
Après plusieurs semaines de congés, la reprise peut parfois avoir un goût amer. Retour au travail, horaires, transports, obligations du quotidien… Toutes les contraintes de la vie active reviennent d’un coup. Mais d’où vient ce blues de la rentrée et à quel moment doit-il vous alerter ?
Une rentrée nuancée. Près de sept Français sur dix déclarent aller bien personnellement en cette période de reprise, selon une étude Elabe publiée fin août. Pourtant, le retour de vacances ne rime pas forcément avec regain d’énergie. Selon une étude Ifop pour Famtastique.com, 54 % des Français partis en vacances ne se sentent pas plus reposés à leur retour. Le contexte général est lui aussi loin d’être au beau fixe. D’après l’étude Elabe, 89 % des Français estiment que la France va mal et 63 % disent ressentir de l’inquiétude face à la situation du pays.
Dans ce contexte, le retour au travail et au train-train quotidien peut provoquer ce qu’on appelle communément le « blues de la rentrée ». Pour My Happy Job, Jean-Christophe Villette, psychologue du travail et des organisations et directeur général d’Ekilibre Conseil, en décrypte les mécanismes.
Blues de la rentrée : quand toutes les contraintes reviennent d’un coup
Contrairement aux idées reçues, le travail n’est pas le seul responsable de ce blues. Pour Jean-Christophe Villette, le passage des vacances à la rentrée marque surtout le retour brutal de toutes les contraintes du quotidien qu’on avait laissées de côté pendant quelques semaines. « Durant les vacances, la plupart des personnes vont modifier leur rapport au temps et leur rapport aux contraintes », explique-t-il.
On passe d’une période de liberté et d’autonomie, où on gère nos journées à peu près comme on le souhaite, à un retour aux contraintes qui composent une vie active. « Les personnes retrouvent simultanément le travail, les transports, des horaires sur lesquels ils ont peu de marge de manœuvre, les contraintes familiales, les sollicitations numériques et les obligations diverses et variées », énumère le psychologue.
Cette difficulté vient généralement de la rupture entre les deux rythmes. Jean-Christophe Villette parle du « coût psychologique d’une transition », entre une période « largement choisie » et la reprise d’un rythme « beaucoup plus contraint ». Évidemment, tous les travailleurs ne sont pas égaux face à cette reprise. La gestion de la vie de famille, la présence des enfants ou encore le rôle d’aidant ajoutent des contraintes supplémentaires.
Quand le blues de la rentrée révèle un malaise au travail
Si ce coup de blues n’a rien d’alarmant en soi, le retour au travail peut parfois faire remonter des interrogations plus profondes. Après plusieurs semaines de congés, le contraste avec le quotidien professionnel peut pousser à se questionner sur sa place au travail. « Derrière la difficulté à reprendre apparaissent aussi d’autres interrogations qui peuvent être plus profondes. À quoi sert ce que je fais ? Est-ce que je suis fier de mon travail ? Est-ce que j’apprends encore ? Suis-je suffisamment reconnu ? », énumère Jean-Christophe Villette.
La coupure peut favoriser cette prise de recul. En retrouvant davantage de maîtrise de son temps, on peut aussi prendre conscience de ce qui nous manque le reste de l’année. « Est-ce que mon travail est compatible avec la manière dont je souhaite vivre ? », interroge le psychologue. Pour autant, une reprise compliquée ne signifie pas qu’il faut immédiatement remettre en cause son travail. L’enjeu est donc d’identifier ce qu’ils disent de son quotidien et de ce qu’on aimerait potentiellement y changer.
« L’idée, ce n’est pas de supprimer le blues de la rentrée, mais de faire en sorte que le retour au travail ne signifie pas forcément le retour à une vie dans laquelle on attendrait les prochaines grandes vacances pour se ressentir pleinement vivant », résume-t-il.
Quels signes doivent vous alerter ?
Chez la plupart des personnes, le blues de la rentrée s’estompe au bout de quelques jours, puisqu’il s’agit d’une « émotion inconfortable » causée par la transition. En revanche, « cette difficulté devient une information lorsqu’elle s’intensifie, lorsqu’elle devient répétitive et qu’elle s’inscrit dans le temps », explique le psychologue du travail.
Certains symptômes doivent également attirer l’attention lorsqu’ils persistent. Jean-Christophe Villette cite notamment « des troubles du sommeil importants, de l’anxiété, de l’épuisement », mais aussi des manifestations somatiques ou encore « une perte d’envie et d’intérêt pour son travail ». Le spécialiste distingue cet épuisement du simple fait de se sentir fatigué pendant les premiers jours de reprise. Le signal devient plus préoccupant lorsqu’on ne parvient pas à récupérer.
Dans ce cas, chercher à retrouver sa motivation risque de ne pas suffire car « la question est plus profonde », estime-t-il. Les conditions de travail, l’activité elle-même mais aussi l’équilibre la vie professionnelle et personnelles doivent être interrogés, selon lui. Et, si le mal-être s’installe et s’intensifie, le psychologue recommande de demander du soutien et de l’aide pour comprendre la situation.
Comment mieux vivre le retour au travail après les vacances ?
Si, comme d’autres, vous traversez en ce moment un blues de la rentrée, le psychologue conseille d’abord d’accepter cette période d’adaptation, plutôt que de chercher à la faire disparaître immédiatement. « En psychologie, quand on vit des émotions inconfortables, le premier réflexe, ce n’est pas de chercher à les médicaliser, mais de les accepter tout en observant si elles s’installent dans le temps », explique-t-il.
Mieux vaut également éviter de reprendre à plein régime du jour au lendemain. Le psychologue explique que « plus la transition est brutale, plus la reprise risque d’être difficile et le choc physiologique individuel amplifié. » Le psychologue recommande aussi de se fixer des objectifs, aussi bien professionnels que personnels, et de « remettre du désirable dans son agenda ».
Et si les réponses sont difficiles à trouver, un accompagnement peut aussi être envisagé. L’objectif, selon Jean-Christophe Villette, est alors de parvenir à construire « un équilibre choisi plutôt que subi ».
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