Faire toujours mieux. Ne rien oublier. Ne décevoir personne. Jusqu’où ? Vouloir produire un travail irréprochable est souvent perçu comme une qualité. Mais lorsque l’exigence devient permanente, elle peut entraîner stress, surcharge mentale et épuisement professionnel. Comment reconnaître un perfectionnisme devenu toxique et retrouver un niveau d’exigence plus sain ?

« Je suis exigeant, c’est tout. » Cette phrase, je l’entends très souvent lors des coachings que j’anime. Et elle est souvent prononcée avec une pointe de fierté. Après tout, être consciencieux, rigoureux ou impliqué est une qualité. Les entreprises recherchent des collaborateurs engagés, capables de produire un travail de qualité.

Le problème apparaît lorsque cette exigence ne connaît plus de limite. Lorsque chaque dossier doit être irréprochable. Lorsque la moindre erreur devient une source d’inquiétude. Lorsque l’on relit dix fois un e-mail avant de l’envoyer. Lorsque l’on accepte systématiquement une charge de travail supplémentaire parce que l’on pense être le seul à pouvoir faire les choses « correctement ».

À ce moment-là, le perfectionnisme cesse d’être une qualité. Il devient un facteur de stress… et parfois d’épuisement.

Le perfectionnisme n’est pas l’excellence

Nous avons souvent tendance à confondre ces deux notions. Pourtant, elles sont très différentes. Rechercher l’excellence, c’est vouloir progresser, apprendre, faire de son mieux avec les moyens dont on dispose.

Le perfectionnisme, lui, poursuit un objectif… impossible à atteindre : le zéro défaut. Or le travail est vivant. Les imprévus existent, les contraintes évoluent, les ressources sont parfois limitées. Vouloir tout maîtriser est une illusion qui finit par coûter cher.

Le psychologue canadien Gordon Flett, spécialiste reconnu du perfectionnisme, rappelle que celui-ci est associé à une augmentation du stress, de l’anxiété, de l’épuisement professionnel et à une diminution du bien-être psychologique. Autrement dit, ce n’est pas la recherche de qualité qui fatigue. C’est l’impossibilité de s’autoriser à être suffisamment bon.

Pourquoi sommes-nous perfectionnistes ?

Contrairement aux idées reçues, le perfectionnisme n’est pas seulement une question de personnalité. Il est souvent alimenté par des croyances profondément ancrées. “Je dois prouver ma valeur.” “Je ne dois pas décevoir.” “Si je fais une erreur, on pensera que je ne suis pas compétent.” “Je dois tout gérer.”

Ces pensées ne sont pas toujours conscientes. Elles se construisent au fil de notre histoire, de notre éducation, de notre parcours professionnel ou des responsabilités que nous avons exercées. Dans le monde du travail, elles sont parfois renforcées par une culture de l’urgence, de la performance ou de la comparaison permanente.

Quand vouloir bien faire finit par épuiser

Le perfectionnisme agit souvent de manière insidieuse.

Il pousse à :

  • consacrer un temps excessif à certaines tâches ;
  • avoir du mal à déléguer ;
  • repousser la fin d’un dossier parce qu’il n’est « jamais assez bien » ;
  • hésiter à demander de l’aide ;
  • accepter davantage de travail que l’on ne peut réellement absorber ;
  • culpabiliser dès que l’on prend du repos.

À court terme, ces comportements peuvent donner l’impression d’être efficaces. À long terme, ils augmentent la charge mentale et entretiennent un état de tension permanent. Selon le baromètre Empreinte Humaine réalisé avec OpinionWay, près d’un salarié sur deux se déclare en situation de détresse psychologique. Parmi les facteurs fréquemment retrouvés figurent la surcharge, la difficulté à poser des limites et l’exigence excessive envers soi-même. Le perfectionnisme n’est évidemment pas la seule cause. Mais il constitue souvent un accélérateur.

Le coût caché du perfectionnisme

Ce qui est paradoxal, c’est que vouloir éviter les erreurs peut conduire à… être moins performant. Pourquoi ? Parce que le perfectionnisme consomme énormément de ressources cognitives. Il favorise les ruminations. Il ralentit la prise de décision. Il augmente la peur de l’échec. Il freine l’innovation, car il devient plus difficile d’oser essayer, expérimenter ou apprendre.

Dans les équipes, il peut également avoir un impact relationnel. Le collaborateur perfectionniste hésite à déléguer. Le manager perfectionniste contrôle tout. Le dirigeant perfectionniste peine à lâcher prise. Petit à petit, la confiance laisse place au contrôle. Et le contrôle permanent épuise tout le monde.

Comment sortir du piège ?

Il ne s’agit pas de devenir moins professionnel. Il s’agit d’apprendre à distinguer ce qui est important de ce qui est parfait. Avant de finaliser une tâche, posez-vous trois questions simples :

  • Quel est le niveau de qualité réellement attendu ?
  • Est-ce que je cherche à répondre au besoin… ou à atteindre un idéal ?
  • Le temps supplémentaire que je consacre à cette tâche apporte-t-il une véritable valeur ajoutée ?

Vous serez peut-être surpris de constater que les 20 % d’efforts supplémentaires que vous fournissez n’améliorent parfois le résultat que de manière marginale. Le principe de Pareto nous rappelle d’ailleurs qu’environ 80 % des résultats proviennent souvent de 20 % des efforts les plus pertinents. Cette réflexion ne consiste pas à faire moins bien, mais à utiliser intelligemment son énergie.

Mon regard de coach

Au fil des accompagnements, j’ai découvert que les personnes les plus perfectionnistes sont rarement celles qui veulent impressionner les autres. Ce sont souvent celles qui veulent être à la hauteur. Elles portent un sens profond des responsabilités. Elles veulent bien faire. Elles ont à cœur de ne pas décevoir. Cette qualité est précieuse. Mais elle mérite parfois d’être apprivoisée. Car il existe une immense différence entre faire de son mieux… et vouloir être parfait. L’un nourrit la confiance. L’autre entretient une course sans ligne d’arrivée.

Une invitation pour cette semaine

Je vous propose un petit défi. Choisissez une tâche de votre semaine. Lorsque vous estimerez qu’elle est réalisée à 90 %, demandez-vous : “Les 10 % restants sont-ils réellement indispensables ou répondent-ils surtout à mon besoin de me rassurer ?” Puis osez-vous arrêter. Vous découvrirez peut-être que ce qui fait la qualité de votre travail n’est pas la perfection. C’est votre capacité à mettre votre énergie au bon endroit. Parce qu’être bien dans son job, ce n’est pas en faire toujours plus. C’est savoir où il est vraiment utile de donner le meilleur de soi.

Pour ne rater aucune actualité en matière de qualité de vie au travail, inscrivez-vous à la newsletter de My Happy Job.

A lire aussi :
Les 10 erreurs à éviter pour prendre soin de soi au travail
– Travail sous tension : comment repérer et arrêter de subir le “job strain”

Article précédentAimer son travail, ça veut dire quoi ? 
Coach certifiée en santé et bien-être au travail, j’accompagne les collaborateurs et les équipes à retrouver un équilibre durable entre performance, énergie et sérénité. Spécialisée en qualité de vie et des conditions de travail (QVCT), j’interviens autour de sujets clés comme la gestion du stress, les émotions, la prévention de l’épuisement et la qualité des relations au travail. Mon approche est à la fois pragmatique et humaine : donner des clés simples, concrètes et directement applicables pour se sentir mieux… vraiment. Mon cabinet : Be to B fête ses 12 années d'existence cette année. Je suis basée à la Réunion et j'interviens à la Réunion, à Paris,à l'Ile Maurice et à Madagascar.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici