
Coach, formateur, auteur et sophrologue, Frédéric Levy publie Arrêtez de vous laisser marcher sur les pieds ! Le pouvoir de l’assertivité au travail (Vuibert). Il revient aves nous sur les difficultés des salariés à s’affirmer, l’importance de poser ses limites et les conséquences du manque d’assertivité sur le bien-être au travail.
Comment définir simplement l’assertivité au travail ?
L’assertivité, c’est le fait d’assumer ce qu’on dit, ce qu’on fait et ce qu’on est, et d’assumer tout ça en respectant les autres autant qu’on se respecte soi-même.
L’assertivité est-elle une compétence ?
Ce que je dis souvent, c’est justement que l’assertivité en elle-même n’est pas une compétence, pas une démarche, pas une technique. L’assertivité, c’est avant tout un comportement ; relationnel et communicationnel.
Voilà pourquoi je distingue totalement l’assertivité de l’estime de soi ou de la confiance en soi. Bien sûr, il y a des liens entre ces notions : si on a confiance en soi, on a plus de chances d’être assertif, et l’inverse est vrai.
Mais la grande différence, c’est que l’assertivité se manifeste toujours dans des situations relationnelles. La confiance en soi, elle, peut être en relation avec soi-même : je peux manquer de confiance parce que je ne me sens pas capable de faire quelque chose. L’assertivité, c’est l’incapacité, ou en tout cas le sentiment d’incapacité, à créer un lien avec l’autre, à accepter le regard de l’autre, à oser agir à cause de la présence de l’autre. »
Pourquoi tant de salariés ont-ils du mal à dire non ?
De mon observation, c’est une des difficultés majeures pour les salariés : faire preuve d’assertivité dans le cadre professionnel, et notamment dire non.
Parfois, on confond d’ailleurs l’assertivité avec le seul fait de dire non. Quand j’en parle autour de moi, certains me disent : “Oui, je sais ce que c’est, c’est réussir à dire non.” J’ai tendance à rectifier : dire non, c’est juste un des éléments de l’assertivité.
Je pars du terrain, parce que ça fait des années que j’anime des formations sur ce thème en entreprise. Et je suis à chaque fois très étonné de voir à quel point les gens sont en demande. Ils aimeraient pouvoir s’affirmer, s’imposer sereinement, mais ils n’y arrivent pas.
Ils se retrouvent souvent dans deux cas de figure : soit la passivité (ils n’osent pas s’imposer) soit l’agressivité (ils s’imposent, mais trop, avec une communication un peu en force). Dans un cas comme dans l’autre, c’est insatisfaisant : il y a de la culpabilité, de la frustration, et le sentiment de ne pas réussir tout simplement à exister et à communiquer sereinement avec les autres.
Quel impact le manque d’assertivité peut-il avoir sur le bien-être au travail ?
Le manque d’assertivité génère beaucoup de stress, une grande surcharge mentale et physique. Quand on ne sait pas poser ses limites, quand on accepte sans fin ce que les autres nous demandent (que ce soit le manager, les collègues ou les clients), on est débordé en permanence, et on se sent usé.
Il y a aussi une baisse d’estime de soi : on se sent lâche de ne pas être capable de s’imposer face aux autres, on est dans la culpabilité.
Sur le plan relationnel, à force de ne pas oser dire non, de ne pas marquer ses limites, on est dans la frustration et même dans le ressentiment. On s’en veut à soi-même, et on en veut aux autres, comme s’ils essayaient de profiter de nous.
Ce qui n’est pas forcément le cas : si on ne leur dit pas stop, ils peuvent simplement avoir l’impression qu’on n’est pas en difficulté et qu’on peut répondre à la demande.
Peut-on apprendre à devenir plus assertif ?
Bien sûr, et la bonne nouvelle, c’est qu’on peut évoluer beaucoup plus vite en assertivité qu’en confiance en soi ou en estime de soi.
L’assertivité peut se déclencher très vite parce qu’elle dépend beaucoup de soi. On peut très bien décider : “À partir de demain, quand on me sursollicite, quand on me demande des choses que je ne peux ou ne veux pas faire, je dis non.”
Je ne dis pas que c’est facile, mais c’est possible.
Quels conseils donneriez-vous aux salariés qui veulent commencer à s’affirmer ?
Commencer par identifier dans quelles situations on n’ose pas et ce qui nous pose problème.
Ensuite, changer son regard. Souvent, on ne veut pas dire non par peur des conséquences, et ces conséquences sont souvent fantasmées, pas rationnelles. “Si je dis non à mon manager, je vais perdre mon emploi, être mal vu, étiqueté comme quelqu’un de difficile…” Ce sont des croyances limitantes.
Le premier conseil, c’est donc de travailler sur ces croyances et de comprendre pourquoi on s’autocensure.
Ensuite, apprendre à dire “je”. Quand j’ai donné ma définition de l’assertivité, j’ai commencé par le mot “assumer”. Assumer, ça veut dire utiliser le “je” quand on s’exprime.
Enfin, par rapport au fait de dire non : commencer par de “petits non”, là où c’est moins impactant, moins engageant, et s’entraîner progressivement vers des situations à enjeux plus importants.
Je dis bien s’entraîner, parce que l’assertivité est un comportement. Et un comportement, ça se développe, ça se muscle.
Pourquoi culpabilise-t-on lorsqu’on pose ses limites ?
Derrière cette culpabilité, il y a de nouveau les peurs : peur du regard des autres, peur de ne pas être dans le moule, peur des conséquences ; une fois encore souvent fantasmées.
Ces peurs peuvent parfois être justifiées, bien sûr : si on est dans une entreprise dont la culture n’encourage pas à donner son avis ou à faire preuve d’initiative, la culpabilité sera d’autant plus forte. »
Comment être assertif sans devenir agressif ?
L’assertivité est un comportement d’équilibre. J’entends parfois des personnes me dire : “L’assertivité, c’est quand même être trop cash, voire arrogant.” Mais ce n’est pas du tout ça.
L’assertivité, c’est une forme de transparence, de bienveillance, d’empathie : dire les choses avec honnêteté et authenticité. On me demande parfois : peut-on être trop assertif ? Ça n’existe pas. Si c’est “trop”, on n’est plus dans l’assertivité, on est dans l’agressivité. C’est un comportement d’équilibre dans lequel je dis les choses calmement, sereinement, parce que je respecte l’autre et que je me respecte moi-même.
Faire preuve d’assertivité demande-t-il de mieux se connaître ?
C’est un travail d’introspection, effectivement. On parle souvent de “gestion des émotions” comme si on gérait des dossiers comptables. Moi, j’invite plutôt les personnes à mieux identifier leurs émotions et à comprendre qu’elles sont nécessaires et importantes.
Je ne parle jamais d’émotions “négatives” : je parle d’émotions “désagréables”. Avoir peur, être en colère, oui, c’est désagréable. Mais ce n’est pas négatif : ça nous apprend des choses, ça nous révèle des choses.
Une émotion est toujours la conséquence d’un besoin.
Quel message aimeriez-vous faire passer aux salariés ?
J’insisterais sur la question de l’authenticité. Dans le monde professionnel, on est souvent bridé par rapport à notre authenticité ; sur le plan vestimentaire, dans nos façons de s’exprimer, de penser.
Être authentique, ça veut dire arrêter de se comparer aux autres, arrêter de vouloir rentrer dans le moule. Quand je dis dans le titre de mon livre “Arrêtez de vous laisser marcher sur les pieds”, c’est parce que les autres nous empêchent parfois d’avancer ; le manager, l’entreprise, la société. Mais ça peut aussi être nous-mêmes : on se marche sur les pieds, on se bride, on s’empêche d’avancer.
Je serais tenté de reprendre la célèbre formule d’Oscar Wilde : “Soyez vous-mêmes, les autres sont déjà pris.” » Ça fait sourire, c’est facile à dire, mais c’est bien ça : arrêter de vouloir ressembler aux autres ou à ce que les autres aimeraient que vous soyez, et être vous-mêmes.
A lire aussi :
– Comment dire non au travail (mais pas que)
– « L’assertivité crée une relation de confiance et libère la parole »
Pour ne rater aucune actualité en matière de qualité de vie au travail, inscrivez-vous à la newsletter de My Happy Job et découvrez notre annuaire du bien-être au travail.























