La pleine conscience a-t-elle sa place en entreprise ?

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Dire qu’on fait de la pleine conscience (ou de la méditation, c’est souvent la même chose en pratique), ça fait chic. Cette pratique est tellement en vogue qu’elle a débarqué dans les entreprises. Alors, bonne ou mauvaise chose ?

Commençons déjà par l’intérêt de la pleine conscience en soi. Il n’en existe toujours pas de définition consensuelle, mais la plus répandue est celle de Jon Kabat-Zinn, qui a remis au goût du jour cette pratique ancienne dans les années 80. La pleine conscience, c’est, selon lui, « de porter son attention de façon délibérée, sur le moment présent et sans jugement ». Les trois parties de la définition apportent un remède aux travers habituels d’un cerveau humain, travers exacerbés par notre contexte moderne :

  • L’attention délibérée vient compenser l’accélération de nos rythmes de vie qui fait que nous fonctionnons le plus souvent en pilote automatique (pour aller vite justement) et les distractions et stimulations externes (qui captent notre attention) ;
  • Le moment présent vient compenser le fait de vivre dans sa tête et ses pensées (pour se reconnecter avec le réel, qu’il soit interne ou externe) et de passer son temps à ressasser le passé ou planifier l’avenir ;
  • Sans jugement permet d’accepter, voire profiter, de ce qui est plutôt que de passer son temps en mode résolution de problème à vouloir changer le réel.

Les résultats scientifiques sur les bienfaits de la pleine conscience sont maintenant largement démontrés, que ce soient en termes somatiques (sur la douleur chronique, le système immunitaire ou la tension artérielle par exemple), psychologiques (stress, anxiété, dépression, burnout…) ou sur la qualité de vie en général.

Les principes actifs qui expliquent ces résultats ne sont pas tous très clairs, mais la pleine conscience vous fera du bien si vous avez besoin de (liste non exhaustive) :

  • Ralentir, diminuer votre réactivité ;
  • Améliorer vos capacités de concentration ;
  • Moins vous laisser dominer par vos pensées et vos émotions ;
  • Davantage accepter ce que vous ne pouvez pas changer et profiter de ce que vous avez.

Alors, quid de l’entreprise maintenant ? L’intérêt principal est de faire rencontrer une méthode sérieuse et efficace à des personnes qui n’en feraient autrement pas la démarche. Donc déjà, vendu ! Mais il reste trois bémols. Sur la pleine conscience en général, et sur sa place en entreprise en particulier :

  • D’abord ce n’est pas un remède miracle, du type : « tu as un problème ? Mets-toi à la méditation ! ». Les études qui attestent de son efficacité sont des moyennes. Cela ne veut pas dire que la pleine conscience convient à tout le monde. Par exemple, certaines personnes ont plus besoin d’agir, d’aller vers le monde plutôt que de contemplation intérieure.
  • Le principal problème en entreprise est le format dans lequel la pleine conscience est introduite. Il s’agit très souvent des programmes classiques (MBSR ou MBCT), qui impliquent 8 semaines avec 40 minutes de méditation par jour. Qui va prendre ce temps, dans nos contextes de vie ? Mon expérience est que ce sont les fanas de développement personnel ou de spiritualité et les personnes qui ont eu un problème type dépression ou burnout. Ceux-là ont la motivation nécessaire. Mais comme le principe de la pleine conscience est de pratiquer sans rien en attendre, peu de chances que cette formule permette de diffuser au plus grand nombre cette pratique.
  • Le dernier problème est le contraste entre la pleine conscience et la réalité des entreprises aujourd’hui. Apprendre à ralentir, ne rien faire ou être moins réactif est pour le moins paradoxal quand il s’agit, par ailleurs, d’aller toujours plus vite, d’être toujours plus productif mais aussi plus souvent dérangé.

Au final, la pleine conscience en entreprise, je dis oui ! Mais, oui, aussi, pour des approches moins exigeantes en termes d’investissement. D’autres courants validés utilisent la pleine conscience en formule courte, pour mieux voir nos réactions, notre contexte et donc mieux piloter notre vie (comme l’approche ACT où, en quelques heures, on peut apprendre à mieux s’observer et faire des choix dans l’instant). Et surtout oui, si on réfléchit par ailleurs aux contextes que nous avons mis en place en entreprise. Les entreprises cherchent sans doute parfois à se donner bonne conscience avec la pleine conscience (sic !) ? Peu importe. Ça marche, donc on prend ! Mais, ça ne veut pas dire qu’on doit s’en contenter…

Directeur du développement des talents chez KPMG, Christophe Deval est psychologue clinicien, thérapeute spécialisé en thérapies comportementales et cognitives (TCC) et en thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT). Il est aussi co-auteur de Vous avez tout pour réussir et Simplifiez vos relations avec les autres (Intereditions).

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Crédit photo : Fotolia.

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Commentaires

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    • Aiss
    • 22 juin 2017
    Répondre

    Je suis perplexe sur votre article ! l’analyse et les références sont intéressantes mais si j’adhère à la réflexion globale, il me semble que sur certains points la vision – le jugement même- est un peu binaire et limitatif sur le bénéfice potentiel pour l’ensemble des collaborateurs :

    A vous lire, on penserait qu’il existe des frontières bien précises entre les « supers adeptes + bourrés de problèmes + contemplatifs » et de l’autre, la population des « je suis un actif, pas besoin, je suis efficace, etc..)
    C’est justement cette division binaire, fausse à mon avis, qui justifie d’agir pour sortir des confusions et des classifications qui posent problème en entreprise ?!!

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