeur, pourquoi embaucher un(e) hyperempathique ? Quelles sont les choses à savoir pour bien le/la manager ?
Ils ont le sens du détail, sont observateurs et attentifs, à l’écoute des autres et créatifs. Si vous, employeurs, prenez des hyperempathiques dans votre équipe, prévoyez des aménagements pour leur travail qui correspondent à leur sensibilité, à leurs horaires, mais aussi à leur besoin de solitude, de faire des pauses… Encouragez-les et trouvez la bonne façon de les aider à déployer au maximum leurs qualités.

Quel est le meilleur conseil que vous pourriez donner à nos lecteurs qui se retrouvent dans cette interview ?
Se respecter et s’écouter. L’hyperempathie est une nature, un tempérament, ce n’est pas un problème ou une maladie. Chacun met du temps pour s’en rendre compte. Il n’y a pas qu’une façon d’être hyperempathique, chacun a la sienne et trouve sa façon de le vivre au mieux.

Pour ne rater aucune actualité en matière de qualité de vie au travail, inscrivez-vous à la newsletter de My Happy Job et découvrez notre annuaire du bien-être au travail.

A lire aussi :
– Top 10 des compétences qui feront la différence demain
A quoi sert l’Ennéagramme dans le monde du travail ?
– L’exercice du carré de vie

Étiquettes :

Plus d'articles de la même rubrique:

De
Article Précédent Article Suivant

Commentaires

    • GEOFFROY
    • 14 septembre 2018
    Répondre

    C’est tellement vrai, bel article. Merci

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0 shares