
Et si les derniers jours de l’été étaient l’occasion de prendre un peu de recul sur notre façon de travailler ? Récupération, charge cognitive, émotions, relations avec les autres ou encore sens du travail : cinq ouvrages parus ces derniers mois proposent des pistes pour aborder la reprise autrement.
Reprendre le travail ne signifie pas seulement rouvrir sa boîte mail, retrouver ses collègues et se replonger dans les dossiers laissés en suspens avant les vacances. Après quelques jours ou quelques semaines loin du bureau, le retour peut aussi être l’occasion de s’interroger sur ses habitudes. Comment éviter de repartir immédiatement sur le même rythme ? Comment préserver son énergie et son attention ? Mieux communiquer avec les autres ? Et, plus largement, quelle place souhaite-t-on donner au travail dans sa vie ?
Pour prolonger un peu les réflexions estivales, voici cinq livres récents qui abordent chacun l’une de ces questions.
Arrêtez de vous épuiser, de Matthieu Poirot : pour apprendre à vraiment récupérer

Psychologue des organisations, le fondateur de Midori Consulting part d’un constat : face aux changements permanents, à la surcharge d’informations et aux difficultés à décrocher du travail, alterner les périodes de contrainte avec de véritables phases de récupération est essentiel. Son livre prend la forme d’un programme de 90 jours et s’appuie notamment sur quatre dimensions : le détachement psychologique, la relaxation active, les activités procurant plaisir et sentiment de maîtrise, et le contrôle sur son environnement.
Un sujet que Matthieu Poirot avait développé dans notre podcast Good Job !. Avec une première idée à garder en tête au moment de revenir de vacances : se reposer et récupérer ne sont pas nécessairement synonymes. “La récupération, c’est un processus qui est actif”, nous expliquait-il. Être physiquement en vacances ne suffit donc pas si l’esprit reste accroché au travail : “si vous êtes en train de ruminer sur le travail, ce n’est pas de la récupération.”
À écouter : Savez-vous (vraiment) récupérer ?
La Charge cognitive au travail, de Jérémy Lamri : pour préserver son cerveau

Écrit par Jérémy Lamri, Rébecca Renverseau, Charlène Geffroy, Alexandre Stourbe et Wilhem Godeau, l’ouvrage analyse la surcharge cognitive non comme une simple fragilité individuelle, mais à l’échelle de l’organisation du travail. Fatigue mentale, difficulté à hiérarchiser, perte de clarté, erreurs d’inattention ou irritabilité peuvent apparaître lorsque les environnements de travail sollicitent excessivement nos capacités cognitives.
Dans notre interview parue en juillet dernier, Jérémy Lamri rappelait que nos capacités de traitement de l’information sont limitées : “A partir d’un moment, notre cerveau est saturé. On n’arrive plus à réfléchir ni à prendre des décisions.”
La rentrée pourrait donc être le bon moment pour questionner quelques automatismes, à commencer par celui qui consiste à participer à une visioconférence tout en répondant à ses e-mails. Le cerveau ne porte pas réellement son attention sur deux sujets simultanément : il alterne entre eux, multipliant les changements cognitifs et la dépense d’énergie.
Pensées distinguées, de Julia de Funès : pour retrouver le goût de la nuance

Sous la forme d’une correspondance philosophique, l’essai propose différentes distinctions conceptuelles destinées à retrouver davantage de précision dans la pensée et le langage. Une manière, pour la philosophe, de résister aux raisonnements binaires et au prêt-à-penser. Une réflexion qui trouve aussi sa place dans le monde professionnel. Dans un entretien organisé par La Maison du Management et Courrier Cadres, Julia de Funès distinguait notamment l’affrontement stérile, dans lequel chacun cherche à avoir raison de l’autre, du désaccord fécond, où l’objectif est de faire progresser les idées.
Et elle défendait la nuance comme une véritable force : “Je pense, au contraire, que la nuance nécessite une fermeté intérieure, une force personnelle.” Une approche qui peut notamment aider les managers à ne pas confondre bienveillance et absence de contradiction.
À lire : Julia de Funès, philosophe : « La nuance n’est pas une faiblesse, mais une fermeté intérieure »
Le travail. Pourquoi travaillons-nous ?, de Dominique Méda : pour questionner la place du travail dans sa vie

À travers des approches philosophiques, historiques et sociologiques, elle s’intéresse aux multiples visages du travail, qui peut être à la fois facteur d’émancipation, source de reconnaissance et de bien-être, mais aussi synonyme de contrainte, d’inégalités ou d’usure.
Invitée de notre podcast Good Job !, Dominique Méda rappelait que le travail dépasse largement la seule question du revenu. Il permet également de créer des liens sociaux et participe à la construction de notre identité et de notre reconnaissance. “À la fois j’ai envie d’avoir un travail et de m’épanouir dans mon travail, mais il y a aussi d’autres domaines très importants, la famille, les amis, peut-être les activités bénévoles”, expliquait-elle notamment à propos du « polycentrisme des valeurs ».
De quoi nourrir une réflexion de rentrée plus large que la traditionnelle liste de bonnes résolutions : “Au service de quel projet est-ce que vous mettez votre travail ?”
À écouter : Pourquoi travaillons-nous ? Dominique Méda interroge notre rapport au travail
Le Petit Guide illustré de l’intelligence émotionnelle, de Christophe Haag : pour mieux comprendre ses émotions

Paru en octobre 2025 chez Albin Michel et illustré par Mélody Denturck, Le Petit Guide illustré de l’intelligence émotionnelle de Christophe Haag propose une approche accessible de l’intelligence émotionnelle.
Professeur-chercheur à l’emlyon et spécialiste de l’intelligence émotionnelle, Christophe Haag y présente des clés pour identifier et comprendre ses émotions ainsi que des outils et exercices destinés à mieux les apprivoiser au quotidien et à développer son quotient émotionnel.
L’idée n’est donc pas de laisser ses émotions à la porte du bureau, mais de mieux les identifier et les comprendre. Une compétence qui ne concerne d’ailleurs pas uniquement notre rapport à nous-mêmes : l’intelligence émotionnelle touche également à la gestion du stress et à la qualité de nos relations avec les autres, notamment quand on est manager, comme il l’expliquait dans l’épisode 6 du podcast L’atelier des leaders.
Six lectures très différentes, donc, mais qui posent finalement une même question au moment de reprendre : et si l’objectif n’était pas simplement de retourner travailler comme avant, mais de profiter de la coupure estivale pour réfléchir à la manière dont nous voulons travailler ?
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