L’agilité fait partie des termes à la mode en ce moment dans les organisations. Du coup, on en parle tellement qu’on ne sait plus de quoi on parle (un grand classique : c’est la même chose pour le concept de « talents » ou encore de bienveillance). Voici de quoi y voir plus clair.

Les ingrédients de l’agilité, et à l’inverse, ce que ce n’est pas.

L’agilité, c’est :

Un choix d’action : le choix de changer, ou de persévérer, dans ce que l’on fait, ce qui implique d’élargir sa palette de comportements possibles.
De façon délibérée : l’agilité n’est pas juste une injonction d’adaptation venue de l’extérieur (de son organisation par exemple), parce que sinon, on est juste une marionnette avec quelqu’un d’autre qui tire les ficelles. Ce n’est pas de l’agilité, c’est de la soumission.
En vue d’un objectif : car s’adapter sans ligne directrice, ce n’est pas de l’agilité, c’est de l’agitation…
Adapté au contexte : car c’est le seul moyen que l’action soit efficace.

Dit comme cela, cela semble simple. Et c’est vrai que l’Homme est une espèce incroyablement adaptable et que nous sommes souvent agiles, sans nous en rendre compte. Mais c’est vrai aussi que nous pouvons être l’espèce la plus rigide. Et ce, pour trois raisons :

Nos habitudes: nous pouvons être rigides parce que nous continuons à faire ce que nous avons toujours fait. Et le plus souvent, sans nous en rendre compte. Tellement c’est familier. Il se trouve qu’on ne peut pas changer (délibérément) ce qu’on ne voit pas.
Nos émotions : les émotions ont pour propriété de nous mobiliser dans un sens d’action spécifique (fuir pour la peur, par exemple), donc une tendance à nous rigidifier. Par ailleurs, lorsque nous voulons contrôler nos émotions, nous sommes souvent obligé.es de lâcher le contrôle de nos actions. Par exemple, pour contrôler ma peur (lui échapper), je n’ai pas le choix que de prendre mes jambes à mon cou et pour contrôler ma frustration, je n’ai pas d’autre choix que de renoncer à ce qui implique des efforts ou des renoncements. Et avoir une seule possibilité d’action, c’est être rigide.
Nos pensées : notre cerveau adore mettre la réalité dans des boites et s’y tenir. Le problème est que la réalité a une fâcheuse tendance à changer tout le temps. S’accrocher à ses conceptions, à ses façons de voir et aux règles qui vont avec, c’est le meilleur moyen d’être rigide et inefficace, car nous agissons alors à partir d’une vision dépassée de la réalité.

Le problème du concept d’agilité, c’est qu’on ne sait en général pas comment faire pour la développer. Voici donc, pour terminer, les compétences (et il existe des techniques efficaces pour les développer) pour augmenter son agilité :

Déterminer ce qui compte : connaitre ses valeurs, ses priorités, son intention, donne une ligne d’horizon et un objectif en fonction duquel s’adapter.
Ouvrir les yeux : augmenter ses capacités d’observation et d’attention permet de voir ce qui est pertinent dans le contexte, de repérer ce qui se passe à l’intérieur de nous (pensées, émotions…) et qui peut nous rendre rigide, et de voir les conséquences de nos actions (donc de repérer leur efficacité ou inefficacité).
Se détacher et faire de la place à ses pensées et émotions : être capable de voir ses pensées comme juste des pensées, de faire de la place à ses émotions sans chercher à leur échapper ou à les contrôler, c’est le moyen pour leur enlever le pouvoir qu’elles peuvent avoir sur nos façons d’agir (si je fais de la place à la peur, je peux toujours fuir mais je peux aussi faire le choix d’oser)
Expérimenter : autrement dit, essayer de nouvelles façons de faire, adaptées au contexte et à ce qui compte, pour ensuite apprendre de l’expérience et des résultats obtenus.

Christophe Deval est directeur du développement des talents chez KPMG, psychologue clinicien, thérapeute spécialisé en thérapies comportementales et cognitives (TCC) et en thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT), co-auteur de Simplifiez vos relations avec les autres (Intereditions).

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Diplômé de l’ESSEC, psychologue clinicien et thérapeute praticien en thérapies comportementales et cognitive, Christophe Deval est spécialisé dans le développement de la flexibilité psychologique et comportementale et l’ACT (Acceptance and Commitment Training). Après 5 ans d’expérience en audit financier, puis 15 ans en ressources humaines, il a quitté KPMG où il était Directeur du Développement des Talents jusqu’en 2018 pour créer la société A.Life, dont la vocation est de développer l’agilité individuelle, relationnelle et collective, et plus généralement les soft skills internes. Il est co-auteur de « Vous avez tout pour réussir », « Simplifiez vos relations avec les autres » et auteur de « Découvrir l’ACT ».

2 Commentaires

  1. Bonjour à vous,
    J’apprécie réellement la qualité de vos articles…
    Impossible à lire à cause de la pub animée “Psychologies” et “Generali”.
    C’est vraiment trop perturbant!!!
    Les publicitaires pourraient-il prévoir un bouton STOP?
    Merci et bonne continuation à l’équipe de rédaction!!!

    • Bonjour,
      Merci pour votre intérêt et votre commentaire. Nous n’avons qu’un encart pour nos partenaires et sponsors qui est à côté des articles justement pour ne pas nuire à la lecture. Nous notons votre remarque pour essayer de voir ce qui est faisable techniquement, merci.
      Bonne continuation.
      Fabienne Broucaret

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