
La santé mentale des salariés français montre des signes d’amélioration en ce début d’année 2026. Mais, derrière ce mouvement global, se dessinent des dynamiques plus contrastées : désengagement silencieux, inégalités persistantes et organisations en retard sur les attentes. C’est le constat convergent de deux études publiées cette semaine, l’une menée par teale auprès de 10 000 salariés, l’autre par Qualisocial et Ipsos-BVA auprès de 3 000 travailleurs.
Une amélioration réelle, mais encore fragile
Selon le Baromètre Santé mentale & QVCT 2026 de Qualisocial, 22 % des actifs se déclarent en mauvaise santé mentale, soit près de 6 millions de personnes. Le chiffre recule de trois points par rapport à 2025 (25 %), confirmant une amélioration attendue mais encore fragile. Avant la crise sanitaire, ce taux s’établissait autour de 17 %.
L’étude souligne toutefois que cette amélioration ne bénéficie pas à tous de la même manière. Les femmes enregistrent une progression notable, avec 25 % en mauvaise santé mentale en 2026, contre 29 % en 2025, tandis que le taux chez les hommes recule de 21 % à 19 %. « La santé mentale s’améliore enfin. Mais cette amélioration reste partielle et réversible », prévient Camy Puech, président-fondateur de Qualisocial.
Des salariés qui tiennent… mais pensent à partir
Le baromètre teale met, quant à lui, en lumière une autre dynamique : 35 % des salariés déclarent avoir envisagé de quitter leur entreprise pour préserver leur santé mentale en 2025, contre 30 % en 2023. Dans le même temps, l’indice moyen de santé mentale (WHO-5) progresse légèrement, passant de 48/100 en 2023 à 51/100 en 2025, tout juste au-dessus du seuil d’alerte fixé par l’OMS.
Cette amélioration s’explique avant tout par le renforcement des ressources individuelles : gestion du stress, équilibre personnel, stratégies de protection. Mais les signaux organisationnels, eux, décrochent. La reconnaissance recule (–3,4 points en un an), le stress jugé « gérable » tombe à 61,1 %, et les perspectives positives s’érodent. « Les salariés s’outillent pour tenir, tandis que l’organisation du travail progresse trop lentement pour protéger vraiment et durablement, résume Nicolas Merlaud, cofondateur de teale. Soit on passe d’un grand slogan à une grande politique, soit la distance deviendra départ. »
Des vécus professionnels de plus en plus polarisés
Les deux études convergent sur un point : les moyennes masquent des fractures profondes. Chez teale, les salariés envisageant de partir décrivent un environnement radicalement différent de ceux qui souhaitent rester. Seuls 39,5 % d’entre eux se sentent alignés avec les valeurs de leur entreprise, contre 75,3 % chez ceux qui restent. La reconnaissance tombe à 43,4 %, contre 72,6 %, et les ressources jugées suffisantes à 49,7 %, contre 77,0 %.
Qualisocial observe des écarts sectoriels marqués. Les secteurs les plus exposés à la mauvaise santé mentale sont l’hébergement médico-social et l’action sociale (31 %), le commerce (26 %) et l’enseignement (25 %), tandis que le BTP (14 %) ou les services aux entreprises (18 %) apparaissent mieux préservés.
Performance maintenue, lien fragilisé
Autre signal fort : la performance tient, mais le lien au travail s’effrite. Chez teale, la productivité perçue reste stable (+0,5 point), alors que la reconnaissance et la soutenabilité du travail reculent. Qualisocial établit un lien direct entre mauvaise santé mentale et performance : les travailleurs concernés affichent –33 % d’engagement et –45 % de propension à recommander leur employeur. Cette zone grise, faite de retrait discret plutôt que de rupture franche, représente un coût organisationnel élevé. « Les organisations paient directement le prix de la dégradation de la santé mentale », souligne Camy Puech.
La prévention fonctionne, mais reste insuffisante
Les deux études pointent enfin un paradoxe central : la prévention est efficace, mais encore trop peu déployée. Selon Qualisocial, 44 % des salariés ne bénéficient d’aucune action de prévention en santé mentale, et seuls 21 % ont accès à un plan complet. Pourtant, 86 % de ceux qui en bénéficient estiment qu’il a amélioré leur santé mentale, avec des effets positifs sur l’engagement et l’énergie au travail.
En 2025, la santé mentale était Grande Cause nationale, sa reconduction en 2026 crée l’opportunité de passer de grands discours à de véritables initiatives. Ainsi, les deux acteurs appellent à un changement d’échelle en entreprise : passer de la sensibilisation à une vraie stratégie, avec des indicateurs clairs, des arbitrages organisationnels et des actions différenciées selon les métiers et les expositions. « La santé mentale n’est pas un sujet de communication : c’est un sujet de pilotage », conclut Nicolas Merlaud.
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