En plein hiver et en pleine crise du Covid-19, les raisons d’avoir un moral en berne ne manquent pas. Surtout à l’occasion du Blue Monday, le lundi 17 janvier étant censé être le jour le plus déprimant de l’année. Si ressasser des pensées négatives influe sur notre moral et notre santé, se rappeler des pensées positives pourrait-il avoir l’effet inverse ? C’est ce qu’a cherché à savoir la neuropsychologue Sylvie Chokron en fouillant dans des travaux de chercheurs qui, ces vingt dernières années, ont travaillé sur l’intérêt d’être optimiste. Interview.

Voir la vie du bon côté permettrait d’après cette Sylvie Chokron, directrice de recherche au CNRS, de ressentir les événements de manière plus positive, d’améliorer son bien-être personnel et d’être plus résilient face à des événements négatifs, mais aussi de jouir d’une meilleure santé, d’une plus grande longévité, et même de se remettre plus facilement d’une intervention chirurgicale !

Vous avez lu des dizaines d’études, que montrent-elles du fonctionnement du cerveau ?
Sylvie Chokron.
On sait qu’il y a des régions du cerveau orientées pour traiter un certain nombre de pensées positives ou négatives. L’idée qu’il existe une région pour le positif n’est pas nouvelle. Mais là, ce qui est intéressant dans ces études est que le fait de revenir sur des faits positifs de votre vie permet d’activer certaines structures liées au bien-être, au bonheur… Cela permet d’expliquer des mécanismes cérébraux : on voit que les sujets entraînés à évoquer des faits heureux ou des idées positives vont avoir une activité accrue du putamen et que cela entraîne des effets sur la santé physique et morale.

Ainsi, on pourrait voir de vraies différences entre une personne optimiste ou non du point de vue de leur santé ?
S.C.
On connait les effets du stress sur la santé physique et psychique, comme l’oxydation des neurones ou le risque de vieillissement cérébral. Les pensées négatives fragilisent notre système immunitaire, cardiovasculaire, neurologique… Là, il semblerait que les pensées positives, au sens large, puissent aussi avoir des effets. L’altruisme par exemple pourrait être associé à une longévité plus grande. Faire du bien me fait du bien.

Mais est-ce lié à notre caractère ou peut-on travailler à devenir optimiste et donc à potentiellement améliorer sa santé ?
S.C.
Il y a eu une étude sur des vrais jumeaux pour voir les effets génétiques ou environnementaux et il se trouve qu’heureusement et malheureusement, c’est sous l’effet de ce que l’on vit que notre optimisme se révèle. Les chercheurs Gian Vittorio Caprara, de l’Université du Mississippi du Sud, et ses collègues italiens de l’université de la Sapienza, à Rome, ont notamment utilisé la méthode des jumeaux pour distinguer les effets génétiques des effets environnementaux sur l’estime de soi, la satisfaction dans la vie et l’optimisme. Pour cela, ils ont inclus dans leur étude 428 paires de jumeaux hommes et femmes.

Leurs résultats montrent que, si l’estime de soi et le sentiment d’une vie épanouie semblent dépendre des mêmes gènes, l’optimisme semble lui moins déterminé génétiquement et plus dépendant des conditions environnementales et de nos expériences. Les expériences vécues ont donc un vrai impact. Le bon côté ? On peut s’entrainer à donner plus de poids aux évènements positifs qu’aux évènements négatifs et donc apprendre à être plus optimiste…

Comment faire au travail, particulièrement dans le contexte actuel rempli d’incertitudes sur le présent et l’avenir, notamment à cause du Covid ?
En entreprise, je crois qu’il est important de faire des choses ensemble. J’ai lu récemment un article sur une initiative dans une société qui a demandé à ses salariés de devenir les anges gardiens d’autres salariés sans qu’ils le sachent. C’est vraiment de l’altruisme pur. On donne sans attendre et ça peut avoir un effet positif : cela entraine le salarié à faire du bien autour de lui et donc à se faire du bien.

Je pense également qu’en entreprise, il est important de vivre des choses positives ensemble et de revenir sur ces choses positives. Car ce que les études ont montré en psychologie cognitive, c’est que repenser aux expériences heureuses permet de réactiver les mécanismes du cerveau impliqués dans le sentiment de bonheur et le plaisir. On parle de ruminations sur les pensées négatives, mais on devrait ressasser de la même manière les pensées positives pour ne pas broyer du noir mais plutôt nous focaliser sur notre bonheur !

Pour ne rater aucune actualité en matière de qualité de vie au travail, inscrivez-vous à la newsletter de My Happy Job, parcourez nos hors-séries thématiques  et découvrez notre annuaire du bien-être au travail.

A lire aussi :
“L’optimisme est un facteur clé de performance individuelle et collective”
Les pièges de la motivation #1 : que faire de nos émotions « négatives » ?

Article précédent“Un bon leadership repose sur deux piliers : l’humilité et la confiance”
Article suivantOubliez les bonnes résolutions, posez des intentions !
Titulaire d’un master de journaliste au Celsa (Paris), Lucie Tanneau est journaliste indépendante, sillonnant la France, et plus particulièrement l’Est de la France au gré des thèmes de ses articles. Elle collabore à de nombreux titres, de Liaisons sociales magazine, La Vie, et Okapi, en passant par Grand Est, l’Est éclair, Village, et Foot d’Elles.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici