Un travailleur français passe en moyenne une heure par jour pour se rendre – ou revenir – de son travail. Un temps souvent subi, alors qu’il pourrait devenir un sas de ressourcement.

Il est 7h45, et vous êtes coincé dans les bouchons ou serré contre la vitre d’un RER bondé. Votre esprit, lui, est déjà plus loin : il anticipe la réunion de 10h ou tente d’échapper au stress qui vous étreint, en vous faisant scroller nerveusement sur votre téléphone. Le soir, c’est le même scénario en sens inverse : vous rentrez avec une journée pesante encore collée à vos basques, incapable de décrocher vraiment.

Pourtant, ce temps de trajet a une qualité rare : il est à vous. Et il peut constituer une vraie chance d’équilibrer vos différents temps de vie, en agissant comme des parenthèses.

Un sas mal exploité

Le trajet, c’est un sas naturel entre deux univers, bien distincts dans le temps comme dans l’espace : d’un côté, votre travail et tout ce qu’il implique, de l’autre votre vie personnelle et tout ce qu’elle promet. Entre les deux, les temps de trajet représentent un temps liminaire – un entre deux, où l’on est ni tout à fait au travail, ni tout à fait à la maison. Pour notre cerveau, c’est un repère psychique marquant dans l’équilibre vie professionnelle/vie privée. Or, on a tendance à l’escamoter.

Pourquoi ne pas lui donner une place dans notre équilibre ? Le matin, le trajet peut servir à se préparer à ce qui nous attend ; le soir, à se déposer pour optimiser le repos et la récupération. Ceci, à condition de ne pas céder au réflexe du scroll à l’infini. Se changer les idées sur son téléphone donne l’illusion d’occuper le temps utilement ou de se distraire, alors que cette habitude maintient le système nerveux en hyperstimulation. Résultat : le trajet n’est plus un sas, mais un prolongement du flux numérique qui vous submerge déjà au quotidien.

C’est là où la sophrologie peut trouver simplement sa place. Cette méthode psycho-corporelle est utilisable partout, dans la plupart des environnements courants, sans aucun accessoire, et les yeux ouverts.

Voici donc quelques techniques courtes à introduire dans vos différents modes de transport.

En voiture : la respiration du feu rouge

Plutôt que de pester contre cet arrêt imposé, faites-en votre allié, et le déclencheur d’une pause bien cadrée. À chaque feu rouge, profitez-en systématiquement pour :

  • décrisper vos doigts du volant et relâcher consciemment vos épaules et vos coudes (éloignez oreilles et épaules !)
  • inspirer lentement en comptant mentalement jusqu’à 5, puis expirer jusqu’à 8 ou 10. L’expiration longue active naturellement le système nerveux autonome parasympathique – celui de la récupération,
  • sentir les points d’appui du corps sur votre siège, depuis vos omoplates jusqu’à vos pieds en contact avec les pédales…

Attention, il ne s’agit pas de méditer en conduisant – la vigilance reste de mise – mais d’utiliser ces micro-pauses imposées comme autant de rappels corporels. En une demi-heure de trajet urbain, vous accumulez ainsi dix à quinze « reset » minuscules, qui font une vraie différence à l’arrivée.

Dans les transports en commun : l’inventaire des sens

Debout dans un métro bondé ou assis dans un bus, oubliez votre téléphone et mobilisez vos sens, avec l’idée de ressentir ce qui se présente à vous, sans chercher à rien changer :

  • fixez un point au loin et laissez votre regard s’y « poser » au moins pendant trois respirations,
  • essayez d’identifier un son – le plus lointain que vous percevez. Laissez-le occuper votre esprit quelques instants,
  • sentez le contact physique de vos pieds dans vos chaussures, ou de vos mains posées sur vos cuisses : poids, volume température…,
  • respirez en observant le trajet du souffle au niveau de votre nez. Laissez venir une odeur que vous appréciez…

Deux à trois minutes suffisent, avec un principe simple : plus le cerveau se concentre sur le corps et moins il rumine.

Pour tous : la visualisation de la valise

Cette pratique courte est à faire les yeux fermés dans les transport en commun ou les yeux ouverts au volant, à pied ou à vélo :

  • Imaginez mentalement une valise déposée à l’entrée de votre domicile. Vous pouvez même y placer une boîte ou une petite valise qui la représente. Le matin, avant de partir, rangez-y symboliquement ce qui n’a pas sa place au bureau aujourd’hui : la dispute du petit-déjeuner, l’inquiétude pour un de vos enfants, la liste des courses… La valise reste à la maison, elle vous attend, vous la retrouverez ce soir.
  • Le soir, faites l’inverse. Avant de quitter le bureau, visualisez une autre valise mentale. Placez-y le dossier urgent mais encore inachevé, le mail qui vous a contrarié, la réunion qui n’a pas avancé… Cette valise-là reste au bureau. Vous la rouvrirez demain.

Chaque fois qu’une pensée intrusive surgit, déposez-la dans la valise où elle doit se trouver.

Cet exercice s’appuie sur le pouvoir symbolique de la visualisation, qui agit sur le cerveau autant qu’une action bien réelle.

Vous êtes en télétravail : introduisez un acte symbolique

Enfin, pour les jours de télétravail – où la confusion des temps est encore plus risquée, instaurez un rituel : faire le tour du pâté de maisons le matin et le soir, changer de tenue, ranger l’ordinateur dans un placard fermé, une musique personnelle, comme un générique… Le cerveau doit repérer un signal clair : ici commence le travail, là il s’arrête.

A ce rythme, le trajet domicile-travail n’est plus du temps perdu. Il devient un temps nécessaire, que l’on peut habiter autrement pour participer à l’équilibre vie professionnelle et vie privée.

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Sophrologue du travail Auteure de 14 ouvrages sur la sophrologie au quotidien. Conférencière et formatrice en entreprise. www.espaceducalme.com

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