Elles adorent leur travail, ne comptent pas leurs heures et ne se plaignent jamais. Quand ces personnes tombent, tout le monde est surpris, elles, les premières.

Vous connaissez peut-être ces personnes passionnées, engagées et qui arrivent pourtant au point de rupture sans comprendre pourquoi. « Je ne peux pas être en burn-out, j’adore ce que je fais »

On associe souvent l’épuisement au mal-être ou au conflit de valeurs. Pourtant, une part significative des personnes qui s’effondrent sont celles qui aiment leur métier. En effet, le plaisir peut devenir un anesthésiant qui masque la surcharge.

Quand la passion devient un angle mort

Christina Maslach (psychologue à l’université de Berkeley – Californie), pionnière de la recherche sur le burn-out, a montré que l’épuisement touche en priorité les professionnels les plus investis émotionnellement. Ce n’est pas un hasard si les soignants, les enseignants, les RH, les managers et les travailleurs sociaux figurent en tête des populations à risque. Plus on donne de sens à ce que l’on fait, plus la frontière entre investissement et surinvestissement devient floue.

Les 5 mécanismes silencieux

On retrouve souvent plusieurs mécanismes combinés chez les professionnels passionnés qui s’épuisent.

  • Quand la valeur qu’on se donne dépend de manière excessive du regard de l’autre, on a tendance à en faire toujours plus.
  • Dire « non », poser une limite, déléguer sans culpabiliser, pour beaucoup de profils engagés, c’est quasi-impossible.
  • Un besoin d’utilité très fort qui cherche à assoir une légitimité. Ce sont souvent les « couteaux suisses » dans les équipes.
  • Absorber les émotions des autres sans espace pour déposer les siennes. Un niveau d’empathie très élevé a un coût. La fatigue de compassion est une des formes du burn-out.
  • Les profils « perfectionnistes » qui cachent le besoin de renvoyer une image parfaite pour éviter le jugement des autres.

Le corps, notre meilleur allié !

Le corps nous envoie des signaux d’alerte. Encore faut-il savoir les écouter… Ces signaux peuvent se manifester de différentes façons selon chacun : trapèzes noués, dos bloqué, mâchoires douloureuses (serrées trop souvent), qualité de sommeil dégradée, compensation alimentaire (sucre, alcool…), infections à répétitions, sensibilité accrue, etc.

Le corps reconnaît l’épuisement avant la conscience. Le neuroscientifique Antonio Damasio parle de marqueurs somatiques, ces sensations corporelles (fréquence cardiaque, pression artérielle, transpiration…) qui savent évaluer notre niveau de bien-être.

4 pistes à explorer pour se protéger

  1. Soyez à l’écoute des signaux qu’envoie votre corps. Pourquoi ne pas tenir un journal pendant 1 à 2 semaines. Chaque soir, notez les endroits de votre corps que vous sentez tendus et identifiez les situations vécues. Dans mes accompagnements, j’ai déjà vu des personnes découvrir que leurs maux de têtes survenaient régulièrement après des réunions où elles n’avaient pas osé exprimer un désaccord.
  2. Pratiquez le « non » constructif. Il ne s’agit pas de dire « non » sèchement de manière systématique mais de formuler une alternative qui réponde à votre besoin et à celui de votre interlocuteur. « Je ne peux pas cette semaine mais à partir de lundi, sans problème ». Ce « non » pose la limite tout en protégeant la relation.
  3. Diversifiez vos sources de reconnaissance. Si le regard des autres au travail est le seul endroit où en puiser, vous êtes en zone de fragilité. Et si vous regardiez du côté du sport, d’une pratique artistique, d’un engagement bénévole, de vos talents pour le bricolage, la cuisine, la danse… Pensez à vous féliciter lorsque vous réussissez quelque chose. La première personne qui a besoin d’être fière de vous, c’est vous-même !
  4. Instaurez régulièrement des sas de décompression. 5 minutes de respiration ventrale consciente entre deux réunions, une marche après une longue période assise, trouver un rituel de décharge après un échange difficile (hurler dans un coussin par exemple, ça fonctionne). Le système nerveux a besoin d’activer son mode parasympathique (récupération) pour sortir du mode « alerte ».

Aimer son métier, c’est aussi apprendre à se préserver

Aimer son métier, quelle chance ! Mais attention, cette chance devient un risque quand elle empêche de voir nos propres limites. La question n’est pas de moins aimer ce que l’on fait ou se désinvestir, mais plutôt d’apprendre à se connaître et s’aimer suffisamment pour ne pas s’épuiser.

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Certifiée coach executive HEC, ancienne DRH, formée à des pratiques corporelles régénératives, Sarah Cruveillé accompagne dirigeants et collectifs en réunissant intelligence stratégique, émotionnelle et corporelle. Intrapreneure chez Xelya, elle intervient en interne comme en externe, au plus près du terrain. Elle anime le podcast Résonances et est co-auteure avec Cyril Bouchet de « Et vous, comment ça va au travail ? ». Ce qui l'anime : essaimer des pratiques qui aident à se sentir mieux au travail et dans sa vie.

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