Pour de nombreuses femmes, le congé maternité marque le début d’une profonde réflexion sur leur rapport au travail, leurs priorités et leurs aspirations. Au point que beaucoup envisagent, à leur retour, un changement de poste, une transition ou un bilan de compétences pour y voir clair.

Une pause qui permet (enfin !) de prendre du recul

Dans le rythme effréné de la vie professionnelle, il est rare de s’arrêter suffisamment longtemps pour questionner sa trajectoire. Les journées s’enchaînent, les objectifs se succèdent et, bien souvent, nous avançons sans réellement nous demander si le chemin emprunté nous correspond encore. Le congé maternité vient parfois interrompre cette course effrénée permanente. Il est en effet l’occasion – pour certaines femmes – de disposer d’un espace de réflexion qui leur permet de faire un pas de côté, et de porter un regard différent sur leur carrière. Elles s’interrogent alors sur ce qu’elles souhaitent réellement pour la suite : ce métier me convient-il encore ? Ai-je toujours envie de travailler dans ce secteur ? Les sacrifices consentis jusque-là font-ils toujours sens ? Mon travail est-il vraiment compatible avec la vie que j’ai envie de construire et l’avenir que je me souhaite pour les années à venir ? Ces questions existaient parfois déjà avant la naissance, mais elles prennent soudain une ampleur nouvelle.

Quand les priorités évoluent…

Devenir mère transforme le regard que l’on porte sur de nombreux aspects de sa vie. Le travail n’échappe évidemment pas à cette règle. Ce qui paraissait acceptable auparavant peut devenir beaucoup plus difficile à tolérer : rythme sacerdotal, horaires à rallonge, déplacements incessants, réunions tardives, sollicitations permanentes, environnements de travail délétères, voire toxiques, missions qui manquent de sens… Certaines femmes réalisent qu’elles ont construit leur carrière en répondant aux attentes des autres sans jamais vraiment se demander ce qu’elles souhaitaient pour elles-mêmes. D’autres prennent conscience qu’elles ne veulent plus sacrifier leur équilibre personnel au profit d’une réussite professionnelle qui ne les satisfait plus autant qu’avant. Si la maternité ne crée pas nécessairement ces questionnements, elle agit souvent comme un révélateur.

Le retour au bureau, un moment charnière

Le retour au travail après un congé maternité constitue souvent une étape décisive. Certaines femmes retrouvent leur poste avec enthousiasme et redécouvrent le plaisir de leur activité. Mais pour d’autres, la reprise agit comme un électrochoc. Après plusieurs mois loin de l’entreprise, elles observent leur environnement professionnel avec davantage de distance. Elles remarquent des dysfonctionnements qu’elles avaient fini par banaliser et par accepter. Elles prennent conscience d’un manque de reconnaissance ou d’opportunités d’évolution. Elles réalisent parfois que leur poste ne correspond plus à leurs aspirations. Dans certains cas, le retour est rendu encore plus difficile par des pratiques malheureusement bien connues : responsabilités réduites à peau de chagrin, projets stratégiques retirés, évolution ralentie, perspectives de carrière mises entre parenthèses ou complètement gelées… Même lorsqu’elles sont discrètes, ces situations peuvent profondément fragiliser la confiance en soi et renforcer l’envie de tourner la page pour en ouvrir une autre.

Entre charge mentale et épuisement

La reprise du travail s’accompagne également d’un défi majeur : celui de la conciliation entre vie professionnelle et vie familiale. Organisation des journées, des gardes, gestion des imprévus, fatigue liée aux nuits hachées, rendez-vous médicaux, charge logistique et domestique… Le sentiment de devoir être performante partout à la fois peut rapidement devenir asphyxiant et épuisant. Certaines femmes ont alors l’impression de courir en permanence sans jamais parvenir à souffler. D’être dans un tunnel sans fin. Cette accumulation de contraintes favorise parfois l’apparition de signes d’épuisement : fatigue persistante, irritabilité, patience limitée, perte de motivation, difficultés de concentration, sentiment de saturation. etc. Dans les situations les plus complexes et non prises en charge à temps, cette surcharge peut contribuer à l’apparition d’un burn-out parental, d’un burn-out professionnel ou d’une subtile combinaison des deux.

Changer de voie : une décision impulsive ou une évolution naturelle ?

Lorsqu’une femme évoque son envie de changer de métier après son congé maternité, elle entend souvent les mêmes remarques : “attends un peu avant de prendre pareille décision”, “c’est juste de la fatigue, tu verras quand il (elle) fera ses nuits, tu verras les choses autrement”, etc. Ces remarques sont parfois pertinentes. Prendre du recul avant d’engager un changement important reste indispensable. Mais il serait injuste de réduire systématiquement ces envies de transition pro à une réaction passagère. Car derrière ce désir de changement se cache parfois une transformation plus profonde. Une vraie métamorphose parfois. Avec des valeurs qui évoluent, des attentes qui changent, des critères de réussite qui se redéfinissent. Il n’y a donc rien d’anormal à vouloir construire une vie professionnelle plus alignée avec cette nouvelle réalité.

Pourquoi le bilan de compétences séduit autant après une maternité ?

Face à ces questionnements, de nombreuses femmes choisissent de réaliser un bilan de compétences. Non pas parce qu’elles souhaitent nécessairement quitter leur emploi immédiatement. Mais parce qu’elles ressentent le besoin de faire le point. En ce sens, le bilan permet d’explorer plusieurs dimensions : les compétences et talents acquis au fil du parcours (ceux dont on aimerait vraiment se servir ou développer par la suite), les aspirations professionnelles actuelles, les valeurs personnelles que l’on souhaite véhiculer, les pistes d’évolution envisageables, les éventuels besoins ou envies de formation, les modalités de travail nécessaires à un meilleur équilibre de vie. Le bilan constitue ainsi une parenthèse précieuse dans une période où l’on manque de temps et de bande passante pour réfléchir à soi. Plus fondamentalement, il aide à distinguer ce qui relève d’une fatigue passagère de ce qui traduit une véritable aspiration au changement…

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Ex-chasseuse de tête, enseignante-chercheur en droit des affaires, Marina Bourgeois est la dirigeante d’Oser Rêver Sa Carrière, cabinet spécialisé en transition de carrière et épuisement professionnel. Elle est aussi l’auteure de Burn-out. Le (me) comprendre & en sortir, 2018.

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