
Et si le Fika, cette pause-café qui rythme le quotidien des employés suédois, était la clé d’une meilleure vie de bureau ? On en liste les avantages avec Annika Månsson, experte du bonheur au travail.
L’hiver est propice au blues, au manque de motivation au travail et à la fatigue. Une petite routine venue d’un pays scandinave pourrait bien souffler un vent de chaud dans les bureaux : la pause Fika. Ce rituel suédois se pratique notamment entre collègues, et est sans doute l’une des recette secrètes à l’épanouissement des employés en Suède. Quels en sont les ingrédients ? My Happy Job a interrogé Annika Månsson, conférencière d’origine suédoise, experte du bonheur au travail et fondatrice de l’entreprise de coaching « Happy at work » (basée à Genève).
Qu’est-ce que le Fika ?
En visitant les locaux d’une entreprise en Suède, on ne serait pas surpris de passer devant une « Fika room », autrement dit une salle dédiée aux pauses café. On y verrait probablement une grande table sur laquelle trône une corbeille à fruits et à petits gâteaux (à la cannelle, par exemple). Rien d’anormal, puisque le Fika représente une véritable institution sociale pour les Suédois.
C’est dans cette salle que les salariés se retrouvent jusqu’à deux fois par jour (vers 10h le matin puis vers 15h l’après-midi) pour consommer boissons chaudes et petits encas. Bien plus qu’une simple pause café, le rituel– qui dure en moyenne 14 minutes – est un moment de partage convivial entre collègues, durant lequel les niveaux de hiérarchie ne comptent pas.
Une énième réunion d’équipe ? Absolument pas. Le Fika est avant tout un moment où l’on échange sur sa vie personnelle et ses émotions (quitte à se montrer vulnérable), loin des dossiers pros en cours. « Ce sont des petites vacances mentales », commente Annika Månsson. « Un temps pour se reposer, penser à autre chose et rire avec les autres ».
Facile à mettre en place, ce rituel mérite d’être essayé. D’autant que les employés suédois se disent plus épanouis et plus engagés dans la sphère professionnelle que leurs homologues français*. Au-delà d’une pause café, le Fika rassemble en effet plusieurs ingrédients essentiels au bien-être professionnel.
Bien plus qu’une pause café : les bienfaits du Fika au travail
Stress, concentration, créativité
A l’échelle personnelle, rien de tel qu’un moment passé autour d’une tasse de thé pour souffler et reprendre de l’élan. « Faire une pause quotidienne basée sur de l’échange humain offre un sas de récupération excellent pour combattre la fatigue mentale », affirme Annika Månsson. Selon l’experte du bonheur au travail, ces instants où l’on ne pense plus au travail réduisent le niveau de stress, tout en favorisant une meilleure concentration lorsqu’on retourne à son bureau. Ils participent aussi à stimuler la créativité et l’innovation.
Ces temps d’échange renforcent également l’intelligence émotionnelle, c’est-à-dire sa capacité à reconnaître et à réguler ses émotions. « Multiplier les pauses pour discuter avec des collègues de ce qu’on ressent permet d’être plus à l’écoute de soi et conscient de ce que l’on vit », poursuit la Suédoise.
Empathie et meilleures relations entre collègues
Développer son intelligence émotionnelle permet par ailleurs de comprendre les émotions des autres, de parvenir à se mettre à leur place et tenter de leur venir en aide.
Se montrer empathique a forcément un impact sur le plan des relations interpersonnelles. Le Fika contribue ainsi à entretenir des relations de qualité entre collègues. « Il s’agit de véritables moments d’humain à humain. Ces pauses-café permettent de tisser des liens qui dépassent le cadre strict des tâches et des dossiers professionnels, de découvrir ses collègues sous d’autres facettes et de réduire les jugements », complète l’experte.
Confiance et performance
En bâtissant plus de confiance envers ses camarades d’open-space, on se construit une sécurité psychologique, c’est-à-dire un cadre dans lequel on peut oser s’exprimer et être soi-même. De quoi créer un climat de travail sain au sein d’une équipe.
Ces bienfaits génèrent aussi des bénéfices à l’échelle de l’entreprise. Car ladite sécurité psychologique est propice à de meilleures performances. Au début des années 2000, un professeur américain s’est penché sur le sujet en analysant les interactions sociales au sein d’un centre d’appels de Bank of America. Il a observé que les employés échangeant davantage avec leurs collègues géraient leurs appels plus efficacement, présentaient un niveau de stress plus faible et obtenaient de meilleurs résultats que les autres. Quand l’entreprise a réorganisé les pauses café afin d’encourager ces interactions, ses gains de productivité ont été évalués à environ 15 millions de dollars par an.
Comment un simple rituel peut-il avoir un si grand impact ? Selon Annika Månsson, « c’est parce qu’il agit sur les trois leviers majeurs du bonheur au travail : les relations, les résultats (entendus comme le sentiment d’accomplissement et l’impact de son travail) et la résilience, c’est-à-dire la capacité à rebondir et à gérer le stress ».
Par où commencer ?
Pour ceux qui souhaiteraient intégrer les pauses Fika au quotidien de leur vie d’entreprise, la spécialiste suggère une approche concrète : instaurer par exemple une pause-café hebdomadaire, réunissant managers et équipes, et amorcer les échanges autour des « 3 W », en commençant par What went well this week ? (« Qu’est-ce qui a bien fonctionné cette semaine ? »).
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