
Transition professionnelle, déménagement, envie d’évoluer… Qu’il soit voulu ou subi, le changement touche tout le monde. Et parfois, les bouleversements qu’il suscite peuvent faire peur, déstabiliser, à tel point que certaines personnes vont préférer rester dans le confort pour l’éviter. Comment aborder le changement avec confiance ? Comment le vivre sereinement ? Clotilde Audin L’Orphelin, autrice du livre Les 5 clés pour se réinventer dans le changement (Dunod), décrypte les enjeux autour de cette notion.
Votre livre Les 5 clés pour se réinventer dans le changement vient de paraître. Pourquoi avoir choisi le thème du changement ?
Clotilde Audin L’Orphelin : Le sujet du changement s’est rapidement imposé parce qu’il s’agit d’une notion qui couvre l’être humain en général. C’est quelque chose que nous vivons tous dans notre quotidien de manière plus ou moins consciente.
En tant que thérapeute, je voulais donner une vision généraliste sur le changement tout en invitant à revenir à soi. C’est ma clé d’orgue que de “se fier à soi”, de savoir s’écouter pour traverser la vie et les changements de manière consciente. Pour cela, il est nécessaire de prendre appui sur ses trois “alliés” – le mental, l’émotionnel et le corps – afin de se sentir capable de s’ajuster aux évolutions ou de leur dire non.
Le changement quelle que soit sa forme n’est ni un processus anodin, ni une chose facile à appréhender. On l’imagine souvent grandiloquent. Des personnes vont penser qu’elles vont se sentir mieux, plus stables, surtout après une situation compliquée. Mais parfois le changement ne correspond pas à ce que l’on attendait. Il peut avoir un impact positif ou plus négatif. Or, ce qui compte, c’est la manière d’observer ce qui bouge en soi et ce qui évolue.
Lorsqu’on est « au bout du rouleau », il peut être difficile d’observer ce qui bouge en soi justement. Comment reconnecter le mental, l’émotionnel et le corps ?
Une personne qui se sent au bout du rouleau n’a pas pris le temps de s’écouter. En général, le corps peut donner plusieurs signaux d’alerte, mais le mental va pousser à continuer. Même lorsque nous sommes à bout, nous allons avoir tendance à vouloir être optimiste, se dire “je vais y arriver”. Nous passons alors d’un extrême à l’autre, jusqu’à ce que le corps dise stop.
C’est pourquoi, écouter son corps est essentiel. Cela passe par une reconnexion à soi, oser observer ses émotions même lorsque c’est désagréable. Ensuite, il est nécessaire d’écouter ses besoins pour se poser et se déposer afin de renouer avec son énergie.
Selon vous, le changement ne va pas forcément dans le sens que l’on souhaite. Comment continuer dans ses projets, quand on avance contre le vent ?
Il est facile de baisser les bras lorsqu’un nouveau projet n’avance pas comme on le voudrait. Or, amorcer un changement demande des efforts et de la persévérance, même lorsque ça ne se voit pas. Dans les success stories, le résultat est visible, mais pas le processus. Alors que derrière les plus belles histoires se cachent une personne qui n’a pas abandonné, qui a su rester dans sa trajectoire et son axe.
Je prends l’exemple de Perrine Laffont qui vient de décrocher la médaille de bronze en ski à bosses aux Jeux olympiques après huit ans sans titre. Elle aurait pu abandonner, surtout qu’elle sortait d’une blessure, mais elle a persévéré, elle n’a pas fléchi et a décroché cette médaille qui vaut de l’or à ses yeux.
Pour autant, vous dites aussi que tous les changements ne sont pas grandiloquents…
Tout à fait ! L’idée même du changement implique tout de suite une évolution majeure, un saut dans l’inconnu comme un déménagement, une reconversion, etc. Ce qui peut faire peur. Or, parfois, le changement peut se faire à petit pas. Quand quelque chose ne fonctionne plus dans son travail, un salarié peut oser dire à son manager qu’il souhaite changer de missions ou évoluer en interne. Ce type de démarche permet d’amorcer un mouvement sans prendre de décision “extrême” aux conséquences plus importantes.
Parfois l’envie de changement peut percuter d’autres besoins – financiers, familiaux… Est-il possible de concilier différents besoins pour rester dans cet alignement ?
Il peut arriver que des besoins soient en contradiction mais, dans ce cas, ce qui compte c’est de s’écouter pour faire le bon arbitrage personnel. Un changement demande de lâcher l’existant pour laisser de la place, mais il peut avoir une incidence sur notre entourage.
Pour donner un exemple concret, il y a quelques années, j’ai eu envie de m’installer dans le sud de la France. Je l’ai fait et suis très vite revenue pour rester près de ma mère. J’étais en phase avec ce changement de vie, mais pas du tout avec le fait d’être si loin d’elle alors qu’elle n’allait pas bien. J’ai fait le choix conscient de revenir pour elle.
Cela signifie aussi qu’une personne peut prendre une décision, faire un test et revenir en arrière si le test n’est pas concluant. Il n’y a pas d’échec dans ce mouvement, il s’agit surtout de vivre sa propre expérience, d’observer ce qui a du sens et nous motive en conscience. Pour cela, il faut être prêt à lâcher prise sur certaines choses et être en accord avec le fait de répondre à d’autres besoins prioritaires. La liberté, c’est d’être aligné avec soi, comme Nelson Mandela qui se sentait libre en prison.
Dans l’ouvrage, vous prônez « d’embrasser » la sérendipité. Qu’entendez-vous par là ?
La sérendipité désigne la capacité à faire des découvertes inattendues, souvent en cherchant autre chose. C’est une posture qui ne relève pas du hasard, mais d’un esprit d’ouverture et de disponibilité. Cet état d’esprit permet de libérer l’espace mental et l’espace de peur, surtout face au stress lié au travail. Embrasser la sérendipité consiste à se dire « je fais de mon mieux pour aborder le changement ». La personne reste actrice de la situation, tout en étant consciente qu’elle n’a pas la main sur tout.
Cette capacité à s’ouvrir à l’univers, à la vie, tout en restant acteur, permet de voir émerger des situations où les choses seront justes. Je vous donne l’exemple de ce livre. Je l’ai écrit pendant trois ans et demi, j’ai parfois eu envie de baisser les bras, mais j’ai continué. Puis j’ai rencontré la directrice éditoriale de Dunod et ensemble nous avons imaginé cet ouvrage pratique. Finalement ce que j’avais imaginé a donné naissance à un ouvrage pratique, projet qui je le souhaite apportera des ouvertures nouvelles à des milliers de personnes.
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