Depuis le début de la crise sanitaire, nous sommes tous passés par des montagnes russes émotionnelles. Cette période inédite a exacerbé nos émotions aussi bien dans notre vie perso que dans notre vie pro. Comment en faire des alliées au travail ? Quels conseils pour développer son intelligence émotionnelle ? Eléments de réponse avec Margaux Gelin, docteure en psychologie cognitive chez Moodwork.

Qu’est-ce que la régulation émotionnelle ?
Margaux Gelin. C’est la capacité à agir sur nos émotions, que ce soit de manière directe ou indirecte. Concrètement, il existe des stratégies efficaces pour influencer nos émotions, que ce soit dans notre manière de les ressentir ou de les exprimer, pour réduire l’intensité ou la durée des émotions désagréables, comme la colère et la tristesse, et augmenter celle des émotions agréables, comme la joie. Bonne nouvelle : nous en sommes tous capables ! Et c’est une vraie force d’y parvenir.

Pouvez-vous nous en dire plus sur ces différentes stratégies ?
M.G. Oui, elles se répartissent en plusieurs catégories. Il y a d’abord celles qui visent à agir directement sur la situation qui génère l’émotion. Par exemple, vous êtes en colère, car un
collègue vous a transmis des éléments en retard. Agir sur la situation revient à aller discuter avec lui. Pour que la discussion puisse porter ses fruits, essayez de rester factuel, en utilisant le « Je » pour exprimer vos besoins et votre ressenti. Cette manière de vous
exprimer reprend les principes de la Communication Non Violente, très utile dans ce cas. Si vous êtes déjà allé le voir sans résultat, vous pouvez faire appel à un tiers, votre manager
par exemple. L’idée ici est d’agir sur la source de votre émotion.

Seulement parfois, vous ne pouvez pas agir sur la situation, ou en tout cas pas immédiatement, et il ne faut pourtant pas que vous vous laissiez envahir par l’émotion et que vous ruminiez sur la situation. Vous allez donc devoir agir sur d’autres éléments. Une première stratégie est d’agir sur l’attention que vous portez à la situation, en la réorientant sur autre chose, pour faire descendre la charge émotionnelle. Faire une pause, aller marcher, écouter de la musique… peu importe l’activité tant qu’elle vous permet de penser à autre chose, l’espace d’un instant, pour vous apaiser.

Ensuite, vous pouvez aussi agir sur votre perception de la situation, c’est-à-dire sur vos pensées, en regardant la situation sous un autre angle : que pouvez-vous en tirer de positif ? Enfin, les techniques de relaxation, comme la méditation, la sophrologie ou encore le yoga, peuvent vous aider à vous décharger émotionnellement. De la même manière que nos émotions ont un impact sur notre corps, notre corps peut en retour agir sur nos émotions.

Est-ce que partager ses émotions pour éviter de ruminer est une bonne idée ?
M.G. Oui, cela fait vraiment du bien. À condition que ce partage social ne vous entraîne pas dans un cercle vicieux qui vous ferait encore plus ruminer à plusieurs. L’idée est au contraire de vous soulager et de prendre du recul.

Quel serait le premier pas selon vous pour s’entraîner à réguler ses émotions ?
M.G. Le premier point essentiel est de prendre conscience de l’importance de nos émotions et de comprendre leur fonctionnement. À quoi servent-elles ? Que veulent-elles nous dire ? Derrière chaque émotion, il y a un message et des informations qu’il faut essayer de décrypter. Il est impossible de répondre à une demande sans l’avoir comprise. Ne mettez plus vos émotions sous le tapis, mais essayez plutôt de comprendre ce qu’elles veulent vous dire ! Toutes les émotions, même les plus désagréables, sont utiles. La joie nous apporte du dynamisme et de l’énergie, la colère de la force physique, la peur nous incite à être vigilant…

Si on travaille dans un milieu peu propice à l’expression des émotions, que faire ?
M.G. Je pense qu’il faut ouvrir le dialogue sur le sujet et partager ce que vous savez du rôle des émotions, ce qu’elles apportent. Cet échange peut se faire de manière informelle à
la machine à café. Plus nous serons nombreux à parler ouvertement des émotions au travail et plus cela rentrera dans la normalité.

Quel rôle pour le manager ?
M.G. Son rôle est clé, car il peut montrer à son équipe que l’expression des émotions est possible sans jugement au travail. En montrant lui-même l’exemple, même si cela n’est pas facile, il insufflera une dynamique positive. Il ne doit pas porter sur ses épaules les émotions des autres comme un poids sur son dos, mais montrer par ses paroles et ses actes qu’il est autorisé de partager ses émotions. Ce n’est pas à lui d’apporter de solution miracle, mais il peut être à l’écoute. Et c’est déjà beaucoup.

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Diplômée de Sciences-Po Paris, Fabienne Broucaret est la fondatrice et la rédactrice en chef de My Happy Job. Conférencière, passionnée par les questions de mixité, elle est aussi l’auteure des livres "Le sport, dernier bastion du sexisme ?" et "A vos baskets toutes ! Tour de France du sport au féminin" (Michalon). Elle a aussi co-écrit “2h chrono pour déconnecter (et se retrouver)” avec Virginie Boutin (Dunod, mai 2018).

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