« Au Québec, la qualité de vie au travail est considérée comme une responsabilité partagée entre salariés et employeurs »

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Avant-gardistes, les entreprises québécoises multiplient les actions pour favoriser un milieu de travail motivant et sain à leurs salariés. Au point que la France expérimente à son tour les recettes de la Belle Province, comme nous l’explique Stéphane Mathieu, Délégué Régional de l’AFNOR Nouvelle-Aquitaine.

Pourquoi le Québec est-il en avance par rapport à la France sur la question du bien-être au travail ?
Contrairement à la France, le sujet de la santé et de la qualité de vie au travail (SQVT) a été pris à bras le corps par les entreprises et les administrations québécoises il y a plus de dix ans. Aujourd’hui, les Québécois disposent d’une méthode très structurée, d’une norme et d’une certification appelée Entreprise en santé élaborée par le Bureau de normalisation du Québec.

La particularité de cette démarche, c’est qu’elle prend en compte de façon globale la santé physique et psychologique des salariés, la conciliation vie professionnelle/vie personnelle, l’environnement de travail et les pratiques de management. Les entreprises peuvent ainsi être amenées à offrir des aides et des services pour que leurs employés arrêtent de fumer, se nourrissent mieux, sachent gérer leur stress, fassent du sport ou se relaxent, télétravaillent, disposent d’une garderie, d’un poste de travail plus ergonomique, bénéficient d’un encadrement favorisant l’autonomie ou encourageant la reconnaissance, etc. Ces actions doivent s’articuler entre elles : mettre en place des séances de yoga ne sert à rien si en parallèle le management est toxique.

Quels en sont les impacts ?
Ils sont très positifs : baisse de l’absentéisme, du turnover, hausse de la motivation, de la créativité, de la qualité de service. Un dollar investi dans la SQVT peut générer jusqu’à cinq dollars en gain de productivité. A ce jour, 300 organisations privées et publiques québécoises ont adopté cette démarche, 70 se sont faites certifiées dont la ville du Québec.

Comment s’explique le succès de cette démarche ?
Il est  d’ordre culturel. Les Québécois sont résolument optimistes et constructifs. Il faut savoir que l’accès au système de santé est plus difficile là-bas qu’en France (le Québec souffre d’une pénurie de médecins NDLR). Par conséquent, les salariés sont très ouverts et demandeurs de solutions et d’outils de la part de leur employeur pour être en meilleure santé et mieux articuler leur vie professionnelle et privée.

Pour les aider au mieux, les entreprises leur demandent des informations très précises, personnelles et confidentielles, à travers des questionnaires sur leurs données biométriques, leurs intérêts, leurs besoins… Vues de la France, ces données peuvent sembler très indiscrètes. Pas au Québec où la SQVT est considérée comme une responsabilité partagée et volontaire entre salariés et employeurs.

Vous cherchez à promouvoir cette approche en France. Avec quels résultats ?
Nous l’avons expérimentée fin 2013 auprès de six organismes publics et privés basés en Nouvelle-Aquitaine : collectivités locales, EPHAD, entreprises et PME/TPE de différents secteurs d’activité. Plutôt que des questionnaires, des enquêtes qualitatives ont été menées auprès des salariés sur leur perception de la SQVT, leurs besoins et attentes, leurs suggestions en matière d’innovation à apporter. Aujourd’hui, tous les acteurs du panel continuent à animer la démarche en interne, ce qui prouve qu’elle a du sens.

Les actions mises en place vont de la distribution de produits nutritionnels à l’implantation d’un potager dont la récolte revient aux bénéficiaires des Restos du cœur, en passant par l’installation d’une conciergerie ou des ateliers de sensibilisation sur les troubles du sommeil. Nous devons veiller à ce que ces actions ne soient pas opportunistes ou qu’elles ne dérivent pas vers du social washing. Pour que l’approche réussisse, il faut qu’elle s’inscrive dans le long terme, que les salariés soient volontaires et l’implication de la direction sincère. Les entreprises engagées dans une stratégie RSE auront plus de chances de voir un projet SQVT aboutir. Par contre, si elles considèrent la ressource humaine comme une variable d’ajustement, ce sera contre productif.

Quelques exemples québécois d’actions SQVT : des machines distributrices de repas santé, des paniers de fruits et légumes offerts, des recettes santé partagées sur un groupe Facebook, des olympiades parents-enfants, des conférences sur la gestion des finances, le harcèlement, le stress, les addictions ou le sommeil, l’embauche à temps plein de kinésiologues, le choix des dates de vacances par les employés, des heures de congés rémunérés par an pour raisons personnelles, des symboles pour les employés les plus fidèles (plaque ou arbre commémoratif), un code de valeurs présenté aux futurs recrues.

Stéphane Mathieu co-anime le réseau SQVT (Santé et Qualité de Vie au Travail) en région Nouvelle-Aquitaine, chargé de piloter l’expérimentation québécoise « Entreprise et Santé « . Il interviendra à la Journée Bien-être et Qualité de vie au travail le 21 novembre 2017 à Toulouse. Il co-préside aussi la Semaine internationale francophone sur la santé et la qualité de vie au travail qui se déroulera du 1er au 5 octobre 2018 à Bordeaux et Paris.

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Crédit photo : Unsplash.

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Commentaires

  1. Répondre

    Bonjour

    Je vous remercie pour cet article.

    La SQVT est un sujet qui est en train de s’éveiller en France.
    Prenons l’exemple de Nantes où la Fabrique du changement est là (http://entreprendrepourdevrai.fr/retours-sur-la-fabrique-du-changement/), le Forum RH (https://www.papa-et-patron.fr/5-etapes-host-leader-ship-manager-vos-equipes-invitez-amis/).
    C’est très appréciable de voir que des francophones sont plus en avance que nous, nous avons ainsi une vision, vers où l’on peut aller.

    Cependant, je note que l’on parle de 300 entreprises. Or, si je ne me trompe pas, il existe beaucoup plus d’entreprises que 300 au Québec, non ?
    Je me pose la question en fait de toutes les entreprises qui n’ont pas l’Entreprise en santé : pourquoi ne l’ont-elles pas ?

    Est-ce un frein ? Est-ce complexe comme en France : lourdeur administrative ?

    Au plaisir d’échanger
    Evan Boissonnot

    • Rabeuf
    • 20 novembre 2017
    Répondre

    Oui , très intéressant et on voit bien que les tendances dans le monde du travail changent en matière de prévention .prendre soin des salariés amélioré la santé de l entreprise.il y a un article du code du travail qui le stipule ….Nous sommes tous acteurs ,à nous de faire prendre conscience que le bien être et la bienveillance seront les outils de demain.
    Merci pour cet article

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