Alors qu’on assiste à une libération de la parole sur la santé mentale, en particulier au travail, se confier peut rester difficile pour certains. Un interlocuteur avisé est celui qui sait mettre à l’aise en respectant la pudeur de l’autre. Quelques conseils pour aider et dédramatiser.

Un salarié qui quitte son poste pendant plusieurs semaines pour soigner sa santé mentale ? Et qui revient en reprenant les mêmes fonctions ? Avant, cela aurait pu paraître incongru, et signer une fin de carrière. Pourtant, c’est ce qui est arrivé à Nicolas Demorand, qui a repris sa place à l’antenne de France Inter sans que les difficultés qu’il a encore récemment rencontrées ne fassent de lui un paria aux yeux de son employeur. Bien au contraire. Après ses confessions il y a un an à la une de plusieurs magazines et dans son livre, « Intérieur nuit », le chroniqueur radio a accepté de témoigner de la variabilité de sa maladie, la bipolarité, qui l’amène parfois à devoir mettre en pause ses projets. Il est l’instigateur d’un véritable #metoosantementale.

Imagine t’on un chef d’équipe, un directeur commercial ou un manager à haut potentiel faire de même ? Pas forcément. Votre voisin de bureau, ou votre collègue boomer-qui-en-a-vu-d’autres peuvent même penser que cela devient un motif « un peu trop facile ». Comme toutes ces fois où on me dit que la santé mentale « c’est le nouveau truc à la mode ». Pourtant les chiffres restent éloquents : les troubles liés à la santé mentale sont la première cause d’arrêt maladie de longue durée en France, en particulier chez les moins de 30 ans. Un salarié français sur 4 s’estime « en mauvaise santé mentale ».

Déni, excuse ou étendard ?

Plutôt que d’adopter la stratégie de l’autruche, en se disant que tant que ça tient, on ne parle de rien, mieux vaudrait faciliter les échanges sur ces sujets. Avec un impératif : les questions de santé mentale ne constituent pas une identité, qui amènerait à stigmatiser certains, pas plus qu’elles ne sont une excuse pour couvrir des manquements au travail ou des difficultés relationnelles. Le plus simple, c’est d’en parler, mais encore faut-il être en capacité à accueillir ce genre de témoignage – et surtout savoir quoi en faire.

L’écoute, la base du soutien

Pour encourager et soutenir la parole, quelques conseils simples peuvent aider :

  • Ne jamais forcer quelqu’un à parler. La santé, c’est personnel et toute personne peut craindre d’être critiquée pour ce qu’elle considère comme une faiblesse. Mais si vous sentez que quelque chose n’est pas habituel, écoutez votre intuition.
  • Faire de ce sujet une question comme les autres. Plus on en parle, plus on pourra en parler. Alors, l’air de rien, à la cantine ou dans les moments de pause, on peut évoquer un article qu’on a lu, un chiffre que l’on a entendu, un témoignage éclairant… On peut en débattre, confronter des opinions divergentes, et c’est parfois l’occasion de remettre les choses à leur juste place pour dépasser croyances et idées reçues.
  • Remercier pour la confiance. Toutes les fois où quelqu’un s’est confié à moi sur une difficulté psychologique, des idées noires ou une fatigue inextinguible, je l’ai remercié pour sa confiance. Cela demande beaucoup de courage d’oser, et c’est une marque d’intérêt.
  • Écouter d’abord. Avant de conseiller quoi que ce soit, ou d’interagir, il faut laisser parler, sans couper la parole. Ordonner dans sa tête des mots qu’on a parfois du mal à reconnaître soi-même demande du temps. L’écoute active passe d’abord par une posture ouverte, un sourire, des signes d’acquiescement. Ensuite, on peut reformuler et poser des questions ouvertes pour clarifier le propos.
  • Soutenir et orienter. Non, on ne part pas sur des solutions toutes faites, qui ont pu marcher avec certains mais pas avec d’autres. On ne banalise pas non plus, on ne minimise pas, mais on donne de l’espoir. La plupart des personnes qui ont traversé des épisodes qui ont fragilisé leur santé mentale connaissent des évolutions vers un rétablissement et un mieux-être. En revanche, on ne perd pas de temps pour aller prendre l’avis d’une association, consulter une ligne d’écoute ou prendre rendez-vous avec un professionnel (médecin généraliste, psychiatre ou psychologue en premier lieu).
  • Refuser le rôle de super héros. Quel que soit votre rôle auprès de quelqu’un qui se confie sur sa santé mentale, vous n’avez pas pour mission de le sauver. Il ne faut pas hésiter à inciter la personne à transmettre l’information en interne (aux ressources humaines, à la médecine du travail…), à se faire aider et soi-même à avoir conscience de ses limites et de sa propre sensibilité. Écouter est une action passive mais qui peut avoir de lourdes répercussions. On n’oublie jamais sa propre santé mentale.
  • Se former et s’informer. Certaines de ces recommandations sont structurées dans la formation de « Premiers secours en santé mentale », une formation citoyenne qui apprend à aider.

Les numéros et contacts à garder à portée de main

  • 3114 : numéro national de prévention du suicide
  • 15 (ou 112 sur un portable) : pour toutes les urgences de santé, quelle qu’en soit la cause
  • SOS amitié : 09 72 39 40 50 (7j/7 et 24h/24)
  • Le fil santé jeunes pour les moins de 25 ans : 0 800 235 236 (7j/7 9h-23h)
  • Nightline (des étudiants écoutent des étudiants) : 01 88 31 12 32 pour Paris ou www.nightline.fr
  • https://www.psycom.org
  • https://www.pssmfrance.fr

Pour ne rater aucune actualité en matière de qualité de vie au travail, inscrivez-vous à la newsletter de My Happy Job.

A lire aussi :
Les 10 erreurs à éviter pour prendre soin de soi au travail
– Travail sous tension : comment repérer et arrêter de subir le “job strain”

Article précédentÊtre DRH aujourd’hui : « La performance économique et le respect des personnes ne sont pas incompatibles »
Sophrologue du travail Auteure de 14 ouvrages sur la sophrologie au quotidien. Conférencière et formatrice en entreprise. www.espaceducalme.com

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici