C’est ce que montre une enquête du cabinet de conseil en organisation AlterNego conduite en entreprise auprès de près de 1500 salariés.

L’autocensure ? Elle se définit comme un comportement empêché par un sentiment d’imposture ou d’infériorité au regard des attentes d’un rôle, d’un poste ou d’un niveau de rémunération. L’étude révèle qu’elle touche les femmes comme les hommes, mettant à mal l’idée reçue selon laquelle le genre serait l’unique critère d’autocensure en entreprise. On constate tout de même des différences de perception femmes/hommes : sur toutes les situations, les femmes déclarent s’autocensurer davantage que les hommes, et particulièrement sur la question de la négociation de sa rémunération (1,9 point d’écart). Sur la question de l’aménagement de son temps de travail (+ 1,6 point chez les femmes), ces dernières chercheraient à ne pas confirmer le stéréotype selon lequel elles ont plus de contraintes familiales et domestiques que les hommes.

“Un décalage qui peut s’expliquer par le fait que compte tenu des dynamiques de plafond de verre, les N+1 sont majoritairement des hommes. Dans la logique d’un entre-soi, il semble donc moins difficile en tant qu’homme de négocier son salaire avec un homme que lorsqu’on est une femme”, précise l’étude. Dans les focus groupes menés par AlterNego, une forme d’internalisation des femmes est notable. Ainsi elles choisiront de ne pas demander par anticipation d’un rejet qu’elles estiment plus que probable, alors que les hommes exprimeront leur demande, quitte à la voir rejetée. 

Au sein de son panel, AlterNego a questionné près de 300 femmes sur leur perception du sexisme en entreprise, puis l’a corrélé avec leur sentiment d’autocensure. Les résultats indiquent des liens forts entre les indicateurs. Plus les femmes ont le sentiment de subir des blagues sexistes, d’être exposées à un vocabulaire guerrier, sexiste ou sexuel et surtout, de ne pas recevoir la même considération que les hommes, plus elles disent s’autocensurer. Un climat sexiste induit un repli sur soi des femmes qui peuvent percevoir cet état de fait comme étant une norme contre laquelle il est impossible de lutter.

Cette enquête permet également de constater que l’autocensure n’est pas uniquement le fruit de causes endogènes comme le manque de confiance en soi et en ses compétences mais aussi, et surtout, celui de causes exogènes tels que le fait de ne pas se sentir entendu et/ou soutenu par son management et sa hiérarchie. Les experts du cabinet AlterNego, expert des questions sociales, émettent par ailleurs l’hypothèse selon laquelle ces causes exogènes pourraient se voir exacerbées dans le contexte de la crise sanitaire, avec le retour au travail de millions de salariés restés éloignés de leurs entreprises et de leurs hiérarchies pendant le confinement et le déconfinement progressif.

Que faire concrètement pour enrayer ce sentiment d’autocensure ? Développer un management inclusif et un sentiment de rapport ouvert à la hiérarchie, lutter contre les stéréotypes et donner confiance dans le discours, qui doit s’incarner dans le réel par une véritable équité de traitement. Pour Patrick Scharnitzky, Directeur Associé du Cabinet AlterNego et docteur en psychologie sociale; et Valentine Poisson, consultante spécialisée diversité & inclusion pour AlterNego : « Afin d’agir efficacement, l’entreprise doit lutter contre toutes les formes d’autocensure, chez les femmes comme chez les hommes. Il faut certes accompagner celles et ceux qui en sont victimes par la montée en compétences et, le cas échéant, par un coaching intelligent… Et il faut aussi créer les conditions d’un management ouvert, qui autorise la contradiction, les débats et l’innovation. Mais la première chose à faire – et vite ! – consiste à cesser de dire aux femmes qu’elles s’autocensurent faute de confiance en elle… C’est en effet le meilleur moyen pour que cela se produise ! »

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