Et si vous utilisez la puissance des émotions pour développer confiance, engagement et coopération ? C’est ce que vous propose Régis Rossi, conférencier, dans le livre qu’il a co-écrit avec Claire Lauzol et Didier Noyé : Les pouvoirs de l’intelligence émotionnelle (Eyrolles).

Qu’est-ce que l’intelligence émotionnelle ?
Régis Rossi. Pour commencer, c’est une capacité, ce n’est pas une chose innée. Certaines personnes ont évidemment plus de potentiel que d’autres pour la développer, mais nous pouvons tous y arriver. L’intelligence émotionnelle sert à prendre conscience de ses propres émotions et à décrypter celles des autres pour en avoir une lecture la plus juste possible. Le but ? Créer des relations durables et efficaces. Elle peut nous aider à nous adapter, à mieux communiquer, mais aussi à prendre de bonnes décisions.

Selon le Forum économique, l’intelligence émotionnelle fait partie des 10 compétences clés pour réussir professionnellement
R.R.
Oui, je pense en effet que le quotient émotionnel est une clé de la réussite. Quand les managers et dirigeants insufflent de l’empathie et du respect, cela fait ensuite tache d’huile. En travaillant son intelligence émotionnelle, on développe ses aptitudes. Il n’y a pas que les diplômes qui comptent ! La qualité de nos rapports aux autres jouent énormément. Il faut arrêter de séparer raison et émotions. Grâce au développement des neurosciences, nous avons compris les liens entre le cerveau émotionnel et rationnel, tout ce que peut nous apporter la prise en compte de nos émotions.

En quoi l’intelligence émotionnelle est-elle particulièrement importante dans un contexte de crise ?
R.R. Le défi auquel nous devons faire face, c’est le défi de l’attention. Nous avons besoin de nous reconnecter les uns aux autres, de recréer des liens, d’instaurer un climat de confiance. Tout cela est nécessaire pour traverser cette épreuve. A distance, le lien de confiance peut être malmené. Au lieu d’être dans une logique de contrôle, les managers doivent placer le facteur humain au cœur de leurs préoccupations. Ils doivent porter une attention aux autres de manière assertive, c’est-à-dire dans la volonté de les faire grandir.

Que peut-on faire pour développer son intelligence émotionnelle ? Quel premier pas conseillez-vous ?
R.R. Interrogez-vous sur des situations où vous avez ressenti des émotions : identifiez l’émotion ressentie (Apprenez à dire J’étais/Je suis joyeux, triste, en colère, etc.). Si vous deviez mesurer son intensité, quelle note lui donneriez-vous sur une échelle de 1 à 10 ? Pour une même émotion il existe des intensités variables : quand on est en colère, on peut être furieux, mécontent, exaspéré, irrité ou encore agacé. Pourquoi cette émotion est-elle apparue ? Quel était le contexte ? Y a-t-il eu un élément déclencheur en particulier ? Prenez un peu recul, comment auriez-vous pu vivre cette émotion différemment ? Il y a beaucoup de manières de vivre une émotion, mais dans l’instant on peut avoir l’impression qu’on réagirait tous de la même manière. Le soir, vous pouvez ainsi noter 3 émotions qui vous ont traversé dans la journée en les reliant à un événement précis. Essayez de trouver des émotions positives. Vous verrez que vous en trouverez même dans une journée banale, et même dans une “mauvaise” journée !

Comment mieux comprendre les émotions des autres, par exemple de ses collègues ?
R.R. Il faut vous mettre dans une posture d’écoute active. Pour cela, évitez tout d’abord les préjugés, les idées préconçues. Ensuite, laissez l’autre s’exprimer. Entendre ne veut pas dire écouter ! Ne lui coupez pas la parole, obligez-vous à ne pas intervenir. Faites preuve d’empathie, cela passe par votre regard, un sourire, même si vous ne partagez pas ses idées. Si vous y arrivez, vous verrez que vous parviendrez à décrypter un tas de choses que vous n’auriez pas perçues sinon, notamment dans la communication non verbale. Vous pouvez aussi utiliser la communication non-violente selon un processus en 4 étapes : Observer, exprimer vos Sentiments (Je), exprimer vos Besoins et enfin faire une Demande. Au lieu de démarrer par votre demande sans écouter votre interlocuteur.

Quels conseils donneriez-vous pour ne pas se laisser paralyser par ses émotions ?
R.R. Il faut parvenir à transformer vos émotions en forces : vous devez savoir les conduire et non vous laisser conduire par elles. Elles doivent vous guider, pas vous paralyser. Les émotions sont là pour nous envoyer un signal, il faut le comprendre et non se laisser envahir, par exemple par la peur. En ce moment, certains entrepreneurs, salariés ou indépendants peuvent ressentir de l’angoisse compte-tenu du climat d’incertitudes et des mesures de restrictions. Je les invite à se remémorer le chemin parcouru, tout ce qu’ils ont déjà construit. Cela va les aider à se sentir plus forts, plus combatifs. Cet état d’esprit sera utile pour éviter de se laisser porter par la colère ou la tristesse. Vous serez conquérant, au lieu de rester immobile.

Pour ne rater aucune actualité en matière de qualité de vie au travail, inscrivez-vous à la newsletter de My Happy Job, parcourez nos hors-séries thématiques  et découvrez notre annuaire du bien-être au travail.

AdobeStock

Article précédentQuitter son entreprise après y avoir passé des années : 5 clés pour amortir le « choc »
Article suivantUtiliser la psychologie sociale pour un meilleur travail d’équipe
Diplômée de Sciences-Po Paris, Fabienne Broucaret est la fondatrice et la rédactrice en chef de My Happy Job. Conférencière, passionnée par les questions de mixité, elle est aussi l’auteure des livres "Le sport, dernier bastion du sexisme ?" et "A vos baskets toutes ! Tour de France du sport au féminin" (Michalon). Elle a aussi co-écrit “2h chrono pour déconnecter (et se retrouver)” avec Virginie Boutin (Dunod, mai 2018).

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici