On parle beaucoup de performance, d’engagement, de productivité. Mais beaucoup moins de ce qui permet réellement de tenir dans la durée : la récupération. Pas le sommeil seul, pas des vacances idéalisées, mais une récupération psychologique, active et structurée.

Dans l’épisode 48 de notre podcast “Good Job !”, Matthieu Poirot, praticien-chercheur en psychologie des organisations et auteur du livre Arrêtez de vous épuiser (éditions Eyrolles), déconstruit un tabou tenace : récupérer n’est pas une faiblesse, c’est une compétence professionnelle. Et ça s’apprend !

Se reposer n’est pas récupérer

L’un des grands malentendus autour de la récupération, c’est de croire qu’elle serait passive. Or, selon Matthieu Poirot, « La récupération, c’est un processus qui est actif ». Il donne un exemple parlant : « Vous pouvez être devant une plage en vacances. Vous avez payé super cher pour vous déplacer… et en même temps, vous pensez au boulot. Vous n’êtes pas en récupération. » Même si vous êtes allongé dans votre lit ou affalé sur votre canapé devant une série Netflix, « si vous êtes en train de ruminer sur le travail, ce n’est pas de la récupération. » Autrement dit, le corps peut être à l’arrêt pendant que le système nerveux, lui, reste sous tension.

Si nous récupérons si mal, ce n’est pas par manque de bonne volonté. C’est aussi culturel :
« Tout est fait aujourd’hui pour qu’on oublie la récupération psychologique. C’est un tabou. » Dans l’imaginaire collectif, récupérer reste associé à une forme de faiblesse. « On considère que récupérer, cela veut dire être dans une position de fainéantise et donc de non-performance », regrette-t-il.

Quand le manque de récupération use le corps et l’esprit

Les conséquences d’un déficit chronique de récupération sont loin d’être anodines. Matthieu Poirot s’appuie sur le concept de charge allostatique, qu’il définit comme « l’usure silencieuse provoquée par le stress chronique quand il y a un déficit de récupération ».

Cette usure touche le corps : baisse de l’immunité, inflammations, troubles musculo-squelettiques, risques cardiovasculaires. Mais aussi le psychisme : troubles anxio-dépressifs, baisse de la concentration, altération durable du système émotionnel.

Les premiers signaux sont souvent cognitifs. S’y ajoutent des changements de comportement : « Généralement, on devient beaucoup plus irascible, on se rigidifie au niveau comportemental. »

Bonne nouvelle : la récupération s’apprend. Or, cette compétence n’est enseignée ni à l’école, ni en entreprise. Pire : elle peut se désapprendre. « Si vous avez eu l’habitude d’être en permanence dans la performance, sans récupération, vous allez désapprendre votre capacité à récupérer », insiste-t-il.

Les 4 piliers de la récupération psychologique

La recherche identifie quatre leviers essentiels, que Matthieu Poirot développe dans cet épisode de “Good Job !” :

  • Le premier est le détachement psychologique, c’est-à-dire « la capacité à arrêter de penser au travail ». Une habitude difficile à installer, mais centrale.
  • Le deuxième est le sentiment de contrôle sur son environnement. Dans des organisations de plus en plus matricielles, où « tout le monde est chef », la perte de maîtrise de son agenda épuise durablement.
  • Le troisième pilier est souvent sous-estimé : développer des compétences en dehors du travail. Matthieu Poirot observe d’ailleurs que les dirigeants les plus performants ont presque toujours des activités extérieures structurantes.
  • Enfin, le quatrième pilier est la relaxation active. S’affaler dans son canapé n’est pas forcément une forme de récupération. Pourquoi ? Parce que l’inaction favorise les ruminations. À l’inverse, certaines activités — sport, musique, marche — ramènent à l’instant présent : « Vous êtes focalisé sur l’ici et maintenant. C’est ça l’état de relaxation, ce qu’on appelle le flow. »

Écrire, parler, partager pour sortir de la rumination

Pour lutter contre les pensées envahissantes, Matthieu Poirot propose des pratiques simples mais efficaces. Écrire, par exemple : « Quand vous écrivez, la partie préfrontale du cerveau est activée. » Mettre les pensées sur le papier permet de prendre de la distance et de calmer l’émotionnel. Autre levier clé : ne pas rester seul. « Ne pas se sentir l’unique propriétaire d’un problème » aide beaucoup. Partager avec des pairs, parler de ses difficultés, c’est déjà alléger la charge mentale.

Enfin, la récupération ne peut pas reposer uniquement sur les individus : « 60 % de notre santé psychologique dépend de l’environnement, et 40 % de nos compétences. » Lever le tabou, former managers et collaborateurs, mais surtout montrer l’exemple. « La pire injonction, c’est de faire aux autres ce qu’on ne fait pas soi-même », précise-t-il. L’exemplarité managériale reste ainsi l’un des leviers les plus puissants pour autoriser — ou non — la récupération.

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Diplômée de Sciences-Po Paris, Fabienne Broucaret a fondé My Happy Job en 2016. Elle est aussi la rédactrice en chef de Courrier Cadres, Rebondir et L'Officiel de la franchise. Elle anime le podcast "Good Job" et co-anime le podcast "Les petits cailloux" avec Aurélie Durand. Elle a écrit "Mon Cahier Happy at Work" (Solar) et "Télétravail" (Vuibert). Elle a aussi co-écrit “2h chrono pour déconnecter (et se retrouver)” avec Virginie Boutin (Dunod) et "Le SAV des managers" (Vuibert) avec Aurélie Durand.

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