Le meilleur jour pour reprendre le travail après les vacances.
Le meilleur jour pour reprendre le travail après les vacances.

Reprendre un mercredi pour éviter une semaine complète, rentrer au dernier moment pour grappiller encore un peu de vacances… Chacun a sa façon d’aborder la reprise. Mais pour le psychosociologue Philippe Zawieja, le jour choisi compte finalement moins que le temps que l’on se laisse pour retrouver son rythme.

Près de trois Français sur quatre prévoyaient de partir en vacances entre juin et septembre cette année, selon le baromètre Ipsos Bva pour Europ Assistance. Et au moment de reprendre le travail, deux écoles s’affrontent généralement : ceux qui reprennent le lundi et ceux qui préfèrent attendre le mercredi ou le jeudi pour s’offrir une première semaine plus courte.

Pour le psychosociologue et chercheur Philippe Zawieja, le vrai sujet est ailleurs. Plus que le jour choisi, c’est le délai entre le retour de vacances et la reprise qui compte. Le spécialiste de la santé au travail invite aussi à revoir ce que l’on attend des vacances. Selon lui, elles permettent surtout de souffler après des mois de travail, pas forcément de revenir « batteries rechargées » pour toute l’année.

Le jour idéal pour reprendre le travail n’existe pas

Pour Philippe Zawieja, inutile de chercher le jour idéal. « Ce qui peut avoir une incidence, c’est le délai qui sépare le retour des vacances et le jour où on reprend », explique-t-il. L’enjeu se joue donc davantage dans le temps que l’on s’accorde entre les deux.

Le lundi souffre tout de même d’une mauvaise réputation. « Depuis que nous sommes enfants, le lundi c’est un peu cette journée maudite où il faut reprendre des activités contraintes », souligne Philippe Zawieja. Une représentation qui peut provoquer un « mouvement de recul un peu régressif » et donner envie de gagner quelques jours supplémentaires avant de retourner travailler. Une forme « d’infantilisation de soi-même » ajoute-t-il.

D’où la tentation de reprendre le travail en milieu de semaine pour certains. La première semaine ne dure alors que deux ou trois jours et le week-end arrive presque aussitôt. Mais pour Philippe Zawieja, cette stratégie peut aussi avoir un effet pervers. « Vous allez avoir une semaine de deux jours et, en fait, votre vraie reprise, ce sera le lundi d’après », pointe-t-il. Il y voit une forme de « procrastination », une façon de dire « je n’ai pas envie » et de repousser la vraie reprise.

Pourquoi laisser 24 à 48 heures avant de reprendre le travail ?

Plus que le jour de la reprise, c’est donc le moment où l’on rentre de vacances qui compte vraiment. Philippe Zawieja recommande, dans la mesure du possible, de garder un temps de battement avant de retrouver le travail : « Je conseille très fortement, avec l’appui de la littérature scientifique, de se laisser un délai de reprise du rythme professionnel après la période un peu hors du temps qu’on a expérimentée pendant les vacances. » Dans l’idéal, il recommande de rentrer entre « 24 à 48 heures » avant de reprendre le travail.

Reprendre un lundi n’est donc pas forcément une mauvaise option. À condition, par exemple, d’être rentré vendredi et de garder son samedi et son dimanche pour retrouver son quotidien. À l’inverse, rentrer tard le dimanche soir pour reprendre lundi matin ne laisse quasiment aucun temps de transition.

Le temps nécessaire pour atterrir peut aussi varier selon les vacances que l’on vient de vivre. Philippe Zawieja estime que la durée de la coupure et le degré de déconnexion peuvent jouer. « Pas seulement électronique, mais de déconnexion par rapport aux préoccupations professionnelles », explique-t-il, en précisant qu’il ne dispose toutefois pas de données scientifiques pour étayer son propos.

Tout le monde n’a évidemment pas la même marge de manœuvre. Avec des enfants, la rentrée scolaire impose aussi des restrictions. Il faut leur laisser le temps de retrouver des horaires de coucher et de lever adaptés au rythme de l’école, rappelle Philippe Zawieja. « Il y a une responsabilité des adultes », ajoute-t-il.

Les vacances ne servent pas à « recharger les batteries »

Reprendre le chemin du travail en étant fatigué ne signifie pas forcément qu’on a raté ses congés et sa reprise. En effet, Philippe Zawieja invite à déconstruire l’idée selon laquelle quelques semaines de congés devraient permettre de faire le plein d’énergie pour les mois suivants.

« Il faut arrêter de penser que les vacances servent à recharger les batteries pour l’année qui vient ou jusqu’aux prochaines vacances », tranche-t-il. Selon lui, elles permettent surtout de souffler après la fatigue et les tensions accumulées. Leurs effets ne seraient d’ailleurs pas très longs : « Honnêtement, je pense que les vacances n’ont de bénéfices qu’à tout casser pendant une semaine. »

Selon lui, ces dernières agissent plutôt comme « une espèce d’exutoire qu’un sas de reconstitution de l’énergie ». D’autant que certaines vacances ne sont pas tout à fait reposantes. Trekking, sorties, fêtes, visites à répétition… « C’est précisément le cas des gens qui ont eu des vacances intenses et qui, du coup, culpabilisent d’être crevés à la fin des vacances parce qu’ils en ont profité à fond », relève Philippe Zawieja.

Reprise du travail : pas besoin d’être à 100 % dès la première heure

Cette pression se retrouve aussi au moment de reprendre. Faut-il forcément être en pleine forme dès le premier matin ? Là encore, Philippe Zawieja répond non. « C’est une exigence qui est née de la pression sociale », estime-t-il, en évoquant cette attente d’être « à 100 % d’efficacité, voire davantage » dès « la première heure » de la reprise.

Pour Philippe Zawieja, les vacances restent avant tout du temps personnel. « Je fais ce que je veux de mon temps. C’est mon temps, il est à moi, il n’appartient pas à mon employeur. » Pour autant, cela ne dispense évidemment pas de reprendre ses responsabilités à son retour : « La seule chose qui importe, c’est que j’assume la responsabilité de ce que j’ai fait pendant mes vacances et que, au moment où je reviens au travail, je sois à peu près opérationnel pour moi, pour mon employeur et pour mes collègues. »

Plutôt que de prévoir une journée de reprise chargée, Philippe Zawieja conseille d’anticiper son retour avant même de partir, en évitant si possible de remplir son agenda dès les premières heures. « Cela invite à organiser avant son départ en vacances un sas de souplesse, d’atterrissage en douceur », explique-t-il. L’idée est de se laisser le temps de parcourir ses mails, de lire les documents reçus pendant son absence et de reprendre le fil avant de repartir.

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