Médecin urgentiste au centre hospitalier d’Épinal, François-Xavier Moronval est aussi l’un des médecins les plus populaires de Twitter (1). Il revient pour nous sur son parcours et sur son métier qui le passionne depuis tout petit…

Comment est née votre envie de devenir médecin ?
François-Xavier Moronval. C’est une vocation que j’ai depuis l’enfance ! J’ai voulu m’orienter vers la médecine très jeune. Ma vocation est née en regardant le dessin animé “Il était une fois la vie”. C’était très pédagogique pour comprendre le corps humain, le fonctionnement du cerveau, comment soigner… J’avais déjà soif d’apprendre et j’étais obsédé par la médecine. Mes parents étaient kiné et orthopédiste, donc plutôt dans le paramédical.

Mais j’ai lu dans un article que vous aviez peur du sang…
FX.M Oui, tout à fait, une vraie phobie ! Quand je voyais une plaie ouverte, je faisais un malaise vagal. J’ai décidé de me lancer dans des études de médecine malgré cela. Il m’est arrivé de sortir d’amphi en catastrophe pendant des cours d’anatomie car je ne me sentais pas bien du tout. Pendant mon stage en chirurgie, que j’appréhendais beaucoup, j’ai prévenu l’équipe : ils ont trouvé que c’était très humble de ma part de le dire. Et au fur et à mesure, mon angoisse est passée.

Pourquoi vous être orienté dans la médecine d’urgence ?
FX.M A l’origine je voulais être neurologue, justement pour éviter de voir du sang ! Et puis j’ai adoré un stage aux urgences. Mon maître de stage était génial, très humain. Je me suis dit que j’étais fait pour ça !

Qu’est-ce qui vous rend heureux dans votre travail aujourd’hui ?
FX.M Il y a trois aspects que j’apprécie particulièrement. Tout d’abord, la diversité de mes missions. Il n’y a jamais de routine ! Je travaille aux urgences, j’interviens aussi à domicile ou en extérieur, je fais de la régulation téléphonique, et je donne aussi des cours de premiers secours dans les Vosges. Mon métier a de multiples facettes, cela permet de varier les plaisirs. Ensuite, j’aime avoir de nouveaux projets régulièrement. Le dernier en date ? Développer des consultations d’hypnose à l’hôpital.

Enfin, j’apprécie le fait d’arriver à couper entre ma vie pro et ma vie perso. J’ai besoin de cet équilibre. Mon temps de trajet en voiture entre mon domicile et mon lieu de travail est un vrai sas de décompression. J’en profite pour écouter de la musique. C’est ma bulle. Je regarde mes mails pros même en repos mais je ne traite que les vraies urgences, et il n’y en pas tant que cela ! Quand je suis chez moi, je profite à fond. J’exerce un métier où l’on rencontre beaucoup de drames, de misère, où l’on détecte des cancers, où l’on prend en charge des personnes ayant fait un AVC et qui auront des séquelles… Cela décuple l’envie de profiter de la vie et des siens. C’est encore plus vrai depuis l’accident de la route que ma femme, enceinte, a eu il y a deux ans. Je me rends compte de la chance que l’on a et je sais la fragilité de la vie. J’optimisme chaque jour de repos. Le boulot est important dans ma vie, mais ma vie ne se résume pas à mon travail ! En tout cas, je ne vis pas que pour mon métier, aussi passionnant soit-il.

C’est un message qui revient régulièrement sur votre compte Twitter ?
FX.M En effet ! Il me tient à cœur de montrer que l’on peut être médecin urgentiste, et avoir une vie en dehors. Cela motive notamment beaucoup de jeunes étudiants en médecine qui se rendent compte que c’est possible.

Qu’est-ce qu’une bonne journée de travail pour vous ?
FX.M C’est une journée où j’ai réussi à réaliser mes objectifs, je n’aime pas remettre au lendemain les choses, je déteste la charge mentale ! Je me fixe donc des objectifs atteignables, et j’essaie de n’avoir que mes mails à regarder le soir pour avoir du temps pour moi après le travail. Une journée se passe bien aussi grâce au collectif, je travaille en permanence en équipe. Nous savons que nous pouvons compter les uns sur les autres.

Qu’est-ce que la crise du Covid-19 a changé pour vous dans l’exercice de votre métier ?
FX.M Je suis spécialisé dans la médecine de catastrophe donc je suis formé au risque de pandémie, d’attentat… Ce qui était compliqué sur le terrain, c’était le changement permanent de procédures. On a l’habitude d’agir en urgence, de faire face à l’imprévu, de devoir s’adapter. Mais là c’était vraiment fatiguant, nous avions parfois du mal à suivre. Cette crise nous a aussi montré l’importance de communiquer sur les réseaux sociaux, et nous ne sommes pas formés pour cela. Je me suis par exemple servi de mon compte Twitter pour faire passer des messages simples (sur le lavage de mains, les masques, etc.) en essayant d’être pédagogue pour parler au plus grand nombre (et pas seulement aux médecins). Autre changement important : le télétravail ! Depuis le premier confinement, nous réalisons aussi nos réunions (et elles sont nombreuses !) à distance. Je les fais donc depuis chez moi, cela m’évite des allers-retours inutiles à l’hôpital les jours où je n’y allais que pour cela.

Quel serait votre conseil pour les personnes souhaitant s’orienter ou se reconvertir dans le milieu médical ?
FX.M Devenir médecin demande des études longues, mais il faut surtout avoir le goût des autres. Un bon soignant est quelqu’un de compétent techniquement, mais c’est aussi un professionnel à l’écoute. Cette fibre est essentielle, ça change tout !

(1) Pour le suivre : https://twitter.com/FXMoronval

Pour ne rater aucune actualité en matière de qualité de vie au travail, inscrivez-vous à la newsletter de My Happy Job, parcourez nos hors-séries thématiques  et découvrez notre annuaire du bien-être au travail.

A lire aussi :
Hôpital : des initiatives pour améliorer la qualité de vie au travail des soignants
Aux urgences d’Evreux, le chef de service impose la sieste au travail

Article précédentPlus de 80% des cadres parisiens déclarent vouloir quitter la Capitale
Article suivantAu bureau ou en télétravail, prenez des pauses !
Diplômée de Sciences-Po Paris, Fabienne Broucaret est la fondatrice et la rédactrice en chef de My Happy Job. Conférencière, passionnée par les questions de mixité, elle est aussi l’auteure des livres "Le sport, dernier bastion du sexisme ?" et "A vos baskets toutes ! Tour de France du sport au féminin" (Michalon). Elle a aussi co-écrit “2h chrono pour déconnecter (et se retrouver)” avec Virginie Boutin (Dunod, mai 2018).

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici