On prête au sommeil beaucoup de vertus. Mais les meilleures idées surviennent-elles réellement durant la nuit, alors qu’en cas de stress, c’est une fonction fortement impactée ? Essayons de trier le vrai du faux.

Un Français sur trois déclare souffrir d’insomnies, c’est-à-dire mettre plus de 30 minutes à s’endormir (ou rester éveillé au moins 30 minutes), au moins trois fois par semaine, selon un baromètre de Santé Publique France. Or, dans le même temps, les Français considèrent le sommeil comme le pilier numéro 1 d’une bonne santé. Il serait même plus : un territoire de renforcement des apprentissages et de créativité – à condition de ne pas être trop influencé par les émotions.

Le sommeil, ce grand régulateur de nos émotions.

Pendant la nuit, et en particulier durant la phase du sommeil paradoxal (celle des rêves), le cerveau ne se repose pas vraiment : il retraite de manière active les souvenirs de la journée, en particulier ceux à forte charge émotionnelle. Une nuit de sommeil réparateur va donc permettre en quelque sorte de « désactiver » l’intensité émotionnelle d’un souvenir, tout en préservant son contenu : on se rappelle de l’événement, mais il nous affecte moins. La nuit, le cerveau vide les « vieux dossiers ».

C’est aussi ce qui explique ce phénomène largement partagé : une préoccupation qui paraissait insurmontable la veille au soir — ou en pleine nuit — semble souvent plus légère et gérable au réveil. Ceci est dû, entre autre, au cycle du cortisol, l’hormone du stress chronique, qui est à son point bas en début de nuit. Notre activité cérébrale, débarrassée des stimuli extérieurs, se focalise sur ce tri émotionnel. À l’inverse, le déficit de sommeil produit exactement le contraire : une hyperacuité cérébrale accentue la tendance à exagérer des situations banales. Dormir peu, ce n’est pas seulement être fatigué, c’est aussi perdre une partie de sa capacité à relativiser.

La créativité, cette œuvre discrète de la nuit.

Si la nuit régule nos émotions, elle semble aussi stimuler notre créativité, et les exemples les plus connus sont presque devenus des légendes scientifiques. Le chimiste Dmitri Mendeleïev racontait avoir vu en rêve la structure complète du tableau périodique des éléments. Plus proche de nous, Paul McCartney affirmait s’être réveillé un matin avec la mélodie complète de « Yesterday » déjà en tête, comme si elle lui avait été soufflée pendant son sommeil. Et peut-être vous est-il arrivé vous-même (comme moi, avec le sujet de cette chronique) d’avoir des fulgurances d’inspirations en pleine nuit ?

Mythes ou réalité neuroscientifique ? Sans doute un peu des deux. Pendant le sommeil, le cerveau continue de consolider les apprentissages de la journée. D’ailleurs, depuis l’école élémentaire, on nous conseille de relire nos leçons avant de s’endormir, pour mieux en fixer les contenus. Mais le cerveau fait plus que les ranger : il crée des connexions inédites entre des idées qui, à l’état de veille, restaient cloisonnées dans des zones cérébrales distinctes. C’est précisément ce mécanisme qui favorise la pensée dite « divergente », celle qui permet de sortir des sentiers battus et de trouver des idées inédites ou des solutions originales à un problème.

Une nuit, oui, mais pas n’importe laquelle

Faut-il écouter tous les conseils qui surgissent pendant le sommeil ? Il serait trompeur de faire de cette fonction une solution magique qui résout tous les problèmes. D’abord, parce que ses bénéfices sur les émotions comme sur la créativité ne s’obtiennent qu’à condition de dormir suffisamment et surtout suffisamment bien. Car si le sommeil est fragmenté, trop court, ou perturbé par les écrans et le stress, il ne permet pas au cerveau d’accomplir ce travail de tri et de recombinaison. Dormir quatre petites heures agitées ne « porte » aucun conseil. Cela ne fait qu’ajouter de la fatigue au problème initial.

Ensuite, il faut aussi se garder d’une vision trop idéalisée de ce phénomène. La nuit ne nous souffle pas de réponse toute faite : elle modifie notre rapport au problème, en apaisant la charge émotionnelle qui l’accompagne et en ouvrant des connexions mentales nouvelles. Le conseil, en somme, ne vient pas de l’extérieur : il émerge d’un cerveau qui a eu le temps et les conditions nécessaires pour digérer ce qu’on lui a confié.

En tant que sophrologue, j’observe que les idées les plus créatives surviennent plutôt au petit matin – à partir de 5 h – alors qu’auparavant (notamment entre 2 h et 4 h) les solutions qui émergent peuvent être encore biaisées par les émotions en cours de traitement. Ne nous trompons donc pas dans l’aspect « solution » de la nuit. Tous les conseils ne sont pas bons à suivre !

Comment utiliser sa nuit à bon escient ?

Concrètement, quelques réflexes permettent de mettre ces mécanismes à profit. Face à une décision difficile ou une émotion trop vive, mieux vaut effectivement attendre le lendemain avant de décider quoi que ce soit. Pour un problème créatif ou un projet qui bloque, on peut consciemment se le formuler juste avant de dormir – éventuellement à voix haute – et laisser un carnet à portée de main pour noter les idées qui surgissent parfois au réveil, dans cet état de demi-sommeil propice aux associations inattendues. On verra ensuite, dans la journée, ce que notre discernement en fait. Et surtout, cela suppose de s’accorder une nuit complète, dans de bonnes conditions : sans cela, aucun conseil ne sera au rendez-vous.

Alors, la nuit porte-t-elle vraiment conseil ? Oui, mais pas comme on l’imagine souvent. Le « conseil » ne provient pas d’une voix intérieure géniale qui murmurerait une solution toute-faite pendant notre sommeil. C’est plutôt le travail du cerveau qui, débarrassé des sollicitations du jour, retrouve la liberté de trier, d’apaiser et de relier. Un travail préliminaire à l’intervention de la raison.

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Sophrologue du travail Auteure de 14 ouvrages sur la sophrologie au quotidien. Conférencière et formatrice en entreprise. www.espaceducalme.com

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