Le temps de trajet entre l'emploi et le domicile pèse sur la santé mentale des salariés.
Le temps de trajet entre l'emploi et le domicile pèse sur la santé mentale des salariés.

Entre les retards, les transports bondés ou encore les embouteillages, les trajets domicile-travail peuvent vite devenir une source de stress. S’il est difficile d’agir sur leur durée, il est parfois possible de changer la façon dont on les vit.

Près de 42 kilomètres. C’est la distance moyenne parcourue chaque jour par les Français pour faire l’aller-retour entre leur domicile et leur lieu de travail, selon une enquête menée par l’Ifop pour l’Institut Terram et l’Alliance pour la santé mentale. D’une durée moyenne de 65 minutes, ce temps de trajet peut avoir de réelles conséquences sur la santé mentale des actifs.

D’après la 10e édition du baromètre Alphabet France et l’Ifop, 29 % des personnes interrogées assurent que ces déplacements quotidiens dégradent leur qualité de vie et leurs conditions de travail. Elles pointent notamment la surfréquentation et les retards dans les transports en commun.

Le temps de trajet comme facteur de stress

Horaires, retards à anticiper, embouteillages, transports bondés ou encore multiplication des correspondances… Globalement, plus le temps de trajet est long et plus le stress augmente. Le trajet devient lui-même une succession de contraintes, avant même le début de la journée de travail. « Il faut se lever plus tôt, respecter des horaires, anticiper les retards, supporter les embouteillages ou la promiscuité, parfois changer plusieurs fois de moyen de transport, gérer les imprévus, avoir peur d’être en retard… », énumère Noémie Le Menn, psychologue du travail.

Pour autant, la durée d’un trajet n’explique pas à seule la manière dont on le vit. Deux personnes peuvent passer 45 minutes dans les transports et le vivre complètement différemment. « Le problème n’est donc pas uniquement la durée du trajet », souligne la psychologue. L’incertitude qui accompagne certains déplacements peut elle aussi peser. « C’est objectif parce qu’il y a de l’imprévisibilité qui est un facteur de stress connu », ajoute-t-elle.

D’après l’enquête menée par l’Ifop pour l’Institut Terram et l’Alliance pour la santé mentale, 67 % des personnes interrogées disent avoir traversé une période de stress intense et 43 % d’entre elles attribuent en partie leur état aux difficultés rencontrées sur la route ou dans les transports.

Rétablir un sentiment de contrôle

Selon la psychologue, le sentiment de perte de contrôle sur son temps constitue également un facteur de stress supplémentaire. D’après une étude d’OpinionWay pour Lime, 75 % des répondants se disent d’ailleurs découragés par les difficultés liées aux transports en commun. Lorsqu’on a l’impression de subir son trajet, les problèmes de transport ou les embouteillages, les marges de manœuvre peuvent sembler limitées. « Avec l’autonomie, elles constituent des dimensions importantes des risques psychosociaux », rappelle Noémie Le Menn.

La psychologue explique que même « une petite possibilité de choisir » peut complètement changer le ressenti et permettre de « reprendre la main sur son temps ». « On peut par exemple prendre un itinéraire différent, marcher ou faire du vélo sur une partie du trajet… Le sentiment de contrôle et d’autonomie sont des antagonistes au stress », assure-t-elle.

Certaines personnes choisissent d’emprunter un mode de transport qu’elles jugent plus agréable. C’est notamment le cas de Lydie, product manager, qui préfère faire une heure de trajet en tram plutôt que 45 minutes en métro. « Je me lève plus tôt pour prendre le tram. J’ai plus de temps de trajet qu’en métro, mais je profite de la lumière naturelle, des places assises et du temps pour lire, ce qui rend le moment moins oppressant », raconte la trentenaire.

D’autres actifs choisissent le vélo. Selon une étude d’OpinionWay, 71% des personnes interrogées estiment que les trajets à vélo leur permettent de reprendre le contrôle sur leur journée. Mais dans les faits, ces ajustements ne sont pas accessibles à tous, notamment lorsque les alternatives sont limitées ou que la fatigue physique prend le dessus.

Sortir des injonctions

Mais concrètement, faut-il profiter de son trajet pour lire, écouter de la musique, travailler ou au contraire ne rien faire ? Il n’y a pas vraiment de règle en la matière, selon la psychologue : « Une personne qui passe deux heures dans les transports tous les jours et rentre épuisée n’a pas forcément besoin qu’on lui explique comment optimiser encore davantage son temps, elle a parfois juste besoin de récupérer. » L’essentiel est de trouver ce qui permet de mieux vivre ce temps de trajet. Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, cela peut aussi passer par le fait de travailler dans les transports.

« Si j’ai mon sentiment de contrôle en travaillant une heure dans le train une fois de temps en temps, c’est ok mais à condition que cela ne devienne pas une heure de travail supplémentaire chaque jour », précise la psychologue du travail. « Il faut distinguer le trajet productif, durant lequel on travaille lorsqu’on en a réellement envie ou besoin, mais surtout pas systématiquement, du trajet de récupération, durant lequel on ne travaille pas », ajoute-t-elle.

Créer un sas de décompression si besoin

Le trajet du retour peut aussi être un sas de décompression et un temps pour soi. D’autant plus qu’après une journée de travail, on ne passe pas instantanément de sa vie professionnelle à sa vie personnelle. « Il existe une transition et le trajet peut être un moyen de fermer symboliquement la journée de travail », indique la spécialiste.

Noémie Le Menn explique qu’il est possible de décomposer son trajet de retour en trois temps : les dix premières minutes pour quitter mentalement le travail, le cœur du trajet où on fait un ce qu’on aime (musique, podcast, lecture, coup de fil…) et, enfin, le retour vers l’environnement personnel sur les dix dernières minutes.

Karim, un acheteur de 34 ans, a changé ses habitudes pour rentrer chez lui plus détendu : « Sur le trajet aller, je regarde un peu mes mails, ça me permet d’arriver en étant un peu moins dans le rush, mais le soir je coupe dès que je quitte le bureau. Le trajet est un peu long, mais j’arrive chez moi moins tendu.»

Faire cette transition évite de rentrer chez soi avec toutes ses préoccupations du bureau. « Si j’embarque toutes mes émotions, que je les mâchouille comme un vieux chewing-gum pendant tout le trajet, quand je vais arriver à la maison, je vais être chauffé », prévient-elle. Chacun peut alors trouver son petit rituel. Le trajet devient alors un moment à part entière. « Ce n’est plus une perte de temps, mais une prise de temps », résume la psychologue. Et rien n’oblige à le remplir : « On peut même rêvasser. C’est d’ailleurs dans cet esprit de vagabondage que peuvent surgir d’excellentes idées. »

A lire aussi : 

–Quand le trajet domicile-travail devient un temps pour soi

–70 % des actifs français manquent de temps au quotidien

 

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