
Décrocher une promotion, réussir un projet, obtenir une reconnaissance professionnelle… Et si ces bonnes nouvelles pouvaient aussi réveiller le syndrome de l’imposteur ? Dans notre podcast Good Job, Émilie Berthet, autrice de Stop, je prends ma vraie place au travail (Leduc), décrypte ce sentiment qui peut freiner nos ambitions et peser sur notre bien-être au travail.
Et si je n’étais pas à la hauteur ? Si quelqu’un d’autre méritait davantage ce poste ? Si mes réussites étaient finalement dues à la chance ? Ces questions, parfois envahissantes, peuvent surgir même lorsque tout semble aller pour le mieux dans notre vie professionnelle.
Émilie Berthet en a elle-même fait l’expérience. En 2025, lorsqu’elle apprend qu’elle figure dans un classement Forbes, sa première réaction n’est pas seulement la fierté. Elle se souvient s’être dit : “Ils ont dû se tromper.”
Un paradoxe qui illustre parfaitement le syndrome de l’imposteur. Pour l’autrice, il existe “une dissonance entre ce qui est factuel” et ce que l’on ressent. Autrement dit, les diplômes, les compétences, les réalisations ou les marques de reconnaissance ne suffisent pas toujours à nous convaincre de notre propre légitimité.
Quand le doute devient un frein professionnel
Douter de soi n’est pourtant pas nécessairement négatif. “Le doute, effectivement, peut être très constructif”, souligne Émilie Berthet. Il peut pousser à se préparer, à apprendre ou à progresser.
Mais le syndrome de l’imposteur va plus loin. Lorsqu’il s’installe, il peut empêcher d’oser, conduire à renoncer à certaines opportunités ou rendre difficile l’acceptation de ses propres réussites. Avec, à la clé, un risque d’angoisse et de mal-être au travail.
Le problème n’est donc pas simplement de manquer de confiance en soi. C’est aussi de laisser ce sentiment dicter ses choix professionnels et limiter ses ambitions.
Faut-il vraiment être à la hauteur dès le premier jour ?
Prendre un nouveau poste, accepter davantage de responsabilités, se lancer dans un projet inédit : ces situations nous confrontent inévitablement à l’inconnu. Et pourtant, nous nous accordons rarement le droit de tâtonner. “On a toujours un peu cette exigence d’être déjà au top quand on commence quelque chose”, observe Émilie Berthet.
Et si prendre sa place au travail ne signifiait pas devoir constamment prouver sa valeur ? Dans son livre, l’autrice propose une notion intéressante : passer du syndrome de l’imposteur au « droit à la posture ». Une autre manière d’envisager sa légitimité, qui laisse aussi de la place à l’apprentissage et à la vulnérabilité.
Le management peut-il renforcer le syndrome de l’imposteur ?
Autre enjeu essentiel : le syndrome de l’imposteur n’est pas seulement une affaire individuelle. Pour Émilie Berthet, le phénomène est “à la fois individuel, systémique, sociétal”. La culture d’entreprise, le regard des autres et les pratiques managériales peuvent donc contribuer à l’entretenir ou, au contraire, à l’atténuer.
Quelle place les managers laissent-ils au doute, à l’erreur ou à la vulnérabilité ? Comment reconnaître les compétences sans entretenir une pression permanente à la performance ? Et comment aider un collaborateur à se sentir légitime sans lui demander de faire sans cesse ses preuves ? Autant de questions qui méritent d’être posées.
Comment sortir du syndrome de l’imposteur ?
Bonne nouvelle : il est possible d’agir sur ce sentiment d’illégitimité. Encore faut-il comprendre ce qui l’alimente. Pour Émilie Berthet, une première étape consiste à prendre du recul et à distinguer les faits de nos ressentis. Quelles sont nos compétences réelles ? Qu’avons-nous accompli ? Quels éléments objectifs justifient notre place ? Et, à l’inverse, quelles craintes reposent davantage sur notre perception de nous-mêmes que sur la réalité ?
Autre piste : oser parler de ses doutes. Car le syndrome de l’imposteur se nourrit aussi de ce que l’on garde pour soi. Solliciter une personne de confiance, capable de porter un regard extérieur et sincère sur notre parcours, peut aider à relativiser. “La parole, c’est quelque chose de très libérateur”, souligne l’autrice. Elle-même raconte combien les échanges avec son entourage l’ont aidée à dépasser son sentiment d’illégitimité.
Enfin, plutôt que de chercher à faire disparaître tous ses doutes d’un coup, Émilie Berthet recommande d’avancer progressivement. Son conseil ? Identifier précisément ce que le syndrome de l’imposteur nous empêche de faire. Postuler à un poste ? Demander une augmentation ? Accepter de nouvelles responsabilités ? Puis se poser une question : “quel premier pas je peux aller faire vers ce changement”. L’objectif n’est donc pas de devenir subitement sûr de soi en toutes circonstances, mais de ne plus laisser ce sentiment décider à notre place.
Dans cet épisode de Good Job, Émilie Berthet approfondit ces questions, partage son expérience personnelle et propose des pistes pour oser prendre sa vraie place au travail.
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Crédit photo : Shutterstock.























