Toutes les femmes connaissent la fatigue « classique » liée au travail : les longues journées, les sujets qui s’accumulent, les réunions qui s’enchaînent, les deadlines qui se rapprochent un peu trop vite, etc. Cette fatigue « ordinaire » reste généralement identifiable… et surtout tenable. Mais il y a cette autre fatigue. Plus profonde, plus diffuse, plus déroutante et dont on parle beaucoup moins dans l’univers professionnel : celle qui s’invite souvent autour de la quarantaine (parfois un peu avant) lorsque la (péri)ménopause démarre, avec son lot de maux aussi surprenants que désagréables.

Une fatigue invisible… mais bien réelle

Avec la (péri)ménopause arrivent en effet des symptômes que beaucoup de femmes n’avaient ni anticipés, ni appris à reconnaître : réveils nocturnes à répétition, brouillard mental, difficultés de concentration, irritabilité inhabituelle, émotions à fleur de peau, sensation d’épuisement permanent, difficultés de récupération, bouffées de chaleur parfois invalidantes, etc.

Malgré cet état intérieur chamboulé, il faut continuer à travailler « comme avant ». Comme si rien n’avait changé. Comme si cette transition hormonale n’avait finalement aucun impact sur la performance et l’endurance professionnelle.

Un angle mort du monde professionnel

Toutes les femmes passent par là un jour ou l’autre. Pourtant, le sujet de la (péri)ménopause reste encore largement tabou dans la sphère professionnelle. On parle peu, voire pas du tout, de ces femmes qui arrivent en réunion après une nuit hachée, voire totalement blanche, qui cherchent leurs mots alors qu’elles ont toujours été reconnues pour leur clarté, qui doutent soudain de leurs capacités, qui culpabilisent de ne plus avoir la même endurance, qui ressentent un besoin impérieux de ralentir… dans un environnement qui valorise l’accélération.

Faute d’espace pour en parler, beaucoup adoptent la même stratégie : tenir. S’adapter. Compenser. Souvent en silence. Or, tenir a un coût. Car lorsque ce bouleversement hormonal vient se superposer à une forte pression professionnelle, à une charge mentale déjà élevée (familiale, organisationnelle, etc), ou encore à des années de sur-adaptation ou d’hyper-engagement, le corps finit par tirer la sonnette d’alarme. C’est alors la « double peine » : aux maux de la (péri)ménopause s’ajoutent ceux de la surchauffe.

L’épuisement n’est alors plus très loin. La situation est d’autant plus délicate lorsque ce changement n’est ni perçu ni adressé à l’écosystème professionnel : collègues masculins, femmes plus jeunes ne traversant pas encore cette phase de vie, hiérarchie, etc. Ne plus fonctionner « comme avant » devient suspect, synonyme parfois de désengagement ou de démotivation. Ce regard sévère parfois porté impacte la confiance en soi et peut entraîner une remise en question de sa propre valeur, et de sa légitimité professionnelle.

Et si on changeait de regard ?

Il n’y a pourtant aucune honte à reconnaître que cette période peut fragiliser. Bien au contraire. La (péri)ménopause est une transition biologique normale. Elle n’est ni une faiblesse, ni une anomalie. Mais elle nécessite des ajustements.

C’est là que le sujet devient collectif. Car il ne s’agit pas seulement pour les femmes de « mieux gérer » cette période, mais aussi pour le monde du travail de mieux l’accueillir. En ouvrant enfin le dialogue et en faisant un sujet (échanges informels entre collègues, prises de parole institutionnelles, actions de sensibilisation en entreprise, etc). Et en autorisant des ajustements (plus de flexibilité dans les horaires de travail et dans la possibilité de télétravailler, temps de récupération assumés, charge de travail réévaluée temporairement si nécessaire, etc). L’enjeu n’est pas de « faire moins », mais de « faire autrement » dans une période de la vie où le « faire comme avant » n’est ni souhaitable ni soutenable…  

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Ex-chasseuse de tête, enseignante-chercheur en droit des affaires, Marina Bourgeois est la dirigeante d’Oser Rêver Sa Carrière, cabinet spécialisé en transition de carrière et épuisement professionnel. Elle est aussi l’auteure de Burn-out. Le (me) comprendre & en sortir, 2018.

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