
Longtemps considérée comme une fonction essentiellement administrative, la direction des ressources humaines est devenue un acteur incontournable de la stratégie des entreprises. Transformation des métiers, intelligence artificielle, engagement des collaborateurs, nouvelles attentes des salariés… Les DRH sont désormais au cœur de mutations profondes qui les obligent à concilier performance économique et enjeux humains. Pour Frédéric Faye, DRH du groupe Apicil et auteur de Chroniques d’un DRH engagé (Dunod), c’est précisément ce qui fait la richesse (mais aussi la complexité) de ce métier.
Une fonction devenue stratégique
En plus de trente ans de carrière, Frédéric Faye a vu le rôle des ressources humaines profondément évoluer. « Quand j’ai commencé les ressources humaines, c’est une fonction qui était souvent perçue comme une fonction administrative, une fonction de support, voire même un centre de coût pour certains dirigeants, raconte-t-il dans ce nouvel épisode de notre podcast “Good Job !”. Aujourd’hui, c’est une fonction qui est devenue essentielle, un acteur stratégique au sein de l’entreprise. »
Le DRH ne se contente plus de gérer les effectifs ou d’appliquer le droit social. Il participe aux grandes orientations de l’entreprise, accompagne les transformations, développe les compétences, travaille sur l’attractivité ou encore la culture d’entreprise. « On est passé d’une logique de gestion à une logique d’influence. »
Défendre des convictions sans chercher à être populaire
Pour Frédéric Faye, être un « DRH engagé » ne signifie pas défendre un camp contre un autre. Il revendique plutôt une posture d’équilibre et de responsabilité : « C’est d’avoir des convictions, c’est de considérer que finalement, la performance économique et le respect des personnes ne sont pas incompatibles. »
Une vision qui suppose parfois de prendre des décisions difficiles. « On n’est pas là pour être populaire, insiste-t-il. On est là pour défendre ce qu’on estime juste pour l’entreprise et pour les collaborateurs. » Cette position place naturellement les DRH au carrefour des attentes de la direction, des salariés et des représentants du personnel. « Il faut être au service des trois », résume-t-il. Une posture qui peut aussi générer une certaine solitude : « Cette forme de solitude, ça fait partie du métier. Elle est presque structurelle au fond. Il ne faut pas la subir, il faut vraiment l’assumer. »
Une nouvelle génération qui pousse les entreprises à se remettre en question
L’arrivée de la génération Z constitue également un facteur d’évolution. Contrairement aux idées reçues, Frédéric Faye ne la perçoit pas comme une difficulté, mais comme un moteur de changement : « Cette génération pose des bonnes questions, des questions que beaucoup de générations précédentes n’osaient pas toujours formuler. Le sens, pourquoi faisons-nous cela, à quoi cela sert-il, quel est l’impact de ce que vous me demandez ? » Pour lui, ces interrogations obligent les organisations à sortir de certaines habitudes. « Elles nous obligent à remettre certaines habitudes en question. Et ça fait du bien », poursuit-il.
L’IA ne remplacera pas le discernement
L’intelligence artificielle s’impose également dans le quotidien des ressources humaines. Frédéric Faye y voit un véritable levier de productivité, à condition d’en conserver la maîtrise : « Ce qui peut tuer la créativité, en tant que manager, chez un dirigeant DRH, c’est d’y avoir systématiquement recours. »
Veille, synthèses, analyse de documents ou scénarios de réflexion : l’IA peut faire gagner un temps précieux. Mais elle ne doit pas se substituer au jugement humain. « Je garde toujours les mains sur le volant », insiste-t-il. Car « ça ne remplacera jamais ce qui fait le cœur du métier, c’est-à-dire le discernement, l’écoute, la confiance ».
Préserver la confiance dans un monde du travail en pleine mutation
À l’heure où les entreprises se préparent à intégrer des intelligences artificielles toujours plus autonomes, voire demain des robots humanoïdes dans certains environnements de travail, Frédéric Faye estime que le principal défi des DRH dépasse largement les questions technologiques : « Si je devais résumer en un mot, je dirais que la confiance. »
Selon lui, les ressources humaines devront accompagner ces transformations tout en fixant des repères éthiques clairs. « Comment accompagner les transformations sans perdre l’humain en chemin ? Je crois que c’est quand même le grand défi des DRH de demain. »
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