Travailler douze heures par jour, répondre à des emails ou au téléphone pendant le week-end et les vacances, ne pas arriver à décrocher du travail… tous ces signes peuvent traduire une addiction au travail. Décryptage.

« Cette dépendance peut toucher tout le monde, mais elle ne consiste pas seulement à beaucoup travailler. Être dépendant au travail, c’est surtout avoir un rapport au travail compulsif qui vient nourrir autre chose que le travail en lui-même, combler un vide ou un manque d’estime de soi », estime Vanessa Lauraire, psychologue clinicienne du travail, membre de pros-consulte. Or, ces comportements ont des conséquences sur la santé psychique et mentale.

Une perte de liberté

Une personne workaholique, comme dans toute dépendance, perd sa liberté et subit la situation, souvent sans s’en rendre compte. D’autant qu’on peut travailler beaucoup, avoir à cœur de bien réaliser son travail sans être dans l’addiction. « C’est la notion de liberté qui est fondamentale. Si on travaille beaucoup tout en se sentant libre, qu’on ne s’accroche pas à ses missions et qu’on peut déconnecter, il n’y a pas de problème, ni de souffrance », considère la psychologue.

A l’inverse, lorsque le travail occupe une place majeure dans l’espace mental, qu’il y a une forme d’urgence, de besoin de travailler, sans prendre de plaisir, il est temps de s’interroger. « Cette relation obsessionnelle au travail pousse dans ce cas à travailler non-stop, y compris pendant les week-ends, les vacances, quand on est avec sa famille ou ses amis, avec un besoin de contrôle permanent », affirme Vanessa Lauraire.

Et cette souffrance se manifeste quand il n’y a plus de travail : « Les personnes vont être très irritables, voire agressives parce qu’elles se sentent inactives et donc inutiles. Elles ont le sentiment de ne plus exister sans produire, ni être dans la performance. »

Des symptômes qui peuvent mener au burn-out

Concrètement, les personnes qui souffrent de cette addiction au travail vont ressentir différents symptômes psychologiques comme de l’anxiété, des ruminations et un manque d’estime de soi en dehors du travail.

Or, souvent un mécanisme de déni s’installe et peut entraîner des conséquences physiques comme des troubles du sommeil, des troubles digestifs, de la fatigue. Autant de signes qui ne sont jamais mis sur le compte de cette addiction. « Les personnes vont ces symptômes pour ne pas s’arrêter de travailler. Avec un risque majeur pour la santé : si cette dépendance s’inscrit dans le temps, le risque d’épuisement professionnel et de faire un burn-out augmente », alerte la psychologue.

D’autant que cette addiction s’installe souvent de manière insidieuse. « Un jour après l’autre, des personnes vont mettre en place des stratégies d’évitement, des comportements d’adaptation et au fur et à mesure elles vont perdre la maîtrise sur ces modes de fonctionnement, malgré les conséquences physiques, psychiques et sociales » prévient-elle encore.

Un travail psychologique sur l’estime de soi 

Pour sortir de cette addiction, il faut déjà prendre conscience qu’on a un problème, sortir du déni et reconnaître les conséquences. « Il faut du courage pour se rendre compte qu’on subit le travail et qu’on a un rapport pathologique avec celui-ci », estime Vanessa Lauraire.

Pour faire cette introspection, il peut être intéressant de se recentrer sur ses besoins physiologiques, reconnaître qu’on manque de sommeil et de repos, se rendre compte de son isolement social et de son attitude avec les autres… « Souvent, un accompagnement psychologique est nécessaire pour comprendre comment et pourquoi on est tombé dans cette addiction et se repositionner dans son rapport à soi aux autres et au travail », estime la psychologue.

Elle propose aussi d’effectuer un travail en profondeur sur l’estime de soi : « C’est important de se réapproprier qui l’on est en dehors du travail, de faire un accompagnement sur le sens du travail et sur le sens que l’on donne au travail dans sa vie ».

Cette question du sens est importante. Elle s’inscrit dans la lignée des travaux de Viktor Frankl, psychiatre autrichien, sur les thérapies existentielles pour donner du sens à la vie. Car l’addiction au travail peut trouver son origine dans des traumatismes, dans un sentiment de solitude ou de vide intérieur. Et dans ce cas, le travail devient une dépendance comme une autre pour combler ces manques que l’on refuse de regarder en face.

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