Alors que les anciens se sacrifiaient au travail, les jeunes veulent concilier activité enrichissante et vie perso épanouie. En voilà un cliché largement répandu. Comment démêler le vrai du faux ? La recherche du « bien-être au travail » est-elle vraiment si récente ? En existe-t-il une définition générationnelle ? Ou le concept dépend-il plutôt d’une évolution de contexte ?

« Il n’y a pas besoin d’être un trentenaire pour considérer que les process tuent l’envie d’aller au travail, par contre les jeunes le disent peut-être plus facilement », tranche d’emblée le sociologue du travail Pascal Ughetto. Pas question d’opposer les jeunes et les vieux, ou Millenials et Seniors : la question du bien-être au travail, ne peut pas se résumer à une attente de génération.

« Définir la notion même de bien-être n’est pas évidente. Elle s’est imposée ces dernières années après une phase de vocabulaire négatif -RPS, suicide, souffrance au travail. Le “bien-être ” a permis aux entreprises de reprendre la main sur une actualité qu’elles ont subie depuis les années 90-2000 », explique le sociologue.

Dans un deuxième temps, le vocable s’impose aussi comme une demande des salariés, influencés notamment par le conditions accordées aux développeurs ou programmateurs de la Silicon Valley. « Il faut que le travail devienne plus ludique », résume Pascal Ughetto.

Dans les années 60, le bien-être comme lutte collective

« Mais les jeunes ne sont pas dupes, ils trouvent que travailler dans une entreprise avec des croissants et des baby-foot est plus sympa que travailler dans une entreprise où il n’y en a pas, mais ils ne resteront pas pour ça : ils ont un rapport pragmatique, individuel et stratégique du bien-être au travail », met en garde Danièle Linhart, elle aussi sociologue spécialisée sur les questions de travail. Elle revient sur la question générationnelle : « pendant les Trente glorieuses le bien-être était une lutte collective, c’est-à-dire diminuer les cadences, la lourdeur hiérarchique, les horaires… Aujourd’hui, il n’y a plus ces enjeux politiques et le bien-être est plus personnel : chacun se débrouille dans le monde du travail, dans le salariat ou en dehors, pour trouver les conditions qui lui correspondent », explicite-elle.

« Ils veulent le beurre et l’argent du beurre et ils ont raison ! »

Un constat que partage Alain D’Iribarne. L’ancien directeur de recherche au CNRS note que les générations d’avant acceptaient beaucoup plus que les jeunes ne le font aujourd’hui. « Il y avait une sorte de plus faible hédonisme. Mais les parents ont rêvé d’un monde meilleur en Mai 68  et les enfants d’aujourd’hui disent “On le veut !”, c’est-à-dire un monde qui ne commence pas et qui ne finit pas par le travail. » Les hommes, les pères, les femmes, les mères, se sentent tous concernés et veulent trouver une « Work-Life Harmony ». « Il peut y avoir une tension parce que les plus âgés, qui sont souvent les cadres, ont du mal à comprendre cet hédonisme. Ils trouvent que les jeunes demandent le beurre, l’argent du beurre, le crémier et la crémière, alors qu’ils devraient choisir comme eux ont eu à le faire. Mais il existe aussi une autre réaction de certains : se dire “ils ont raison, pourquoi pas nous ?” Dans ce cas, il se produit un effet de levier sur la génération d’au-dessus », constate Alain D’Iribarne.

Millenials et Seniors viennent alors ensemble perturber l’ordre établi. « Ils demandent une qualité de vie et de bien-être au travail alors même que les conditions de travail, de logements, de transports et les ressources se sont durcies », rappelle-t-il. « Le rapport au monde, au travail, au collectif a changé », complète aussi Pascal Ughetto. « Mais les jeunes d’aujourd’hui sont comme ceux de la fin des années 60 : ils ne veulent pas avoir à faire tous les compromis ! ». Un constat qu’il remarque dans les entreprises, mais aussi en dehors. « Les nouveaux médecins libéraux ne veulent plus, par exemple, s’imposer les contraintes du milieu rural, comme c’était pourtant admis naturellement chez les plus anciens ».

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