En 2019, Marc Biarnès a fait un burn-out. Son deuxième. Il nous raconte son cheminement, partage ses interrogations, confie ses doutes. Mais il nous montre surtout ce que cette parenthèse lui a appris, notamment sur lui-même.

En ce 10 février 2019, à 21h30 heure française, le vol AF 3622 en provenance de Paris CDG atterrit à l’aéroport de Seattle Tacoma après près de 11h de vol. C’est un vol que je connais bien pour l’avoir pris à plusieurs reprises. Mes collègues sont là, car c’est un évènement professionnel important qui nous attend pendant toute la semaine.

J’adore Seattle. C’est une ville à taille humaine, entre océan, forêts et montagnes, surplombée par le majestueux Mont Rainier, volcan millénaire qui veille sur la ville et toute la région. J’adore Seattle, et cette semaine s’annonce vraiment excitante. Pourtant, je ne suis pas dans cet avion.

En ce 10 février 2019, à 9:30 heure locale, je suis assis dans la salle d’embarquement du Terminal 2F, devant la porte 52, entouré par une hôtesse d’Air France extrêmement bienveillante et par une équipe d’urgence des pompiers de l’aéroport qu’elle s’est empressée d’appeler en me voyant. Depuis quelques minutes, j’ai très chaud, je transpire à grosses gouttes, j’ai une enclume sur la poitrine et j’ai beaucoup de mal à respirer, mon cœur est à 140 pulsations par minute et mon corps est agité de tremblements et de soubresauts que mon cerveau ne peut contrôler.

En ce 10 février 2019, à 9:50 heure locale, je suis admis au Centre Médical d’Urgence de l’aéroport. Le médecin urgentiste me donne le verdict : Burn-Out. L’avion est parti… sans moi. Ce jour-là, et je ne l’ai compris que plus tard, une parenthèse s’est ouverte dans ma vie et que j’ai commencé un tout autre voyage, bien plus sinueux qu’un vol Paris-Seattle.

Ce mal, je le connais pour y avoir déjà été confronté 16 ans auparavant, à une époque où l’on n’en parlait pas, pas librement en tout cas. Il m’a rendu malade et a détérioré irrémédiablement ma santé. Je m’étais alors juré de ne plus jamais me faire avoir par cette petite voix qui me répétait inlassablement : “Mais si, tu vas y arriver, accroche-toi, persévère, ne t’arrête pas maintenant, tu vas le regretter…”. Et pourtant…

Le lendemain, lors d’un rendez-vous pris en urgence avec mon médecin traitant, le doute, s’il y en avait encore un, est définitivement levé :
– « Que vous arrive-t ‘il Monsieur Biarnès ? »
Je n’ai pas pu répondre. J’ai fondu en larmes sans aucun contrôle possible et sans pouvoir prononcer, ni même balbutier, la moindre réponse. Mon médecin me regarde. On se connait bien. Elle me suit depuis des années. Elle a l’air émue de me voir comme ça. Pensez-vous, un grand gaillard comme moi, toujours souriant et optimiste, pleurant et apparaissant
soudainement si fragile. Mais elle n’est pas surprise. Elle voit malheureusement beaucoup trop des “burnoutés”.

Une chose est claire, je ne vais pas reprendre le travail de sitôt. Ces larmes ont souvent coulé durant les semaines qui ont suivi. Sans crier gare, de jour comme de nuit, après
un mot, une phrase ou une pensée. Une façon naturelle d’exorciser mon esprit.
– « Pourquoi cela m’arrive-t-il encore ? »
– « Mais ne devrais-je pas être au travail en ce moment ? »
– « Que vont dire mes collègues si je les laisse seuls ? Et mes clients ? Mes rdv ? »
– « Suis-je vraiment malheureux ? »
– « Comment vais-je m’en sortir ? »
– « Vais-je m’en sortir ? »
Tant de questions qui me font culpabiliser d’être “faillible”, en tout cas, pas assez fort pour surmonter ça tout seul…Quelle honte tout de même ! A mon âge ! Un grand garçon comme moi !

Antoine de Saint-Exupéry écrivait dans Le Petit Prince : « J’ai ainsi vécu seul, sans personne avec qui parler véritablement, jusqu’à une panne dans le désert du Sahara, il y a six ans. Quelque chose s’était cassé dans mon moteur. Et comme je n’avais avec moi ni mécanicien, ni passagers, je me préparai à essayer de réussir, tout seul, une
réparation difficile. C’était pour moi une question de vie ou de mort. »

Je retrouve dans ce texte tous mes ressentis, mes peurs et mes appréhensions de ce début d’année 2019 : la solitude dans le travail, la panne de moteur, essayer de se réparer. Un an plus tard, je peux dire que fort heureusement, je n’ai jamais été seul pour me réparer. Il m’aura fallu du temps, beaucoup de temps, des médicaments, le soutien indéfectible de ma femme et de mes filles, des amis bienveillants (merci @Christophe), mais aussi des rencontres extraordinaires, du Qi Gong et de la sophrologie (merci @Christine) pour remonter la pente, reprendre confiance en moi, me projeter à nouveau vers l’avenir et faire le deuil de ma vie d’avant.

Car maintenant j’en suis sûr, il y a une vie avant et après le burn-out, comme pour tout accident de la vie qui fait dévier votre trajectoire de quelques degrés et trace une nouvelle route de vie. Un choc émotionnel tel que le Burn-Out est comme la perte d’un sens : il permet aux autres sens de se développer. On se sent vivant, on se concentre sur l’essentiel. Alors mon horizon s’est élargi soudainement et les peurs qui me semblaient insurmontables s’estompent. Car pendant quelques instants, j’ai connu la pire des peurs : celle de mourir. Ce qui a relativisé toutes les autres.

Alors c’est décidé, je dois transformer cette expérience traumatisante en une force positive.
Je veux apprendre, je veux explorer d’autres horizons, je veux faire de nouvelles rencontres enrichissantes et surtout, je veux aider. A mon humble niveau, je veux aider ceux qui, comme moi, comme mon ami Christophe, se posent des questions et souhaitent mieux comprendre et s’orienter. Car les causes du Burn-Out sont à la fois plurielles et singulières. Plurielles car il n’existe pas une seule cause. Le travail, les enfants, l’aide aux malades, le handicap peuvent être des sources de stress et de donc de Burn-Out. Singulières car chacun écrit sa propre histoire, avec ses failles, des bonheurs, ses doutes, ses joies, sa sensibilité et ses valeurs. Et donc chacun vit son Burn-Out de manière différente.

Paradoxalement, cette année 2019 aura été pour moi l’une des plus riches à titre personnel. J’ai vécu ces 10 mois d’arrêt à fond, juste pour moi, en ne pensant qu’à moi. J’ai fait des rencontres très enrichissantes, bienveillantes, merveilleuses et certainement salvatrices. Oh, je ne dis pas qu’il n’y a pas eu des hauts et des bas. Les montagnes russes émotionnelles ont été mes attractions favorites durant une grande partie du temps. Il a fallu se battre quotidiennement contre les idées noires, les pourvoyeurs de négatifs, les oiseaux de mauvais augure. Je m’en suis (encore) sorti, mais je ne suis pas dupe. Rester en surface est un travail de tous les jours. Mais alors, referme-t ’on la parenthèse un jour ?
On peut retrouver la joie de vivre même pendant la période la plus sombre, dès lors que l’on se souvient qu’il suffit de rallumer la lumière.

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