Laver le linge de SDF, aider un jeune éloigné de l’emploi à préparer un entretien de recrutement, refaire le site Internet d’une association locale… Grâce à son spectre de missions variées, le volontariat d’entreprise offre aux salariés de multiples occasions de mettre à profit leur expertise tout en soutenant la bonne cause. Que ce soit le temps d’une journée, de quelques semaines ou plus.

Jean Dumesnil, responsable du développement de l’activité Industrie au sein du groupe Ingérop, s’y est essayé. Il est parti quinze jours en congé solidaire au Togo en août 2025. “J’ai accompagné 16 membres d’une ONG, Agbo Zegue, sur une mission de formation et de suivi de projets, liée entre autres à l’accès à l’eau potable. J’étais là pour eux. Il n’était pas question de faire du tourisme, mais de les aider et de leur apporter des axes d’amélioration”, raconte le cadre, fier d’avoir partagé son savoir avec cette association de préservation de la nature.

Des vacances au service des autres

Son employeur, Ingérop, une société d’ingénierie, offre depuis 2018 la possibilité aux salariés en CDI, ayant au moins un an d’ancienneté, de partir en congé solidaire. “Avec le soutien de Planète Urgence, nous organisons cinq à six départs de collaborateurs par an pour des missions de gestion administrative, de création de supports de communication, de recensement de la faune et de la flore (…) dans différents pays. Nous finançons le billet d’avion, la première semaine de séjour, les deux journées de préparation au départ et les éventuels frais de visa ou de vaccination. Le dispositif suscite un vif engouement, nous avons une vingtaine de candidatures chaque année”, détaille Marine Schelfhaut, directrice des ressources humaines du groupe. Cet été, pour la session 2026, six salariés partiront en mission.

Des actions concrètes pour se sentir utile

Qu’il s’agisse de congé solidaire, de journée de solidarité ou de bénévolat, le mécénat de compétences répond à la quête de sens de nombreux salariés. “C’est un pas de côté qui permet de se sentir utiles et de participer à des actions concrètes et mesurables”, assure Jean-Michel Pasquier, fondateur de la plateforme Koeo qui met en relation associations et collaborateurs. Tiphaine Matha, cheffe de projet communication commerciale à la SNCF, le confirme. Depuis 2020, elle consacre dix journées par an à des missions solidaires diverses.

“J’interviens dans différentes associations, comme l’École de la 2e Chance, la Maison des marraines ou La Cravate solidaire pour aider des jeunes à s’insérer professionnellement. Cela va du coaching avant un entretien d’embauche, à l’aide à la rédaction du CV en passant par du conseil en image. Ces parenthèses font du bien, elles permettent de relativiser et d’être davantage à l’écoute”, témoigne la salariée.

Comme elle, depuis 2021, 13 000 agents du groupe SNCF se sont engagés dans du mécénat de courte durée. “Avec l’accord de leur manager, tous les salariés (y compris les CDD et les alternants) peuvent consacrer entre un et dix jours par an à des missions au sein de nos associations partenaires. Une étude d’impact réalisée en interne montre les bénéfices de cette pratique : fidélisation, cohésion d’équipes, développement de nouvelles soft skills comme l’écoute active, l’empathie, l’intelligence des situations…”, explique Laëtitia Gourbeille, déléguée générale de la Fondation groupe SNCF. D’après une enquête de Planète Urgence, 60 % des salariés ayant pratiqué le volontariat considèrent en effet qu’ils ont gagné en adaptabilité dans leurs méthodes de travail et progressé dans leur capacité à transmettre un savoir-faire à leurs équipes.

S’impliquer durablement en fin de carrière

Si classiquement les formats varient de quelques jours à quelques semaines, une nouvelle tendance se dessine avec le développement du mécénat de longue durée. “Dans les entreprises du conseil et de la tech, cela devient de plus en plus fréquent. Elles cherchent à occuper les temps non productifs ou les périodes d’intercontrat des collaborateurs avec des missions de quelques mois”, constate Elise Thibault-Gondré, cofondatrice de la plateforme Day One.

Ce dispositif cible cependant plus particulièrement les seniors, notamment depuis la réforme des retraites. Chez le chimiste Arkema, le sujet a d’ailleurs été pris à bras-le-corps. “En 2024, nous avons lancé une initiative permettant aux salariés proches de l’âge de la retraite de s’investir pendant deux ans dans des associations œuvrant dans l’éducation, l’inclusion et la diversité. Six d’entre eux ont ainsi été détachés depuis le lancement du dispositif”, illustre Nathalie Muracciole, responsable des relations sociales. À la clé : une transition douce vers la retraite et l’opportunité de s’impliquer dans des projets de cœur.

Christophe Giacometti, designer-concepteur data chez Allianz, en fait actuellement l’expérience auprès de la Fondation du patrimoine. “J’aime la culture et tout ce qui est lié à la sauvegarde de l’environnement. Pour ma fin de carrière, j’avais envie de faire quelque chose qui m’intéresse et de prêter mes compétences digitales à une association du secteur, confie le cadre de 61 ans, détaché depuis janvier au siège de l’association. Il règne ici comme un esprit start-up, je me sens utile, les prises de décisions sont rapides et mon avis est pris en considération.” Un sentiment d’accomplissement, qu’il entend bien poursuivre en qualité de bénévole dès qu’il sera à la retraite.

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