Au travail, on attend de l’entreprise qu’elle impulse une direction, et du manager qu’il donne du sens. Mais comment peut-on repositionner cette donnée-clef du travail par soi-même ? Voici les conseils de Laurence Roux-Fouillet, sophrologue et conférencière, fondatrice de l’Espace du Calme.

Depuis plus de 15 ans que j’utilise la sophrologie dans le monde de l’entreprise, avec des collaborateurs, managers ou dirigeants, je réalise de plus en plus l’intérêt de cette méthode quand on a la sensation que ce que l’on fait est vide de sens. Aujourd’hui, le travail est souvent morcelé en sous-tâches ultra spécialisées, confiées à des intervenants différents qui ont du mal à en percevoir individuellement la finalité. À d’autres moments, on peut douter de l’utilité de ce que l’on fait. Mais attendre uniquement de la hiérarchie et des actionnaires qu’ils donnent sens à notre travail quotidien peut s’avérer parfois aussi illusoire que décevant. Or, il est possible de trouver du sens par et pour soi-même – en voici trois manières.

1ère piste : identifier sa propre utilité

Jadis, on estimait que le travail était utile en soi, parce qu’il occupait, structurait l’individu et s’opposait à l’oisiveté, considérée comme un vice. Aujourd’hui, on attend de notre activité professionnelle qu’elle nous fasse jouer un rôle essentiel, en participant à une amélioration ou en contribuant à une action. Si l’action est utile, alors l’acteur l’est aussi. Or la perte d’utilité est une source de dévalorisation sévère qui peut entamer l’estime de soi. Dans cette hypothèse, il est urgent de redéfinir les contours de sa propre utilité.

L’exercice qui peut aider : l’enquête-utilité

Voici trois questions qui peuvent mettre en lumière le sens de votre travail :

– Identifiez qui sont vos « clients », c’est-à-dire ceux qui utilisent ce que vous faites juste après vous. Ce client peut être extérieur ou à l’intérieur de l’entreprise. Peut-être n’avez-vous pas de contact avec l’utilisateur final, mais vous savez qu’il existe. En interne, vos « clients » peuvent être d’autres services (si vous êtes informaticien ou responsable de la maintenance) ou des collègues (si vous êtes assistante, par exemple).

– Demandez à vos collègues proches qu’ils vous décrivent ce que vous faites, et qu’ils vous expliquent à quoi cela sert selon eux. Il se pourrait qu’ils aient de votre activité une vision plus positive ou claire que la vôtre.

– Voyez les choses globalement, en réalisant que votre mission s’insère dans un ensemble plus grand. Vous êtes un engrenage absolument indispensable, d’une énorme machine ; mais sans cet engrenage, tout le reste peut se trouver bloqué.

2ème piste : reconnecter le sens avec ses besoins

Face aux salariés ou agents qui se sentent en « perte de sens », j’interroge souvent : qu’est-ce qui fait sens pour vous ? Car l’entreprise – et c’est sa vocation – recherchera toujours, au final, la maximisation du profit – tout en la rendant conciliable avec une mission sociale et désormais environnementale. Mais chaque « travailleur » peut créer (et parfois recréer) du sens, en s’interrogeant sur les besoins qu’il juge nécessaire de satisfaire quand il exerce ses fonctions. Normalement, le travail répond prioritairement au besoin de sécurité, puisqu’il est une source de revenus. Mais aujourd’hui on peut avoir d’autres attentes, en rapport avec notre besoin d’appartenance, de reconnaissance, ou même de dépassement.

L’exercice qui peut aider : le recentrage

Fermer les yeux, faire quelques respirations lentes pour se recentrer sur soi, et laisser émerger les besoins devant être comblés. Les écrire et, éventuellement, les hiérarchiser pour identifier ceux qui sont prioritaires.

Il faut ensuite s’interroger sur les manières de les transformer en actions.

3ème piste : utiliser pleinement ses ressources

Pour se réaliser et se sentir pleinement accompli, nous avons besoin de mobiliser nos capacités et compétences individuelles : exercer nos aptitudes techniques, coopérer, être créatif, fédérer une équipe, innover, avoir de l’autonomie, aider les autres à donner le meilleur d’eux-mêmes, être médiateur, etc.

Le plus important à ce stade est de réaliser qu’il nous appartient de puiser dans nos ressources.

L’exercice qui peut aider : la boussole intérieure

Imaginer une boussole au niveau du plexus solaire. Orienter son aiguille vers « votre » Nord : vos principales sources de sens. Visualiser les actions en train de se réaliser, en mobilisant ces ressources dans la fluidité, et ressentir la satisfaction que l’on en retire. Celle-ci est parfois physiquement palpable : picotements, chaleur, sensation d’expansion… C’est très encourageant pour la motivation.

Ces pistes sont cumulables entre elles, mais je vous conseille de commencer par celle qui paraît la plus simple à mettre en œuvre, ses effets bénéfiques inciteront à tester éventuellement les autres, pour que chacun puisse parfaire sa notion du sens au travail.

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Diplômée de Sciences-Po Paris, Fabienne Broucaret est la fondatrice et la rédactrice en chef de My Happy Job. Conférencière, passionnée par les questions de mixité, elle est aussi l’auteure des livres "Le sport, dernier bastion du sexisme ?" et "A vos baskets toutes ! Tour de France du sport au féminin" (Michalon). Elle a aussi co-écrit “2h chrono pour déconnecter (et se retrouver)” avec Virginie Boutin (Dunod, mai 2018).

1 COMMENTAIRE

  1. Depuis le Rapport sur la détermination, la mesure et le suivi des risques psychosociaux au travail, réalisé en 2008 à la demande du Ministre de la Santé par le magistrat P. Nasse et le psychiatre P. Légeron, on sait que la prévention des risques psychosociaux nécessite des actions qui s’exercent sur deux plants bien distincts :

    La prévention primaire : évaluation précise, par l’entreprise, non seulement des facteurs de risques, mais aussi des populations les plus touchées. Elle a pour objectif l’élimination ou le contrôle des facteurs de risque en agissant directement sur les facteurs pour réduire leurs impacts négatifs sur l’individu. Il s’agit d’intervenir sur les causes des risques psychosociaux plutôt que sur leurs conséquences.

    Les programmes de prévention secondaire, avec pour but d’aider les individus à gérer plus efficacement les exigences et les contraintes du travail en améliorant leurs stratégies d’adaptation aux sources de stress ou en renforçant leur résistance au stress en soulageant les symptômes associés au stress.

    Ce même rapport, remis au Premier ministre, préconise des actions qui peuvent prendre plusieurs aspects :


    * la formation des individus à développer des compétences spécifiques, à mieux gérer divers types de situations de stress (gestion du temps, des conflits, de l’agressivité, développement de l’intelligence émotionnelle, restructuration cognitive, etc.) ou à développer des capacités psychologiques (contrôle des émotions, attitudes mentales efficaces) ;

    * la possibilité de pratiques de relaxation, d’exercices physiques ou de la sieste au sein de l’entreprise ;

    Les DRH confrontées au problème de stress trouvent une aide précieuse auprès des psychologues du travail dont le rôle est essentiel dans la mise en œuvre de la prévention de premier niveau. Leur apport est incontestable dans le travail de fond que représente la remise en question des structures et du fonctionnement global de l’entreprise quand celui-ci est la source même du stress.

    Malheureusement, l’action s’arrête souvent à ce stade. Il arrive pourtant que les sophrologues soient appelés à intervenir en entreprise. Mais là encore, nous rencontrons régulièrement un écueil. En effet, nos interventions devraient s’effectuer dans le cadre de la prévention secondaire. C’est-à-dire après qu’un travail de fond ait été mené par l’entreprise elle-même pour supprimer les facteurs de stress liés au management et à l’organisation.

    Le constat sur le terrain est très différent. Si certaines entreprises font cette démarche, d’autres nous utilisent comme palliatif. Nous ne servons que de faire valoir. Nos interventions tempèrent les effets, mais ne suppriment pas les causes.

    Dans cette situation, nous avons beau accompagner le travailleur dans la création de sens. Mais si son management lui donne l’impression d’être improductif et remplaçable. Si l’organisation tue toute possibilité de créer un sens, ne lui permet pas de progresser et lui supprime toute autonomie. Alors le temps passé ne viendra que créer plus de frustration puisque, malgré nos interventions, la situation n’évoluera pas.

    La sophrologie peut apporter beaucoup à l’entreprise. Mais en aucun cas, elle ne peut se substituer aux actions primaires qui dépendent de l’entreprise elle-même.

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