L’absentéisme au travail ne redescend pas. Selon l’édition 2026 de l’étude annuelle de Malakoff Humanis, près d’un salarié du secteur privé sur trois a connu au moins un arrêt de travail en 2025. Plus préoccupant encore, les arrêts de longue durée continuent de progresser et concentrent l’essentiel des journées d’absence.

À partir de l’analyse de 3,8 millions de salariés du privé, de plus de 300 000 arrêts longs et des réponses de 3 000 salariés, 400 dirigeants et 200 médecins, l’étude dresse le portrait d’un phénomène désormais structurel. Voici les cinq principaux enseignements à retenir.

1. L’absentéisme atteint un niveau record et s’installe durablement

Premier constat : l’absentéisme reste à un niveau historiquement élevé. En 2025, le taux d’absentéisme dans le secteur privé s’établit à 4,3 %, soit une hausse de 3,3 % sur un an et de 25,5 % par rapport à 2019. Concrètement, 30,6 % des salariés ont été arrêtés au moins une fois au cours de l’année.

Pour Malakoff Humanis, la rupture provoquée par la crise sanitaire n’a jamais été résorbée. Les niveaux observés avant le Covid-19 — 3,3 % en 2018 et 3,4 % en 2019 — appartiennent désormais au passé. Un nouveau palier s’est installé et ne montre aucun signe de recul.

Comme le souligne Eric Vaudaine, directeur général délégué de Malakoff Humanis : “L’absentéisme a désormais atteint un nouveau niveau structurel. En dix ans, sous l’effet des évolutions sociétales et du vieillissement de la population, nous avons vu le phénomène changer de nature et s’ancrer dans la durée.”

2. Les arrêts longs représentent moins de 10 % des arrêts… mais près des deux tiers des absences

L’un des principaux moteurs de la hausse de l’absentéisme est l’allongement des arrêts de travail. Les arrêts de plus de 60 jours ne représentent que 9,4 % du nombre total d’arrêts, mais concentrent à eux seuls 63,8 % des journées d’absence. Leur volume a progressé de 4,9 % en un an. Autrement dit, même s’ils sont minoritaires, ces arrêts de longue durée pèsent de plus en plus lourd dans le coût global de l’absentéisme. L’étude souligne également que leur poids dans le taux global d’absentéisme a gagné six points depuis 2019, faisant des arrêts longs l’un des enjeux majeurs pour les entreprises et les acteurs de la protection sociale.

3. Les jeunes et les seniors sont touchés, mais pour des raisons différentes

L’étude met en évidence deux réalités générationnelles distinctes.

Chez les moins de 30 ans, l’enjeu est celui de la répétition des arrêts. Parmi les jeunes salariés arrêtés en 2025, 21 % l’ont été deux fois dans l’année et 17,5 % trois fois ou plus. Leur durée moyenne d’arrêt reste relativement courte, à 12,4 jours.

À l’inverse, les salariés de 55 ans et plus sont moins souvent arrêtés — 28,2 % l’ont été au moins une fois en 2025 — mais leurs arrêts durent beaucoup plus longtemps, avec une durée moyenne de 39,7 jours. Les arrêts de plus de 60 jours représentent même 74,4 % de leurs journées d’absence.

Cette opposition traduit à la fois les difficultés d’entrée dans la vie active pour certains jeunes et les conséquences du vieillissement de la population active chez les seniors.

4. La santé mentale est devenue la première cause des arrêts longs

La progression des troubles psychologiques constitue l’une des évolutions les plus marquantes observées ces dernières années. En 2025, les pathologies liées à la santé mentale — notamment la dépression et le burn-out — représentent 37,8 % des arrêts de plus de 30 jours, contre 30,3 % en 2020. Leur part a donc progressé de 25 % en cinq ans.

Ces troubles concernent davantage certaines populations :

  • 36,9 % des arrêts longs des femmes sont liés à la santé mentale, contre 28,7 % chez les hommes ;
  •  44,4 % des arrêts longs des cadres sont liés à ces pathologies, contre 32,5 % chez les non-cadres.

L’étude révèle également qu’un salarié concerné sur deux n’ose pas évoquer ces difficultés dans son entreprise, signe que la libération de la parole reste un enjeu majeur.

5. Les cadres et les managers sont de plus en plus exposés

Longtemps considérés comme relativement protégés, les cadres figurent désormais parmi les populations dont l’absentéisme progresse le plus rapidement. Leur taux d’absentéisme a augmenté de 35,2 % depuis 2019. Dans le même temps, la durée moyenne de leurs arrêts est passée de 16,4 jours à 20,2 jours.

Les managers apparaissent également en première ligne. Selon le baromètre, 53 % d’entre eux déclarent s’être vu prescrire au moins un arrêt de travail en 2025. Malakoff Humanis observe notamment une dégradation depuis la généralisation des nouvelles formes de management et du travail hybride.

Un enjeu majeur pour les entreprises

Face à cette situation, le paradoxe souligné par l’étude est frappant : alors que 63 % des entreprises jugent l’absentéisme préoccupant, 55 % d’entre elles n’ont mis en place aucune action spécifique pour y faire face. Pour Eric Vaudaine, l’enjeu a changé de nature : “L’enjeu n’est plus seulement de comprendre pourquoi les salariés s’arrêtent, il est de savoir comment bâtir les conditions de leur retour.”

Dans un contexte de vieillissement de la population active et de montée des problématiques de santé mentale, la prévention, l’accompagnement du retour au travail et la détection précoce des situations à risque apparaissent plus que jamais comme des leviers stratégiques pour les entreprises.

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Diplômée de Sciences-Po Paris, Fabienne Broucaret a fondé My Happy Job en 2016. Elle est aussi la rédactrice en chef de Courrier Cadres, Rebondir et L'Officiel de la franchise. Elle anime le podcast "Good Job" et co-anime le podcast "Les petits cailloux" avec Aurélie Durand. Elle a écrit "Mon Cahier Happy at Work" (Solar) et "Télétravail" (Vuibert). Elle a aussi co-écrit “2h chrono pour déconnecter (et se retrouver)” avec Virginie Boutin (Dunod) et "Le SAV des managers" (Vuibert) avec Aurélie Durand.

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