
Vous avez déjà eu l’impression de marcher sur des œufs avec un collègue ? Ou de vous prendre une remarque brutale sans l’avoir vue venir ? Le “passif-agressif” s’exprime de plusieurs façons au travail, mais laisse souvent les mêmes traces : tensions, doutes et lassitude. Voici comment réagir.
On parle souvent de comportements passifs-agressifs au travail, sans toujours bien savoir ce que recouvre cette expression. Pour Aurélie Durand, psychologue et coach, fondatrice d’Ajadi, il faut pourtant distinguer deux situations très différentes. La première relève d’une réaction émotionnelle : une personne ne dit rien, accumule, puis explose. La seconde renvoie à un comportement plus diffus, fait de non-dits, de flou et de décalages répétés entre les paroles et les actes. Dans les deux cas, la relation peut devenir éprouvante. Mais les réflexes à adopter ne sont pas les mêmes.
Un premier profil : la personne qui encaisse… puis explose
Premier cas de figure : une personne reste longtemps dans la retenue, accepte, laisse passer, puis finit par réagir brutalement. “C’est un mode de communication qui passe de la passivité à l’agressivité, c’est une réaction émotionnelle”, souligne Aurélie Durand. Elle décrit un mécanisme d’accumulation : “On devient agressif parce qu’on n’a rien dit. On a été passif, on a accepté des choses, on a laissé passer. Puis, à un moment donné, la cocotte-minute émotionnelle monte et cela explose, parfois à la mauvaise adresse.”
Le problème, c’est que cette explosion survient souvent sans signe avant-coureur pour l’interlocuteur. L’effet de surprise accentue alors la violence ressentie. “La surprise amplifie toutes les autres réactions, précise-t-elle. On vit le comportement, la parole de l’autre comme une agression plus forte que si on s’y attendait.”
Que faire face à cette explosion ?
À chaud, l’enjeu est simple : éviter l’escalade. “Le mieux, à chaud, c’est de respirer”, conseille-t-elle. Elle recommande aussi de ne pas répondre sur le même ton, mais de poser immédiatement une limite claire : “Prenez une grande inspiration, surtout ne renchérissez pas dans la mesure du possible et dites : là, ce que tu viens de me dire, ce n’est pas OK pour moi. Je te propose que nous en rediscutions plus tard” ou “je te propose que nous reprenions l’échange plus tard.”
L’idée clé ? “C’est de ne pas prendre la flèche pour soi, c’est de considérer que la flèche est partie, on la laisse passer, puis on revient sur le sujet de fond.” Autrement dit, ne pas se défendre en attaquant à son tour, et ne pas répondre à la brutalité par la brutalité.
Les écueils à éviter
Dans ce premier cas, Aurélie Durand met en garde contre deux pièges classiques : se taire complètement ou renvoyer immédiatement la balle. Elle déconseille aussi les formulations accusatrices, qui nourrissent le conflit au lieu de le calmer. Son conseil : faire redescendre la tension, puis revenir aux faits et au besoin exprimé (ou non exprimé).
Un deuxième profil : celui qui dit oui… mais agit dans le non
Le second cas est, selon Aurélie Durand, plus difficile à gérer. Ici, il ne s’agit plus d’une explosion ponctuelle, mais d’un mode relationnel plus insidieux. “Un comportement passif agressif, c’est une personne qui dit oui à l’oral, mais qui agit dans le non”, illustre-t-elle. Elle insiste sur le caractère usant de cette posture : “Ce comportement est très fatiguant en tant qu’interlocuteur parce qu’on ne sait jamais quand à quoi s’en tenir.” Pourquoi ? Parce que la personne n’exprime pas franchement son désaccord, il n’est jamais frontal ou explicite.
Concrètement, cela peut se traduire par des engagements non tenus, des oublis répétés, des réponses floues, ou encore des excuses permanentes. Aurélie Durand évoque aussi les remarques indirectes et les petites piques difficiles à saisir : “Elles peuvent avoir une forme de critique indirecte. C’est la petite remarque qui peut ne vouloir rien dire, mais que tu peux aussi mal interpréter Un peu de cynisme, une petite pique, la blague soi-disant second degré…”
Pourquoi ce profil épuise autant
Ce type de comportement place souvent l’autre dans une position d’inconfort permanent. À force de flou, il se met à compenser, à interpréter, à douter de lui-même. Le malaise peut même aller plus loin : “Comme on ne sait pas ce que pense de l’autre et comme l’autre ne dit rien, parfois on peut même aller jusqu’à ne plus oser dire les choses.” Et c’est là que la relation se grippe : chacun commence à projeter, à anticiper, à supposer.
Comment réagir face à ce deuxième profil
Pour Aurélie Durand, la réponse consiste à sortir du flou et à remettre de l’explicite. “L’enjeu c’est de revenir aux faits et de remettre du cadre, surtout si on est manager”, résume-t-elle. Elle conseille donc de revenir à des formulations très concrètes : “On s’était dit que le livrable était pour aujourd’hui, tu n’as pas pu le faire. OK. Quelle est ta demande ? Quel est ton besoin pour pouvoir le faire ?” Autre point important : ne pas abandonner sa propre demande pour s’adapter au flou de l’autre. Et lorsqu’un doute s’installe dans la relation, mieux vaut le verbaliser calmement plutôt que de le ruminer.
Les écueils à éviter
Avec ce deuxième profil, le premier danger est de prendre les choses sur un plan trop personnel, voire affectif. Le deuxième est d’entrer dans l’interprétation permanente, au lieu de revenir au factuel. Le troisième est de laisser glisser les petites piques au prétexte qu’elles seraient ambiguës ou “pour rire”. Là encore, Aurélie Durand invite à nommer l’effet produit, sans se justifier excessivement.
Pour ne rater aucune actualité en matière de qualité de vie au travail, inscrivez-vous à la newsletter de My Happy Job.
A lire aussi :























