Nous avons tous formulé le désir de changer quelque chose dans notre vie, dans nos activités ou nos pratiques professionnelles… désir resté lettre morte. Pourquoi avons-nous tant de mal à changer nos habitudes, même lorsque nous avons pris conscience de l’intérêt que nous aurions à le faire ? Qu’est-ce qui nous empêche de changer ? Jean-Louis Prata, Directeur Innovation de l’Institute of NeuroCognitivism, nous explique que changer est difficile car il faut opérer non pas une, ni deux, mais trois bascules pour y parvenir.

1° La bascule cognitive

C’est la plus connue et également la plus travaillée par les acteurs de la communication et de la conduite du changement. Pour s’engager dans le changement, nous avons besoin d’en comprendre le sens, les raisons qui le rendent nécessaire et l’objectif poursuivi dans le changement. Est-ce suffisant pour s’embarquer dans cette aventure ? Pas toujours, et je dirai même rarement. L’écart entre la prise de conscience et le passage à l’action est souvent important. Par exemple,  les campagnes menées depuis les années 90 par les organisations internationales, les pouvoirs publics et les associations pour sensibiliser sur l’importance du développement durable, ont conduit à un niveau de conscience sans précédent de l’urgence d’agir. Ainsi, 96% des Européens déclarent que la protection de l’environnement constitue un enjeu important. Pour autant, la corrélation entre cette prise de conscience et le changement de comportement n’est que de 26% [1] : la conscience de la nécessité de changer s’avère insuffisante pour provoquer un changement de comportement. La bascule cognitive ne suffit donc pas pour nous inciter à changer.

2° La bascule émotionnelle

Lorsque nous avons compris l’intérêt et la nécessité de changer, il nous faut opérer une deuxième bascule, la bascule émotionnelle : le changement doit être « désirable ». Le bilan émotionnel du changement de comportement doit être positif pour nous amener à changer. Autrement dit, le plaisir anticipé dans le nouveau comportement doit être supérieur au désagrément perçu par l’abandon de l’ancien. Par exemple, même si nous avons conscience que le transport aérien contribue fortement au réchauffement climatique, nous ne parvenons pas à limiter nos déplacements aériens car cela impliquerait un effort désagréable, celui par exemple de se priver de vacances exotiques, ou bien de perdre du temps dans des transports terrestres plus longs, pour un bénéfice émotionnel difficile à percevoir. La corrélation entre la conscience de l’enjeu environnemental et l’utilisation du transport aérien est d’ailleurs proche de zéro 1.

Cette seconde bascule est probablement l’une des plus difficile à obtenir, car elle se heurte à la complexité de notre cerveau et de ses mécanismes neurocognitifs et émotionnels. L’Approche Neurocognitive et Comportementale (ANC) apporte des éclairages pour accompagner la bascule émotionnelle. Elle apporte des méthodes et outils pour :

  • développer l’intelligence adaptative qui permet d’être plus résilient face à la perte d’un bénéfice individuel à court terme, au profit d’un bénéfice collectif à long terme ;
  • réaliser un ancrage émotionnel des nouveaux comportements sur des motivations individuelles profondes et durables ;
  • prendre du recul sur nos « anti-valeurs » émotionnelles que le changement heurte (comme celle de perdre du temps en prenant le train plutôt que l’avion) ;
  • détecter et gérer les comportements de surinvestissement émotionnel qui nous rendent « addicts » et donc incapables de changer sans douleur…

Pour opérer la bascule émotionnelle dans une conduite du changement, il faut travailler au niveau de chaque individu sur l’équation émotionnelle que le changement provoque chez lui, afin que le bilan émotionnel en faveur du changement devienne positif.

3° La bascule comportementale 

Nous y sommes presque, mais pas encore ! Une fois la bascule cognitive réalisée (nous avons conscience de l’intérêt de changer) et la bascule émotionnelle opérée (le bénéfice émotionnel perçu dans le changement est supérieur au cout émotionnel du changement), le passage à l’action n’est pas toujours gagné, car les habitudes comportementales ont la vie dure !

Au niveau individuel, il reste à opérer la bascule comportementale, en (se) donnant un « coup de pouce » pour se mettre en action. Une méthode pour y parvenir individuellement consiste à « enfumer son terrier », en demandant à ses proches d’être des garde-fous du changement de comportement. Par exemple, une personne qui voulait arrêter de fumer a donné à un ami un chèque d’un montant conséquent à l’ordre d’un parti politique qu’elle déteste et lui a ordonné de l’envoyer au parti en question si elle se remettait à fumer…

A un niveau plus collectif, il existe d’autres moyens aidant à opérer la bascule comportementale et à favoriser le passage à l’action à large échelle. C’est le cas de la technique des « nudges » (« coups de pouce » en anglais), qui permet d’imaginer et de mettre en œuvre des incitations bienveillantes à adopter un nouveau comportement.

Voilà pourquoi le changement est si difficile à opérer, individuellement et collectivement, et surtout voilà comment accompagner plus efficacement le changement. Pour changer soi-même, ou accompagner une personne ou un collectif dans le changement, nous ne pouvons pas faire l’économie de la triple bascule à opérer.  

[1]  Commissariat général au développement durable – avril 2018 – Modes de vie et pratiques environnementales des Français.

Cet article est extrait de notre hors-série #5. Reconversion, petites et grandes révolutions collectives, transformation de nos espaces de travail, nouvelles manières de manager… Comment impulser concrètement du changement dans votre travail et dans votre vie ?

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