Ils (elles) sont nombreux(ses) à donner beaucoup de temps à leur travail. Parfois trop. Et au détriment de leur santé physique et mentale.

Derrière cette réalité, il y a des trajectoires différentes, des contextes professionnels et personnels variés, mais des mécanismes similaires. Une façon parfois choisie, souvent subie, d’habiter son travail qui, peu à peu, glisse de l’engagement vers le surengagement, puis vers l’épuisement.

Un investissement professionnel qui déborde sur la vie personnelle

On les reconnaît aisément par l’excessivité de leur investissement professionnel qui, peu à peu, empiète sur leur vie personnelle, jusqu’à la réduire à peau de chagrin. Le sur-rythme professionnel devient leur norme, sans qu’ils ne se rendent plus compte de l’anormalité du temps sacrifié sur l’autel du travail, et du caractère parfois pathologique de leur rapport au temps de travail. Et au travail tout court.

En pratique : des journées sans limites

Ils travaillent sans compter leurs heures, en en faisant toujours plus, sur une amplitude horaire de plus en plus importante au fil du temps. A minima, ils consultent leurs mails le soir et le week-end, quand ils ne retravaillent pas sur ces moments censés être off. Ils sont disponibles tout le temps, et joignables même en vacances et les jours fériés. Ils ne prennent plus le temps de déjeuner, et sautent parfois le dîner. Ils répondent à toutes les attentes tout le temps, et banalisent le rush permanent.

Ils croulent sous le poids des projets qui s’enchaînent, des to do list interminables et se sentent asphyxiés par le poids des responsabilités et des deadlines imposées. Ils passent en « pilotage automatique » pour tenir et sont souvent perçus comme des invincibles qui ne flanchent jamais et dont on admire parfois l’endurance, la résistance, l’énergie, la détermination et la proactivité.

Ils n’ont plus de sas de récupération, plus de souffle dans un agenda saturé en permanence. Ils ne se ressourcent jamais. Ou rarement. Ils avancent coûte que coûte malgré le temps personnel qui s’étiole, et la santé qui se détériore. Ils remettent à plus tard le repos et la récupération. Donc leur santé.

Ils refusent de consulter, de ralentir, malgré les recommandations des proches, voire parfois de leur médecin. Ils ignorent les signaux, et pensent qu’il suffit de vouloir pour tenir. Ils deviennent des « machines de guerre » à plein temps, au travail comme à la maison, jusqu’au point de rupture. Ce moment où la machine s’enraye : le corps et l’esprit disent stop. Ils déclarent forfait. C’est le KO technique. Le burn-out. C’est tout ça, la mécanique de l’épuisement. Une accumulation qui s’installe dans le temps, sournoise et silencieuse. Un poids qui use et devient insoutenable.

Une mécanique socialement valorisée

Ce qui rend cette mécanique si redoutable, c’est qu’elle est souvent socialement valorisée. Celui ou celle qui tient, qui assure, qui ne compte pas ses heures, qui répond présent à toute heure, devient un modèle. Un pilier. Un repère. On applaudit l’abnégation. On félicite l’endurance. On confond engagement et surengagement. Performance et auto-sacrifice.

Peu à peu, la norme se décale. Ce qui était exceptionnel devient habituel. Ce qui était excessif devient attendu. Ce qui était dangereux devient invisible. Et dans ce glissement, beaucoup s’oublient.

Des causes multiples : individuelles et organisationnelles

Derrière ces salariés qui ne comptent pas leurs heures, il y a rarement un simple « goût pour le travail ». Il y a souvent des histoires de loyauté, de besoin de reconnaissance, de peur de décevoir, de désir de bien faire, de quête de sens, parfois même de blessures anciennes ou des héritages familiaux qui poussent à prouver, encore et encore, sa valeur. Et des constructions identitaires basées sur la valeur travail.

Il y a aussi des organisations qui fonctionnent à flux tendu. Des sous-effectifs chroniques. Des objectifs irréalistes. Des cultures du « toujours plus ». Des environnements où poser des limites est perçu comme un manque d’engagement. Alors ils s’adaptent. Ils encaissent. Ils serrent les dents. Ils se rassurent en se disant que ça ira mieux plus tard. Sauf que plus tard devient rarement un espace de respiration. Plus tard devient un horizon qui recule sans cesse.

Leur corps, lui, n’est pas dupe. Il envoie des messages : fatigue persistante, troubles du sommeil, irritabilité, douleurs, perte de motivation, troubles de la concentration, de l’appétit, troubles musculo-squelettiques.

Changer de paradigme pour préserver sa santé

Savoir déposer les armes, se réapproprier son temps, apprendre à écouter ses limites, à faire passer la santé et l’écologie personnelle avant tout le reste, et à rétablir l’équilibre… autant de changements de paradigme indispensables pour ne pas tomber dans cette terrible mécanique de l’épuisement, ou ne pas récidiver si la foudre a déjà frappé une fois.

Concrètement, cela commence par des petits pas : réapprendre à faire des pauses, réinstaurer des horaires raisonnables, s’autoriser à déconnecter, savoir dire non, accepter de ne pas tout porter, et de se faire aider. Et par redéfinir ce qu’est un « bon travail » : non pas celui qui épuise, mais celui qui est soutenable…

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Ex-chasseuse de tête, enseignante-chercheur en droit des affaires, Marina Bourgeois est la dirigeante d’Oser Rêver Sa Carrière, cabinet spécialisé en transition de carrière et épuisement professionnel. Elle est aussi l’auteure de Burn-out. Le (me) comprendre & en sortir, 2018.

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