Maya Hagege est la déléguée générale de l’Association française des managers de la diversité. Elle revient sur le rôle des entreprises dans la formation d’une société plus diverse et sur les actions menées par les adhérents de son association pour imaginer des outils pour avancer. Un parcours rempli de sens.

Vous êtes la déléguée générale de l’association française des managers de la diversité (AFMD), quels en sont les objectifs ?
Au départ, l’association est le lieu de rassemblement d’employeurs pour que les personnes en charge des questions de diversité puissent partager sur leur métier et leurs actions qui visent à la non-discrimination, à l’inclusion de tous ou à l’égalité des chances. On permet à ces personnes dont le job est que les sociétés soient plus diverses de coconstruire ensemble des outils qui seront ensuite disponibles pour tout le monde sur l’apparence physique, l’inclusion des personnes LGBT au travail, les femmes dirigeantes, le développement de carrière des personnes en situation de handicap (et non pas seulement leur accès à l’emploi)… On est 143 membres et de plus en plus de personnes nous rejoignent, notamment des PME, ce qui est réjouissant !

Comment en êtes vous arrivée là ?
L’AFMD est mon premier job, cela fait dix ans que j’y travaille. Ces sujets m’ont toujours passionnée. Quand j’étais étudiante, en master, j’étais active au sein de Mosaïk Dauphine, une association qui œuvre pour plus de diversité à l’université. J’y ai entendu parler de la politique diversité de L’Oréal que je trouvais génialissime, et je voulais faire ça de ma vie ! J’ai tout fait pour, et je suis devenue chargée de mission, puis chargée de projet et enfin déléguée générale de l’AFMD il y a quatre ans.

Quel est votre rapport à la diversité ? Selon vous, comment les managers et entreprises peuvent lutter contre les discriminations et pour l’égalité professionnelle ?
Au départ je voulais être juge, puis diplomate, donc c’est assez éloigné… Mais je pense que l’on retrouve un sens de la justice dans la volonté de faire quelque chose qui a du sens au travail. C’est ça qui m’a portée : le fait que tout le monde ait les mêmes chances quel que soit le point de départ. La prise de conscience de cette justice économique ou sociale est importante pour une entreprise. Pour cela, il y a des incitants : la performance économique, les facteurs extérieurs (comme #metoo, black lives matter…) ou internes comment l’engouement de dirigeants ou surtout la prise en main de ces sujets par la base. Par exemple de plus en plus d’entreprises font des concours grâce auxquels des projets locaux essaiment ensuite. Je crois vraiment que l’émulation qui vient du bas fait avancer les choses et donne de l’énergie et de la volonté.

Quelle est la relation de l’AFMD avec les entreprises-membres et quels sont les sujets sur lesquels vous travaillez aujourd’hui avec elles ?
Nous sommes une communauté d’employeurs avec des dons et contre-dons : ils nous donnent accès à ce qui se passe chez eux et nous leur donnons accès à des outils coconstruits. C’est vraiment l’esprit de communauté car c’est parce qu’ils nous laissent voir que l’on peut proposer ensuite des outils qui apportent des solutions. Nous ne sommes pas un cabinet de conseils, mais vraiment un acteur de l’accompagnement collectif avec des solutions utiles. En ce moment, les sujets se bousculent : on finalise un outil de mesure de l’inclusion (équité, sentiment d’appartenance, justice sociale…) ; on travaille sur les compétences managériale pour essayer de voir comment engager le manager sur des compétences et non sur une to-do list ; sur la marque employeur et la diversité, sur le projet “Stop au sexisme ordinaire en entreprise”, engagé par L’Oréal, EY et Accor que nous professionnalisons pour les aider à réaliser le passage à l’échelle.

Voyez-vous certaines choses évoluer depuis votre arrivée dans l’association il y a dix ans et votre nomination comme déléguée générale en 2016 ?
Oui. Ce sont des petits pas, mais sur l’égalité femmes-hommes par exemple, ou sur le sexisme au travail, au début il y avait peu d’entreprises qui s’emparaient de ces sujets. Aujourd’hui, chez tous les membres de l’AFMD et plein d’autres, les blagues sexistes ne passent plus ! Sur le racisme, les choses évoluent aussi, notamment dans le langage ou les manières d’être en entreprise : toucher les cheveux d’une personne noire ou utiliser des expressions comme « travail d’arabe » ne sont plus tolérés. Sur le handicap, on voit aussi que les process se modifient et que ces personnes sont désormais considérées pour leurs compétences et non plus seulement comme des ressources. Enfin, on voit l’unicité des gens ! On est dans une phase de démocratisation du sujet de la diversité en entreprise, qui devient, non plus le sujet de quelques personnes comme il y a dix ans. Maintenant, c’est tout le monde et c’est une étape nécessaire pour que les choses changent.

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Crédit photo : Pexels / Fauxels

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Titulaire d’un master de journaliste au Celsa (Paris), Lucie Tanneau est journaliste indépendante, sillonnant la France, et plus particulièrement l’Est de la France au gré des thèmes de ses articles. Elle collabore à de nombreux titres, de Liaisons sociales magazine, La Vie, et Okapi, en passant par Grand Est, l’Est éclair, Village, et Foot d’Elles.

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