Créée en 2018 et très utilisée par les associations écologistes, la Fresque du climat se développe aussi de plus en plus en entreprise. Le jeu est basé sur les données des rapports du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). Il permet de sensibiliser au réchauffement climatique, de donner le même niveau d’informations à tous les collaborateurs, et de fidéliser autour de valeurs communes.

Ludique, collaborative, créative : la Fresque du climat n’est pas un énième thème de team building à la mode, mais un jeu de sensibilisation au réchauffement climatique. Fondé par l’ingénieur et consultant en transition énergétique Cédric Ringenbach en 2018, le jeu, puis l’association du même nom, permettent de rassembler des groupes autour d’un thème : le climat. Le cap du million de personnes formées à été franchi en avril 2023 (contre 100 000 en 2020). Aujourd’hui, l’association revendique 1,5 millions de participants. « Un tiers d’entre eux sont des salariés qui ont participé à une fresque au sein de leur entreprise », précise Valentin Jamet, responsable de l’équipe chargée des relations avec les entreprises, le secteur public et l’enseignement au sein de la Fresque du climat.

Au sein des organisations, deux types d’ateliers sont organisés : des fresques animées par des fresqueurs (le nom donné aux animateurs de la Fresque du climat) externes, consultants indépendants qui interviennent à la demande de l’entreprise ou de salariés ; et des fresqueurs internes, formés à la demande de leur entreprise, de la direction RH ou RSE le plus souvent. Tous ont suivi une formation de 7 heures dédiée à l’animation en entreprise.

Depuis 2022 les demandes émanant d’entreprises explosent (600 fresqueurs professionnels, internes, étaient recensés par l’association Fresque du climat dans son dernier rapport d’activité, de 2022, ndlr). « Nous recevons entre 100 et 400 demandes par mois, comptabilise Valentin Jamet. Dans des entreprises de toutes tailles et de tous secteurs. » Parmi lesquelles : EDF, Saint-Gobain, La Poste ou même une PME du bâtiment, dans la région de Rouen.

En 42 cartes comportant des définitions et des graphiques, à remettre dans l’ordre (en 5 tours), les joueurs réalisent une frise qui part des causes et des mécanismes du changement climatique et les emmène jusqu’à ses conséquences sur les humains. Le tout, en 3 heures ! Un atelier simple à organiser en entreprise, lors d’un séminaire de formation par exemple.

Une occasion de rencontre

La compagnie d’assurance Generali a formé 120 animateurs en interne, de même que Michelin ou EDF. Chez Engie ou Constructys, plusieurs centaines de salariés ont participé à une fresque pour être sensibilisés au réchauffement climatique. L’occasion d’une prise de conscience sur l’environnement et le climat, mais aussi d’une cohésion nouvelle au sein des organisations.

Pour Carine de Bouissezon, la directrice impact du groupe EDF, la fresque est « un outil extraordinaire » déployé auprès des 167 000 salariés depuis 2020. « L’entreprise est un endroit vivant, qui rassemble beaucoup de collaborateurs et mélange des profils très différents. La freque permet de mixer les personnes : je pense que c’est vraiment un outil de transformation intéressant », défend-elle.

Pour les entreprises, qui ont besoin de mobiliser leurs collaborateurs sur des changements de stratégie, la fresque facilite une prise de conscience et le rassemblement d’équipes autours de valeurs communes. Les échanges, en atelier, sur les pratiques et comportements permettent de se rencontrer, et de découvrir ses collègues différemment.
« Le point fort de la fresque est de permettre à des salariés de se retrouver autour d’une table. Cela peut être considéré comme une occasion de team building, en créant du lien entre les salariés », encourage Valentin Jamet.

Anouk, qui travaille dans une entreprise de média, a été démarchée par la directrice RSE de son groupe pour devenir animatrice de la fresque auprès de ses collègues. Sensible à l’écologie, elle y a vu un moyen de faire du lien dans son entreprise. « La fresque est un moyen d’approfondir mes connaissances personnelles, mais aussi d’aller à la rencontre de collègues de services avec lesquels je ne travaille pas directement, et que je ne rencontre pas dans mon quotidien de travail », raconte-t-elle. Des ponts entre les services qui contribuent au bien-être au travail selon elle. Les inscriptions à ses ateliers se font sur la base du volontariat. « Cela crée une émulation et un partage autour de la question du climat, se réjouit-elle. Cela permet de faire du lien entre les collaborateurs. Et, la fresque est avant tout un jeu, donc un bon moment qui permet de sortir des tâches quotidiennes. », résume-t-elle. Même si les thèmes abordés « peuvent être un peu plombants », le moment « permet de discuter de nos vies (sur le plan de la vie quotidienne, des trajets, du tri des déchets, de la nourriture…). »

Une nouvelle compétence

« Devenir fresqueur interne permet une montée en compétences pour les salariés, sur la thématique du climat d’une part mais aussi en termes d’animation, comme facilitateur de débat. C’est un nouveau rôle valorisant qui permet, pour eux, de changer de leur travail quotidien », vante Valentin Jamet. Un argument intéressant pour les entreprises qui découvrent alors des salariés motivés et formés sur le sujet du climat qui est devenu un argument commercial, marketing et … de recrutement. « Je vois de plus en plus de grandes entreprises qui proposent de participer à une Fresque dans le cadre du parcours d’onboarding : les jeunes salariés choisissent désormais leur employeur par rapport à son engagement pour le climat et cet atelier permet de les rassurer dès leur arrivée », constate Valentin Jamet. Selon lui, le risque de greenwashing est très limité car le débriefing organisé en fin de Fresque est cadré et permet aux salariés de réfléchir à leurs propres solution (et non aux entreprises de présenter leur communication sur le sujet). Les salariés peuvent ainsi se sentir écoutés, ce qui est également intéressant en terme de bien-être au travail (à condition d’y donner une suite, sinon gare au retour de bâton!).

Dans les entreprises, la difficulté sera désormais d’aller chercher les salariés éloignés du sujet, réfractaires ou voire climato-sceptiques. Les séminaires et moments de formation obligatoires sont alors des occasions de mixer les équipes et d’aborder le sujet, y compris à l’international puisque le jeu est traduit dans 25 langues et déjà joué dans plus de 40 pays.

Depuis septembre 2022 le label « Certifié Fresque du climat » permet aux entreprises, aux collectivités territoriales, aux établissements d’enseignement supérieur et aux associations qui ont choisi de déployer la fresque en toute autonomie de garantir la qualité du déploiement des ateliers. Une source de fierté et de motivation en interne pour les collaborateurs.

De plus en plus d’entreprises organisent aussi des ateliers basés sur le concept de la fresque : soit des petits frères, comme la fresque de la biodiversité ou de l’eau selon le secteur et le positionnement de la société. L’atelier 2 Tonnes propose aussi via son site d’inscrire des équipes pour découvrir les leviers de la transition écologique. Avec de nombreux participants déjà recensés, de Vinci, à Danone en passant par AirLiquide… Autant d’ateliers ludiques qui permettent en quelques heures d’initier le débat et de créer des communautés sur un sujet d’actualité. Et ainsi passer à l’action dans un cadre professionnel.

Pour ne rater aucune actualité en matière de qualité de vie au travail, inscrivez-vous à la newsletter de My Happy Job, parcourez nos hors-séries thématiques  et découvrez notre annuaire du bien-être au travail.

A lire aussi :
L’engagement solidaire au travail, source de bien-être des salariés ?
A écouter :
Cap sur l’engagement durable

Article précédentMon idée QVT#36 : La formation, comme outil de fidélisation
Article suivant“Aucune prise de recul n’est possible sans équilibre”
Titulaire d’un master de journaliste au Celsa (Paris), Lucie Tanneau est journaliste indépendante, sillonnant la France, et plus particulièrement l’Est de la France au gré des thèmes de ses articles. Elle collabore à de nombreux titres, de Liaisons sociales magazine, La Vie, et Okapi, en passant par Grand Est, l’Est éclair, Village, et Foot d’Elles.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici