Emery Jacquillat : « Pour engager ses salariés, l’entreprise doit avant tout redonner du sens »

EJ camif

Le « plan d’action pour la croissance et la transformation de l’entreprise » (projet Pacte) relance le débat sur l’impact sociétal de l’entreprise. Mais certaines organisations n’ont pas attendu ces dernières initiatives politiques pour innover en matière de RSE et de qualité de vie au travail. C’est le cas de Camif Matelsom, spécialiste de l’équipement de la maison sur Internet. Une « entreprise à mission  » pionnière en France.  Leader passionné et créatif, Emery Jacquillat, son PDG depuis 2008, nous explique comment il a co-construit son projet avec les salariés et nous donne sa vision du bien-être au travail. Une interview enthousiasmante qui inaugure notre série “Happy Leader”.

Travailler au sein d’une entreprise à mission, qu’est-ce que cela veut dire pour un salarié de la Camif ?
Nous ne sommes pas devenus une entreprise à Objet Social Étendu (OSE) tout de suite.  En reprenant la Camif à Niort fin 2008, je ressentais la difficulté des différentes parties prenantes (clients, fournisseurs, salariés, territoire) à rebondir et à croire à un nouveau projet. La solution pour relancer l’engagement a été d’inventer un nouveau modèle d’entreprise.  Nous avons d’abord pris le temps de comprendre cet écosystème. Ensuite, avec les parties prenantes, justement, nous avons redéfini la mission de la Camif : proposer des produits et services pour la maison au bénéfice de l’Homme et de la planète qui réinventent de nouveaux modèles de consommation locale et responsable. Cela est inscrit dans les statuts de la société. Et c’est très engageant car cela implique que toute l’organisation – production, logistique, distribution, marketing… – doit  favoriser la production locale, respecter l’environnement et les Hommes ou encore promouvoir une consommation plus responsable. Il y a également la fierté de co-construire l’aventure Camif qui incarne un nouveau modèle conciliant performance économique et création de valeur pour la société.

Quels ont été les challenges humains lors de la reprise de la Camif ?
Au départ, avec le rachat de la Camif par Matelsom, il y a eu un vrai besoin de créer du lien entre les salariés issus de la start-up Matelsom, structure plate, et les personnes de la Camif, structure plutôt pyramidale. Il fallait vraiment retrouver du plaisir à travailler dans un moment agité entre le plan de relance de la CAMIF et le déménagement du siège social. Je n’ai pas opté pour un cabinet de conseil… mais j’ai proposé une expérience différente aux équipes. J’ai fait venir l’artiste contemporaine Anne-Laure Maison pendant 3 mois au sein de notre vie d’entreprise. Pour symboliser le manque de communication, elle a créé une « carte réseau » fictive réalisée à même le sol avec des bandes adhésives roses qui reliaient les différents bureaux. Cette action a été si symbolique et évocatrice pour les différentes fonctions que l’on a observé des changements positifs rapidement. D’ailleurs, ces bandes sont toujours là, comme un rappel des valeurs fondamentales !

Quelle est votre vision du bien-être au travail ? Pouvez-vous nous donner des exemples concrets  qui l’incarneraient ?
Quelque soit l’entreprise, le bien-être au travail s’articule pour moi autour de trois fondamentaux. Le sens car chaque individu a besoin de s’investir dans un projet dans lequel il croit. Cela permet aux salariés de se projeter individuellement dans la trajectoire de l’entreprise. Le Tour du Made in France – chaque année, clients et collabor’acteurs de la Camif sillonnent la France à la rencontre de fabricants – est un véritable levier d’engagement :  sur le terrain, les salariés représentent la démarche de l’entreprise. Ensuite, le plaisir d’apprendre : innover et se sentir progresser tout au long de la vie sont de vrais leviers de la confiance en soi. Et il n’y a pas d’âge pour cela, j’encourage la créativité et les projets internes avec notamment l’initiative de la Camif Édition :  réunir les collaborateurs autour d’un projet à impact positif afin de de co-créer des produits locaux et écologiques…Cela me conduit à mon dernier point, le collectif : on travaille mieux dans la convivialité et la confiance. Pour cela, je favorise la collaboration en gommant les silos pour tendre vers plus de transversalité et d’agilité.

Justement, d’un point de vue organisationnel et managérial, deux autres leviers clés de la qualité de vie travail, où en est la Camif ?
Je ne suis aucun modèle même si notre manière de fonctionner reprend certains aspects de l’entreprise libérée. De part notre statut d’entreprise à mission et notre histoire, nous évoluons depuis 2008 vers davantage d’autonomie et de transparence.

L’autonomie se traduit par la responsabilisation des collaborateurs. Mon rôle, après avoir partagé une vision claire, est d’abandonner le pouvoir et de créer un cadre bienveillant pour qu’ils s’en emparent. Concrètement, depuis 2015, nous avons un budget collaboratif intégralement co-construit avec les salariés. Neuf collaborateurs, élus démocratiquement, sont formés aux règles budgétaires. Avec les différentes fonctions de l’entreprise, ils conçoivent une proposition de budget pour l’année. Résultats : les salariés ont une meilleure compréhension des enjeux de l’entreprise. En associant des métiers, des expériences et des visions différentes au cœur du processus décisionnel, cela mène à des arbitrages plus pertinents.

La transparence est le socle de l’entreprise durable : il faut partager et écouter. C’est pourquoi, depuis 2013, nous avons mis en place un reporting collaboratif mensuel partagé au sein des équipes. Chaque année, des ateliers collaboratifs sont organisés avec les salariés afin qu’ils contribuent à la stratégie de l’entreprise. Afin de pouvoir remonter les signaux faibles et traiter les points terrain importants, nous n’avons pas de comité de direction… mais un « polygone » avec les responsables de services. Nous nous réunissons chaque lundi :  l’animateur change chaque semaine et est libre de choisir l’ordre du jour.

Et vous, en tant que dirigeant, comment managez-vous votre propre équilibre de vies pro/perso ?
Je suis motivé par ce projet et par le fait de me laisser constamment surprendre par les autres ! Mais pour rester enthousiaste et garder un haut niveau d’énergie, il est essentiel de maintenir mon équilibre. Mes fondamentaux :  je dors suffisamment, je me ressource en famille avec ma femme qui est à mes côtés dans l’aventure Camif et mes enfants. Puis, il y a le sport, bien sûr : je fais de la piscine pour me détendre !

Quelles sont les personnes qui vous inspirent ?
J’aime l’audace folle d’Elon Musk car il réinvente le monde dans lequel nous vivons et, pour nous transformer collectivement, nous avons besoin d’entrepreneurs comme lui. Puis une personne avec qui je travaille sur les sujets de la RSE : Pascal Demurger, PDG de la Maif. Il a osé lancer un projet de libéralisation d’une entreprise de plus 7000 personnes en s’appuyant sur le management par la confiance. Il a su le faire dans le plus grand respect de la culture de l’entreprise et l’intégrer à la stratégie globale de l’entreprise. C’est essentiel quand on engage une telle transformation.

Pour ne rater aucune actualité en matière de qualité de vie au travail, inscrivez-vous à la newsletter de My Happy Job et découvrez notre annuaire du bien-être au travail.

A lire aussi :
– « Ici, on peut travailler à l’air libre et même pieds nus, mais surtout, on gère son travail en totale autonomie »
– Black Friday : les salariés de la Camif.fr passent leur journée dans des associations
– Jean-Louis Brissaud : « Il est logique de partager la réussite d’une entreprise avec ses salariés »

Étiquettes : ,

Plus d'articles de la même rubrique:

De
Article Précédent Article Suivant

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0 shares