Bruno Lefebvre, psychologue clinicien, enseignant et fondateur du cabinet AlterAlliance, est aussi l’auteur du livre Etre authentique au travail (Interéditions). Il précise dans cette interview les contours du concept d’authenticité et montre la voie qui permet de ne pas renoncer à ce que nous sommes, de (re)trouver un sentiment d’utilité et de fierté dans nos choix professionnels, mais aussi de mettre notre authenticité au service du collectif.

Comment savoir si on est authentique (ou pas) au travail ?
Nous le sommes lorsque nous ressentons un alignement entre nos valeurs, nos aspirations et nos actions quotidiennes. A l’inverse, quand nous ne sommes pas authentiques, nous n’avons généralement aucune fierté à montrer notre travail, tout simplement parce nous ne nous reconnaissons pas dans ce que nous faisons. Nous ressentons aussi de la fatigue sur le long terme. Lorsque nous n’exprimons pas notre authenticité dans notre travail, celui-ci nous intéresse moins, nous nous en sentons « absents ».

Quelles sont les vertus de l’authenticité au travail ?
Etre authentique permet tout d’abord de concilier satisfaction, santé et efficacité. Ce n’est pas toujours facile : souvent, nous privilégions la seule efficacité. La pratique de l’authenticité présente aussi des vertus pour le (la) manager. Il/elle doit répondre aux attentes actuelles des collaborateurs, souvent différentes de ce qu’il a lui-même reçu en tant que collaborateur. En effet, les collaborateurs ont de nos jours envie d’adhérer à un projet, ils ne veulent plus obéir sans comprendre. Ce n’est pas uniquement générationnel, mais également sociétal. En nous montrant tels que nous sommes, en élaborant une pensée personnelle, nous nous éloignons du langage « corporate » et incarnons des convictions, seule manière de donner envie de nous suivre. Le leadership authentique consiste en outre à favoriser l’authenticité autour de soi et donc à développer le leadership des autres, et non uniquement à faire montre du sien.

Quels sont les freins ?
Ils sont nombreux ! L’authenticité est un processus, et non un état qui se décrète. Cela demande un travail sur soi. Chacun peut se donner les moyens d’être authentique, au moins face à lui-même et ne pas se cacher derrière de fausses excuses. Certaines personnes n’ont parfois pas/plus l’habitude de se demander ce dont elles ont envie, elles ont plutôt tendance à faire ce que les autres attendent d’elles. Ensuite, la culture de l’organisation dans laquelle nous travaillons compte aussi énormément. Son cadre est parfois très normé et n’invite pas à exprimer sa singularité.

Comment favoriser l’expression de cette singularité ?
Il faut d’abord repérer nos freins personnels. Nous sommes en général davantage habitués à nous demander ce qui est attendu de nous, ou ce que nous sommes capables de faire, plutôt que de nous interroger sur nos aspirations.

C’est ensuite un travail sur soi progressif qui consiste à donner de l’importance à la mise en œuvre de nos aspirations profondes, ce qui suppose une véritable négociation avec notre environnement, parfois davantage habitué à nous voir répondre à ses attentes.

Le manager authentique va quant à lui favoriser l’émergence d’idées y compris contraires aux siennes, en quittant la position du « manager-expert », pour devenir davantage celui qui donne envie aux collaborateurs d’exprimer des idées de qualité, en favorisant leur mise en œuvre. Il n’y a pas de management authentique sans gestion de l’erreur et de l’innovation. Tous les environnements ne le permettent pas.

Justement, faut-il toujours être authentique ?
Ce n’est pas toujours possible, ni souhaitable ! De plus, l’authenticité ne doit pas consister une énième injonction au bonheur ! Restons pragmatiques, il est parfois nécessaire de ne pas se montrer tels que nous sommes. Lorsque nous travaillons avec des personnes toxiques, ou dans certains milieux moins bienveillants que d’autres. Il arrive aussi que notre rôle suppose d’afficher des émotions loin de ce que nous ressentons réellement : quel manager n’a jamais (fort utilement) caché qu’il était mal à l’aise en réunion avec son équipe ?

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