Les signaux sont là, massifs, documentés : la santé mentale des Français est fragilisée par l’accumulation des crises économiques, géopolitiques et environnementales. La prolongation en 2026 de la Grande Cause Nationale dédiée à la santé mentale rappelle l’urgence d’agir. Mais dans le monde du travail, un phénomène bien réel demeure en marge des priorités : l’éco-anxiété. Les effets du dérèglement climatique ne se limitent plus à nourrir les débats publics, ils influencent désormais le vécu quotidien de nombreux salariés. L’éco-anxiété est désormais reconnue comme une inquiétude chronique, mais elle reste largement sous-estimée par les organisations, malgré ses effets visibles au travail.

Quand l’éco-anxiété double le risque de burnout

Dans un rapport publié en 2025, l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie estime à plus de deux millions le nombre de personnes souffrant d’une éco-anxiété pouvant être qualifiée de pathologique. Un volume qui devrait interpeller l’ensemble des acteurs de la santé mentale et du travail. Une étude menée par Moodwork auprès de plus de 1 000 salariés français montre à quel point ce phénomène déborde largement du cadre personnel : plus d’un salarié sur dix présente un niveau élevé d’éco-anxiété, avec un risque de burnout et de stress professionnel deux fois plus élevé que la moyenne. Les femmes, les jeunes actifs et les managers comptent parmi les populations les plus touchées.

Les managers en première ligne

La surreprésentation des managers parmi les salariés éco-anxieux pourrait s’expliquer par une double tension. Ils doivent non seulement gérer les inquiétudes de leurs équipes, mais aussi porter des décisions parfois en décalage avec leurs propres valeurs, ce qui génère un sentiment de dissonance. À l’heure où la recherche de sens au travail est devenue centrale pour de nombreux travailleurs, cette contradiction peut devenir un facteur supplémentaire de mal-être.

Des politiques RSE ambitieuses pour limiter le mal-être des personnes éco-anxieuses

Toute politique de prévention du mal-être au travail doit désormais être pensée en cohérence avec les engagements RSE. La responsabilité sociale et environnementale est encore trop souvent envisagée comme un outil de communication, au détriment d’actions concrètes. Ce décalage entre discours et réalité peut aggraver le malaise des salariés, en particulier de ceux déjà sensibles aux enjeux environnementaux. À l’inverse, une prise en compte réelle et structurée de ces sujets, au niveau stratégique et au sein des instances représentatives, peut contribuer à réduire l’éco-anxiété et à renforcer la confiance interne.

Reconnaître l’éco-anxiété comme enjeu stratégique

L’éco-anxiété doit désormais être reconnue comme un enjeu de santé au travail à part entière, avec des conséquences directes sur l’absentéisme, le turnover et la rétention des talents. Mais il s’agit aussi d’une opportunité pour les organisations. En agissant de manière crédible et cohérente sur les questions environnementales, les entreprises peuvent non seulement réduire le mal-être, mais aussi renforcer l’engagement et donner un sens renouvelé au travail. Une approche plus fine montre d’ailleurs que l’éco-anxiété ne conduit pas uniquement au retrait ou à l’épuisement. À des niveaux modérés, elle pousse au contraire une partie des salariés à agir. Leur proposer de devenir acteurs, de contribuer à des initiatives concrètes et de retrouver une forme de maîtrise transforme cette inquiétude diffuse en énergie constructive. Loin de fragiliser l’organisation, cette mobilisation peut renforcer la performance et la cohésion, tout en créant un climat de travail plus aligné avec les valeurs écologiques que beaucoup portent aujourd’hui.

Dans un contexte de fragilité psychologique généralisée, cet alignement entre valeurs et actions devient un levier stratégique pour préserver la performance durable des équipes.

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Responsable du centre de recherche Moodwork

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