« Le bien-être au travail doit être actif, il faut aller le chercher ! »

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Laura Lange est « philosophe en organisation ». Au cours de ses conférences, centrées sur les questions de travail, elle encourage ses interlocuteurs à réfléchir à leur vie, pour les pousser à se prendre en main. Pour elle, le bien-être au travail est aussi lié à cet élan, à un vrai effort personnel. Interview.

Le bien-être au travail est à la mode, mais n’est-ce pas antinomique de parler de bien-être dans un environnement si contraint ?
Pourquoi est-ce à la mode ? Nous sommes dans un environnement néo-libéral où priment l’individualisme et le bonheur individuel. Quand on cherche la liberté, la contrainte est d’autant plus dure à supporter. Contrairement à l’environnement aristocratique, dans lequel il y avait toujours un « père » au-dessus, la démocratie favorise la relation entre pairs. Et c’est difficile de renfiler ce costume qui se plie au modèle hiérarchique au travail ! La question du bien-être est à la mode parce nous sommes devenus plus sensibles à la contrainte. Après, le bien-être et le travail sont-ils antinomiques ? Si le travail est un labeur, oui. Le travail est également quelque chose qui nous travaille. Dans le sens qui nous inquiète, c’est aussi antinomique. Mais dans le sens du bois qui travaille, qui nous meut, ça ne l’est pas. Dans le sens où le travail produit, non plus. Si on sort du côté labeur, il peut y avoir du bien-être, passif, comme celui d’aller faire un soin ou de s’accorder des pauses. Celui-là, les entreprises l’ont compris. J’invite, quant à moi à chercher un bien-être actif, pour lequel on doit être acteur, mais qui est à mon avis plus pérenne et donc plus bénéfique.

On évoque aussi régulièrement la question du « sens » au travail, est-ce lié au bien-être ? Comment le mettre en œuvre ?
Le bien-être n’est pas que la santé physique, alors oui, la question du sens se pose, avec trois acceptions. Le sens, c’est la direction que l’on a au travail : si on fabrique des stylos, on connaît l’objectif. Il y a ensuite la signification : je fabrique des stylos pour répondre à la demande. Pour se sentir bien, je crois qu’il faut être convaincu que son travail répond à un besoin. Mais une troisième dimension se rajoute : c’est la question des valeurs. Si je fabrique des stylos, mais que je m’en fous des stylos, c’est difficile. Dans notre société où l’on capitalise sur tout (capital travail, sexuel, loisir, affectif…), et où l’on a de plus en plus de possibilités (de métiers, de carrières), il est plus difficile de valoriser la voie que l’on a choisie, et donc de lui accorder de la valeur. On n’est pas dans une société de perte de sens, mais où il y a plein de sens : on manque d’acteurs pour les articuler… C’est à nous de redonner du sens.

Vous philosopher le travail, mais nous avons dans notre société une vision très concrète du travail, n’y a-t-il pas un décalage ?
Je pense que philosophe est un métier d’avenir. Les tâches du « faire » sont vouées, en partie, à disparaître, car ce travail va être remplacé par les machines. Donc le travail sera de plus en plus de penser, anticiper, créer. Quand on apprend un métier, il évolue tellement vite que les expertises sont rapidement dépassées, le fait de penser ne le sera jamais. « La fonction de penser ne se délègue pas », disait Alain…

Comment utiliser la philosophie dans le travail ?
C’est ce que j’essaie de montrer : la philosophie est une méthodologie, c’est être capable de penser, de nuancer, de se contredire. Réfléchir, c’est être capable de se mettre en doute : réfléchir avec soi-même, mais aussi réfléchir dans le sens renvoyer quelque chose à la personne en face. C’est une qualité utile dans le travail. La philosophie est un outil pratique : « il faut agir en homme de pensée et penser en homme d’action » (Bergson).

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Pour aller plus loin : https://lauralange.fr/

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Crédit photo : Pexels.

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