Le problème n’est pas de se remettre en question. C’est même souvent une qualité. Le piège est de se remettre en cause : transformer chaque difficulté en preuve que l’on n’est “pas à la hauteur”. À force, cela empêche de reconnaître ses forces autant que ses axes de progression.

« Je ne me sens pas à la hauteur », « J’ai peur qu’on découvre que je ne suis pas aussi compétent qu’on le croit », « Les autres feraient sûrement mieux que moi ».

Ces pensées sont bien plus fréquentes qu’on ne l’imagine. Et contrairement aux idées reçues, elles touchent souvent des personnes investies, exigeantes… parfois même très performantes. Le problème n’est pas toujours un manque de compétences. C’est souvent une manière de se raconter sa place, qui finit par épuiser.

Quand le mental brouille la réalité

Le syndrome de l’imposteur fonctionne comme un filtre déformant. Les faits existent pourtant : une promotion, des résultats, des responsabilités confiées, des feedbacks positifs. Mais le mental trie l’information de manière déséquilibrée. Il minimise les réussites, grossit les erreurs, compare en permanence. Plus la personne doute, plus elle nourrit ce cercle vicieux de remise en question. À force, ce récit intérieur devient épuisant cognitivement et émotionnellement. Or, se sentir illégitime ne signifie pas qu’on l’est. Une pensée n’est pas forcément une vérité.

Derrière le doute, des qualités… parfois poussées à l’extrême

Vouloir supprimer totalement cette petite voix est souvent une fausse piste. Car derrière les ruminations, il y a aussi des qualités : le souci de bien faire, la capacité d’anticipation, le sens des responsabilités, une forte conscience professionnelle.

Le problème apparaît lorsque cette exigence devient tyrannique. Quand l’attention se focalise uniquement sur ce qui manque, jamais sur ce qui est déjà là. Quand le cerveau devient un “panier percé” qui ne retient plus les réussites, mais uniquement les signaux de danger, de critique ou d’insuffisance. À force, le regard porté sur soi devient profondément déséquilibré. Ceux qui paraissent sûrs d’eux doutent aussi. La différence, c’est qu’ils ne laissent pas ce doute tenir seul le volant.

Sortir de la comparaison permanente

Le syndrome de l’imposteur se nourrit beaucoup de la comparaison. Un ancien manager plus expérimenté, un collègue plus à l’aise à l’oral, quelqu’un qui semble plus sûr de lui… et immédiatement le sentiment de ne pas faire le poids apparaît.

Pourtant, la compétence se construit dans le temps. Personne n’arrive dans un rôle en maîtrisant tout immédiatement. Chacun développe progressivement sa manière d’habiter sa fonction, avec ses forces, son style, son expérience. L’enjeu n’est donc pas de devenir une copie des autres, mais de construire progressivement sa propre posture.

Revenir aux faits pour reprendre de la marge de manœuvre

La première étape consiste souvent à stopper le pilote automatique mental. Quand cette petite voix revient, il peut être utile de prendre quelques secondes pour se recentrer :

· Qu’est-ce qui s’est réellement passé ? Quels sont les faits ?
· Qu’est-ce qui dépend de moi ?
· Qu’est-ce que cette situation dit objectivement… et qu’est-ce que mon mental ajoute ?

Certaines personnes trouvent utile de tenir un carnet de réussites factuelles, pour réhabituer leur cerveau à voir ce qui fonctionne. Non pour flatter l’ego, mais pour rééquilibrer le regard.

Et si le vrai enjeu était aussi de se foutre un peu la paix ?

Au-delà du mental, il y a aussi le corps et l’énergie. Car la rumination épuise le système nerveux. Plus la fatigue augmente, plus les pensées négatives prennent de la place.

Revenir au concret aide souvent à desserrer l’étau : marcher, bricoler, cuisiner, lire, créer, se reconnecter à ses sensations plutôt qu’à ses scénarios mentaux. Et, ne pas rester seul avec ses pensées. Partager ses doutes avec un pair, un mentor, un manager, un coach ou un thérapeute permet souvent de remettre du réel là où le mental avait construit une histoire beaucoup plus dure que la réalité.

Le syndrome de l’imposteur ne disparaît pas toujours totalement. Mais avec le temps, une autre voix peut émerger : une voix plus juste, capable de reconnaître les fragilités… sans oublier les forces.

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