
Pourquoi sommes-nous si fatigués au travail ? Les mécanismes d’une fatigue souvent invisible. On parle beaucoup de stress au travail. Beaucoup moins de fatigue. Et pourtant…
« Je suis fatigué… mais je ne comprends pas pourquoi. » C’est une phrase que j’entends presque chaque semaine dans mon cabinet de coaching. Elle est prononcée aussi bien par un manager que par une assistante, un technicien, un enseignant, un cadre ou un dirigeant. Et presque toujours, la même phrase suit immédiatement : « Pourtant, je ne travaille pas plus qu’avant. »
Cette remarque est intéressante. Elle traduit une croyance encore très présente : nous pensons que la fatigue est uniquement liée à la quantité de travail. Or, les recherches en santé au travail montrent que notre niveau d’épuisement dépend d’une multitude de facteurs, souvent invisibles. Aujourd’hui, beaucoup de salariés rentrent chez eux sans avoir porté de charges lourdes, sans avoir couru toute la journée… et pourtant avec la sensation d’être « vidés ».
La fatigue ne se résume pas à un manque de sommeil
Dormir est indispensable. Mais ce n’est pas toujours suffisant. La fatigue que nous ressentons est souvent le résultat d’une accumulation de sollicitations physiques, mentales et émotionnelles. L’Organisation mondiale de la Santé rappelle que notre santé est un état de bien-être physique, mental et social. Ces dimensions sont intimement liées. Lorsque l’une est fragilisée, les autres finissent souvent par l’être également. Au travail, nous mobilisons en permanence notre attention, notre mémoire, notre capacité d’adaptation, notre concentration, nos émotions et nos interactions sociales. Autrement dit, même si notre corps bouge peu, notre cerveau, lui, travaille sans relâche.
Une fatigue devenue « normale »… mais qui ne l’est pas
Selon plusieurs enquêtes de la DARES et de l’ANACT, une majorité de salariés déclarent devoir gérer plusieurs tâches simultanément, interrompre régulièrement leur travail ou s’adapter à des changements fréquents. Notre cerveau adore se concentrer sur une seule tâche. Notre environnement professionnel lui demande exactement l’inverse. Notifications, mails, téléphone, messagerie instantanée, réunions, sollicitations permanentes : chaque interruption paraît anodine. Pourtant, les neurosciences montrent qu’après une interruption, le cerveau met parfois plusieurs minutes avant de retrouver son niveau initial de concentration. À la fin de la journée, ce ne sont pas forcément les tâches elles-mêmes qui nous épuisent… mais le nombre de fois où nous avons dû changer de cap.
La fatigue émotionnelle : celle dont on parle le moins
Il existe une autre fatigue, beaucoup plus discrète : celle liée aux émotions. Gérer un client mécontent, accompagner un collaborateur en difficulté, rester calme dans un conflit, faire bonne figure alors que l’on traverse soi-même une période compliquée, prendre des décisions difficiles… Toutes ces situations mobilisent énormément d’énergie. Les professionnels de santé parlent parfois de charge émotionnelle. Elle ne se voit pas, elle ne se mesure pas, mais elle épuise profondément. J’accompagne régulièrement des managers qui me disent : « Je ne suis pas fatigué par mon travail. Je suis fatigué de devoir porter les difficultés de tout le monde. » Cette phrase résume à elle seule une réalité que vivent de nombreux professionnels.
Le corps, lui, ne fait pas la différence
Face à une pression durable, notre organisme sécrète notamment du cortisol, l’hormone du stress. À court terme, cette réaction est utile : elle nous permet de nous adapter. Mais lorsque cette activation devient permanente, notre organisme peine à récupérer. Les conséquences peuvent être nombreuses : troubles du sommeil, tensions musculaires, baisse de la concentration, irritabilité, sensation de fatigue dès le réveil, diminution de la motivation. Notre corps ne nous « lâche » pas. Il tente simplement de nous protéger.
Et si le problème venait aussi de notre manière de récupérer ?
Nous savons tous travailler. En revanche, peu d’entre nous ont appris à récupérer. Or récupérer ne signifie pas uniquement dormir davantage. C’est permettre au système nerveux de revenir à un état d’équilibre. Quelques minutes de respiration consciente, une vraie pause loin des écrans, une marche de dix minutes, quelques étirements, un déjeuner sans téléphone, une conversation agréable : toutes ces micro-récupérations permettent au cerveau et au corps de souffler avant d’arriver à saturation. L’INRS rappelle d’ailleurs que l’alternance entre périodes de travail et périodes de récupération constitue un facteur essentiel de prévention des risques professionnels.
Mon regard de coach
Pendant longtemps, j’ai cru qu’il fallait attendre les vacances pour récupérer. Aujourd’hui, je pense exactement l’inverse. Les vacances réparent. Les micro-pauses quotidiennes préviennent. Notre corps ne nous demande pas de ralentir tout le temps. Il nous demande simplement de ne pas rester trop longtemps en apnée.
La vraie question n’est peut-être pas : « Pourquoi suis-je si fatigué ? » Mais plutôt : « Qu’est-ce qui, aujourd’hui, nourrit mon énergie… et qu’est-ce qui la vide ? »
Une invitation pour cette semaine
Je vous propose une expérience très simple. Pendant cinq jours, prenez une minute en fin de journée pour répondre à ces trois questions :
- Sur une échelle de 1 à 10, quel est mon niveau d’énergie ?
- Qu’est-ce qui m’a le plus nourri aujourd’hui ?
- Qu’est-ce qui m’a le plus fatigué ?
Vous serez peut-être surpris de constater que votre fatigue ne dépend pas uniquement de la quantité de travail accomplie, mais aussi de la qualité de votre journée. Parce qu’être bien dans son job commence aussi par apprendre à écouter les messages de son corps… avant que celui-ci ne décide de parler plus fort.
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